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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203711

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203711

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203711
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantLUISIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 décembre 2022 et 11 septembre 2024, Mme C A et M. D E, représentés par Me Olszowiak, demandent au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes Seille et Grand Couronné au paiement de la somme de 2 380,05 euros au titre de la redevance d'assainissement indument perçue, avec intérêt au taux légal à compter de la mise en demeure en date du 21 mars 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Seille et Grand Couronné une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la juridiction administrative est compétente ; dans l'hypothèse où la juridiction administrative serait incompétente, le dossier devra être transféré au tribunal judiciaire de Nancy en application de l'article 82 du code de procédure civile ;

- le contentieux a été lié par les courriers qu'ils ont adressés à la communauté de communes les 21 mars 2022 et 9 septembre 2024 ;

- la communauté de communes Seille et Grand Couronné a mis à leur charge une redevance au titre d'une collecte et d'un traitement des eaux usées alors que disposant d'un système de traitement non collectif des eaux usées, ils n'avaient pas à y être assujettis ;

- la communauté de communes a facturé une redevance sans assurer le service attaché à celle-ci.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, la communauté de communes Seille et Grand Couronné, représentée par Me B, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître du litige qui tend au remboursement de la redevance d'assainissement ;

- à titre subsidiaire, les conclusions sont irrecevables dès lors, d'une part, que les requérants contestant des factures de 2015 à 2020, la requête est tardive, d'autre part, que le recours n'est formé contre aucune décision en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- à titre plus subsidiaire encore, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de M. B, représentant la communauté de communes Seille et Grand Couronné.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. E sont propriétaires d'une maison d'habitation à Raucourt (Meurthe-et-Moselle) dotée depuis son édification en 2005 d'un système d'assainissement autonome. Par un courrier du 21 mars 2022, ils ont demandé à la communauté de communes Seille et Grand Couronné de leur reverser les sommes qu'ils estiment avoir été indûment mises à leur charge au titre de l'assainissement collectif pour les années 2015 à 2020. La collectivité a tacitement rejeté leur demande. Par la requête susvisée, Mme A et M. E demandent que la communauté de communes Seille et Grand couronné soit condamnée à leur verser à ce titre un montant total de 2 380,05 euros.

Sur l'exception d'incompétence :

2. D'une part, aux termes du II de l'article L. 2224-7 du code général des collectivités territoriales : " Tout service assurant tout ou partie des missions définies à l'article L. 2224-8 est un service public d'assainissement ". Aux termes de l'article L. 2224-8 du même code : " I. - Les communes sont compétentes en matière d'assainissement des eaux usées. / () II. - Les communes assurent le contrôle des raccordements au réseau public de collecte, la collecte, le transport et l'épuration des eaux usées, ainsi que l'élimination des boues produites (). / III. - Pour les immeubles non raccordés au réseau public de collecte, la commune assure le contrôle des installations d'assainissement non collectif. / () ". Aux termes de l'article L. 2224-10 du même code : " Les communes ou leurs établissements publics de coopération délimitent, après enquête publique () : 1° Les zones d'assainissement collectif où elles sont tenues d'assurer la collecte des eaux usées domestiques et le stockage, l'épuration et le rejet ou la réutilisation de l'ensemble des eaux collectées () ". Aux termes de l'article R. 2224-19 : " Tout service public d'assainissement, quel que soit son mode d'exploitation, donne lieu à la perception de redevances d'assainissement établies dans les conditions fixées par les articles R. 2224-19-1 à R. 2224-19-11 ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 1331-1 du code de la santé publique : " Le raccordement des immeubles aux réseaux publics de collecte disposés pour recevoir les eaux usées domestiques et établis sous la voie publique à laquelle ces immeubles ont accès soit directement, soit par l'intermédiaire de voies privées ou de servitudes de passage, est obligatoire dans le délai de deux ans à compter de la mise en service du réseau public de collecte. / () ". Aux termes de l'article L. 1331-8 du même code : " Tant que le propriétaire ne s'est pas conformé aux obligations prévues aux articles L. 1331-1 à L. 1331-7-1, il est astreint au paiement d'une somme au moins équivalente à la redevance qu'il aurait payée au service public d'assainissement si son immeuble avait été raccordé au réseau ou équipé d'une installation d'assainissement autonome réglementaire, et qui peut être majorée dans une proportion fixée par le conseil municipal ou le conseil de la métropole de Lyon dans la limite de 400 % ". Le paiement ainsi prévu, loin d'être le prix du service rendu par le service industriel et commercial que constitue l'exploitation du réseau d'assainissement, a le caractère d'une contribution imposée dans l'intérêt de la salubrité publique à quiconque ayant la possibilité de relier son immeuble à un tel réseau néglige de le faire, ou qui, lorsque son immeuble n'est pas raccordable au réseau, néglige de se doter d'une installation autonome. Dès lors, la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 1331-8 se rattache à l'exercice de prérogatives de puissance publique.

