mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203692 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SCP JOFFROY - LITAIZE - LIPP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 21 décembre 2022 et 18 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Tadic, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Neuviller-lès-Badonviller a rejeté sa demande du 11 octobre 2022 tendant à la remise du domaine public situé devant son portail au droit de la rue du général de Castelnau dans son état initial, au rétablissement de l'aisance de voirie à laquelle elle a droit et au versement la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
2°) d'enjoindre à la commune de Neuviller-lès-Badonviller, sous une astreinte de 300 euros par jour de retard à compter d'un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, de rétablir les lieux dans leur état initial en permettant une circulation normale sur l'usoir situé à l'aplomb de sa propriété entre sa limite de propriété et la place de la fontaine ; de supprimer les aménagements paysagers effectués autour de la fontaine, de même que les plots et cordes placés autour de celle-ci ; de déplacer le panneau triangulaire situé à l'angle de sa propriété et de la rue basse informant les usagers que la rue basse n'est pas dégagée en hiver ;
3°) de condamner la commune de Neuviller-lès-Badonviller à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Neuviller-lès-Badonviller une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les délibérations des 6 juillet 2019 et 16 janvier 2021 sont illégales dès lors que l'aménagement paysager autour de la fontaine n'a eu d'autre objet que de lui nuire ; ce détournement de pouvoir est de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- la rénovation de la fontaine l'a privée de l'accès à son entrée principale en voiture ;
- l'aménagement de l'usoir ne répond pas à un but d'intérêt général et la prive de l'utilisation du domaine public comme chemin d'accès vers sa propriété.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 juin 2023 et 23 avril 2024, la commune de Neuviller-lès-Badonviller, représentée par Me Joffroy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'attaque aucune décision préalable, est tardive et ne présente aucun fait et moyen ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de Me Tadic, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Par des délibérations du 6 juillet 2019 et du 16 janvier 2021, le conseil municipal de la commune de Neuviller-lès-Badonviller (Meurthe-et-Moselle) a décidé de procéder à la réhabilitation de la fontaine située rue du général de Castelnau et à l'aménagement paysager des abords de celle-ci, située au droit de l'habitation de Mme A. L'espace situé entre la fontaine et l'entrée principale de Mme A, sur lequel celle-ci stationnait occasionnellement son véhicule, a ainsi été planté de végétation et occupé par les plots et chaînes de protection entourant la nouvelle fontaine. Par un courrier réceptionné par la commune de Neuviller-lès-Badonviller le 15 octobre 2022, Mme A a alors mis en demeure la commune de remettre les lieux en leur état initial et de rétablir l'aisance de voirie dont elle disposait antérieurement et a sollicité le versement de la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral. Cette demande ayant été implicitement rejetée par la commune, Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision implicite, qu'il soit enjoint à la commune de rétablir l'accès antérieur par un véhicule à la rue du général de Castelnau et que la commune soit condamnée à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi en raison de la privation de cet accès.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, alors même que le requérant demanderait l'annulation du refus de la personne publique de mettre fin au dommage, assortie de conclusions aux fins d'injonction de prendre de telles mesures. Dans ce cas, il doit regarder ce refus de la personne publique comme ayant pour seul effet de lier le contentieux.
3. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les moyens tirés de l'illégalité de la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Neuviller-lès-Badonviller doivent être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation et d'injonction :
4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
5. En premier lieu, sauf dispositions législatives contraires, les riverains d'une voie publique ont le droit d'accéder librement à leur propriété et, notamment, d'entrer et de sortir des immeubles à pied ou avec un véhicule. L'autorité domaniale ne peut refuser d'accorder un tel accès, qui constitue un accessoire du droit de propriété, que pour des motifs tirés de la conservation et de la protection du domaine public ou de la sécurité de la circulation sur la voie publique. Les riverains de la voie publique peuvent rechercher la responsabilité de l'autorité domaniale compétente en raison de la perte d'aisance de voirie consécutive aux travaux en litige.
