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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203727

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203727

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 27 février 2023, M. D C, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Meurthe-et-Moselle les entiers dépens et la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Chaïb, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il justifie de son état civil et de sa nationalité ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure de régularisation sur le fondement du pouvoir discrétionnaire du préfet ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné son droit au séjour sur le fondement du titre IV du protocole annexé à l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistré les 15 février et 14 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Un mémoire a été présenté pour M. C, le 19 mars 2023, et n'a pas été communiqué.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Chaïb, avocate de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 8 décembre 2003, serait entré en France le 5 août 2019, selon ses déclarations. Il a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, le 30 septembre 2019. Le 26 septembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Interrogé par les services de la préfecture pour préciser le fondement de sa demande, M. C a indiqué qu'il sollicitait un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions des articles L. 423-22, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant son pays de destination. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, M. B, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si la décision contestée consacre plusieurs paragraphes à émettre des doutes quant à l'identité du requérant et à l'authenticité du jugement supplétif d'état civil et de l'acte de naissance produits, ses motifs n'en tirent en revanche aucune conséquence pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré de ce que M. C justifie de son état civil ne peut, par suite, qu'être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que le préfet se serait estimé dans l'impossibilité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire au motif que le requérant serait de nationalité algérienne. En outre, si le préfet peut exercer le pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour régulariser la situation d'un étranger, il n'est pas tenu de procéder à cet examen s'il n'a pas été saisi d'une demande à ce titre. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur de droit doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de

plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en

France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa

vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () "..

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C était présent en France depuis trois ans à la date de la décision contestée et qu'il était scolarisé, au titre de l'année 2021/2022 en CAP " monteur installation sanitaires ", au cours de laquelle il a obtenu de bonnes notes, en dépit de ses absences récurrentes. Toutefois, sa présence en France est récente, l'intéressé est célibataire et sans charges de familles et il n'établit pas disposer d'attaches privées ou familiales sur le territoire. Dans ces conditions, le préfet n'a pas inexactement appliqué les stipulations de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien en refusant de délivrer à M. C un certificat de résidence.

7. En cinquième lieu, aux termes du titre IV du protocole annexé à l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens résidant en France doivent être titulaire d'un certificat de résidence à

partir de l'âge de dix-huit ans. / Les ressortissants algériens âgés de seize à dix-huit ans qui déclarent vouloir exercer une activité professionnelle salariée reçoivent de plein droit un certificat de résidence : • d'une validité d'un an, lorsqu'ils ont été autorisés à séjourner en France au titre du

regroupement familial et que l'un au moins de leurs parents est titulaire d'un certificat de

résidence de même durée ; • d'une durée de validité de dix ans lorsqu'ils remplissent les conditions prévues à l'article 7 bis, 4ème alinéa. Ils peuvent, dans les autres cas, solliciter un certificat de résidence valable un an ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a examiné la situation de M. C au regard du titre IV du protocole annexé à l'accord franco-algérien pour en déduire qu'il se trouvait, en l'absence de certificat de résidence en cours de validité, en situation irrégulière sur le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par M. C à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

10. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux cités au point 6 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de ces décisions invoquée par M. C à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant son pays de destination ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

14. M. C ne produit aucun élément de nature à établir la réalité des risques personnels auxquels il serait exposé en cas de retour en Algérie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l'article 3 précité ne peut être accueilli.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

17. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, Me Chaïb et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Cabecas, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 avril 2023.

La rapporteure,

L. ALe président,

O. Di Candia

La greffière,

L. BourgerLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203727

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