4. La communauté de communes Seille et Grand Couronné admet que le zonage d'assainissement collectif a été établi en 2019 et la station d'épuration mise en service le 30 juillet 2020 au bénéfice des habitants de Raucourt, tout en soutenant que le réseau d'assainissement existait depuis plusieurs années dans cette commune. Elle n'en apporte toutefois pas la preuve et ne précise ni la nature ni la consistance de ce réseau pré-existant, alors par ailleurs qu'il résulte des échanges entre ses services et les requérants, qu'antérieurement à la mise en service de la station d'épuration, les trop pleins des filières d'assainissement non collectif des habitants étaient seulement susceptibles de se déverser dans le réseau de collecte des eaux pluviales, ce qui ne saurait être regardé, en l'absence de traitement des eaux ainsi collectées, comme le service d'assainissement réglementé par les dispositions précitées du code général des collectivités territoriales. Dans ces conditions, en l'absence de réseau collectif en service auquel l'habitation des requérants aurait été susceptible, les années en litige, d'être raccordée, les sommes mises à leur charge ne peuvent être regardées comme une redevance acquittée en contrepartie d'une prestation rendue par le service de l'assainissement, telle que prévue par l'article R. 2224-19 du code général des collectivités territoriales. Dès lors, ces sommes ne pouvaient constituer que les contributions prévues à l'article L. 1331-8 du code de la santé publique. Le contentieux auquel la contribution prévue par ce dernier article donne lieu entre, d'une part, le redevable de cette contribution et, d'autre part, le bénéficiaire de celle-ci ou l'organisme chargé de sa collecte, ressortit à la compétence des juridictions de l'ordre administratif. Par suite, l'exception d'incompétence soulevée par la communauté de communes Seille et Grand Couronné doit être écartée.

Sur les fins de non-recevoir :

5. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ".

6. D'autre part, il résulte du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés. La prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée par les règles de prescription prévues par la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ou, en ce qui concerne la réparation des dommages corporels, par l'article L. 1142-28 du code de la santé publique.

7. Les factures que la communauté de communes Seille et Grand Couronné a adressées aux requérants les 20 mars 2015, 5 avril 2016, 6 avril 2017, 29 mars 2018, 1er avril 2019 et 9 mars 2020 ne revêtent pas le caractère de décisions expresses à objet purement pécuniaire. Dès lors, le courrier réceptionné le 23 mars 2022 par la communauté de communes Seille et Grand Couronné tendant au remboursement des sommes qu'ils estiment leur avoir été irrégulièrement demandées constitue la réclamation d'une créance détenue sur l'administration et présente ainsi le caractère d'une demande indemnitaire qui a lié le contentieux. Dans ces conditions, et en application des principes rappelés ci-dessus, la communauté de communes n'est fondée ni à soutenir qu'en l'absence de demande préalable, la requête méconnaît les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, ni à soutenir qu'en raison de l'existence des factures, la requête serait tardive. Par suite, les fins de non-recevoir doivent être écartées.

Sur la demande de condamnation de la communauté de communes Seille et Grand Couronné :

8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il résulte de l'instruction que la commune de Raucourt ne disposait pas, antérieurement au 30 juillet 2020, de réseau d'assainissement collectif auquel les requérants auraient pu, avant cette date, raccorder leur habitation et que, dans ces conditions, les sommes qui ont été mises à leur charge par les factures émises par le gestionnaire du réseau d'eau potable pour le compte de la communauté de communes Seille et Grand Couronné doivent être qualifiées de contributions dues, en application de l'article L. 1331-8 du code de la santé publique, par les propriétaires n'ayant pas effectué les travaux nécessaires au raccordement de leur immeuble au réseau d'assainissement. Or, en l'absence de réseau d'assainissement existant sur le territoire de la commune de Raucourt à la date des factures litigieuses, cette contribution ne pouvait pas légalement être mise à la charge des requérants. Ces derniers sont, par suite, fondés à demander la condamnation de la communauté de communes Seille et Grand Couronné à leur verser une indemnité équivalente au montant de la contribution indûment mise à leur charge.

9. Il résulte des factures des 20 mars 2015, 5 avril 2016, 6 avril 2017, 29 mars 2018, 1er avril 2019 et 9 mars 2020 que les requérants ont acquitté à ce titre une somme de 2 380,03 euros TTC. Par suite, il y a lieu de condamner la communauté de communes Seille et Grand Couronné à verser cette somme à Mme A et M. E.

10. Les requérants ont droit aux intérêts légaux sur cette somme à compter du 23 mars 2022, date de la réception, par l'administration, de leur demande préalable.

Sur les frais de l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la communauté de communes Seille et Grand Couronné la somme de 1 500 euros que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La communauté de communes Seille et Grand Couronné est condamnée à verser à Mme A et M. E, la somme de 2 380,03 euros (deux mille trois cent quatre-vingt euros et trois centimes) avec intérêts au taux légal à compter du 23 mars 2022.

Article 2 : La communauté de commune Seille et Grand Couronné versera à Mme A et M. E une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. D E et à la communauté de communes Seille et Grand Couronné.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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