6. Il résulte de l'instruction que les travaux d'aménagement de la fontaine et de ses abords, rue du général de Castelnau à Neuviller-lès-Badonviller, ont eu pour conséquence de modifier les conditions d'accès à l'habitation de Mme A, seul un accès piétons ayant été conservé alors qu'elle a perdu la possibilité de stationner un véhicule devant le portail de sa façade sur rue. L'aisance de voirie à laquelle peuvent prétendre les riverains d'une voie publique en vertu du principe rappelé au point précédent concerne l'accès à leur propriété et non les conditions de stationnement sur le domaine public. L'intéressée qui ne se prévaut que de la suppression d'un espace de stationnement sur la voie publique, ne saurait ainsi utilement soutenir que les travaux en litige sur la fontaine l'auraient privée d'un quelconque accès avec un véhicule à son domicile par sa façade principale. En tout état de cause, à supposer même que la requérante entende se prévaloir de la privation d'une aisance de voirie, il résulte également de l'instruction que Mme A dispose d'un accès automobile à l'arrière de sa parcelle, où se trouve d'ailleurs un garage, par la rue Basse qui longe sa façade latérale et que dans ces conditions, et alors qu'elle ne peut utilement se prévaloir du maintien d'un accès à la voie publique avec un véhicule selon les commodités qu'elle estime les plus favorables à sa situation de handicap, elle n'est pas fondée à soutenir que les travaux entrepris par la commune au droit de sa propriété auraient irrégulièrement privé sa parcelle d'un accès à la voie publique.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Aux termes de l'article L. 2122-2 du même code : " L'occupation ou l'utilisation du domaine public ne peut être que temporaire ".
8. De nombreux villages de Lorraine comportent, entre les limites de la voie publique et celles des propriétés privées construites de part et d'autre de la voie, des dépendances domaniales traditionnellement appelées usoirs. En raison de l'usage auquel ils sont affectés, les usoirs, qui répondent aux besoins propres des riverains comme à ceux des non riverains qui peuvent y circuler, font partie du domaine public communal. Les droits coutumiers d'usage attachés à ces usoirs, qui comprennent, pour les riverains, le droit d'utiliser cette partie du domaine public comme chemin d'accès vers leurs immeubles et la possibilité d'y déposer ce qui est nécessaire à leur exploitation sans que cette utilisation interdise de façon permanente la circulation des autres usagers, ne sauraient faire obstacle à la faculté dont dispose l'autorité administrative, gestionnaire du domaine public, de procéder, dans un but d'intérêt général, aux aménagements requis de ces parties du domaine public.
9. Toutefois, l'utilisation des usoirs ainsi définie ne relève, en Meurthe-et-Moselle, que de la coutume. Ainsi, en admettant même que la bande de terrain existant, antérieurement aux travaux de requalification en litige, entre la fontaine et la cour de Mme A revêtait le caractère d'un usoir, la requérante, qui, au demeurant, n'établit ni même n'allègue que sa propriété ferait l'objet d'une exploitation particulière de nature agricole, artisanale ou commerciale susceptible de bénéficier de cette coutume, n'est pas fondée à soutenir que la commune aurait eu l'obligation, à l'occasion de l'aménagement du domaine public, de préserver à son bénéfice une utilisation privative et dérogatoire du domaine public communal aux fins d'y stationner un véhicule.
10. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les travaux d'aménagement aient été entrepris aux fins de nuire à Mme A ou que celle-ci aurait fait l'objet d'une discrimination en raison de son handicap. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute ou sans faute de la commune de Neuviller-lès-Badonviller en raison des aménagements paysagers auxquels elle a procédé au droit de sa propriété, pas plus qu'en raison de son abstention à mettre fin aux dommages causés par ces travaux d'aménagement. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune, que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de Mme A doivent être rejetées, de même que ses conclusions aux fins d'indemnisation.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Neuviller-lès-Badonviller, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Neuviller-lès-Badonviller et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera à la commune de Neuviller-lès-Badonviller une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la commune de Neuviller-lès-Badonviller est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Neuviller-lès-Badonviller.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026