mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203759 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer pendant l'instruction de son dossier une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- en opposant à l'intéressé les dispositions des articles L. 412-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tenant à l'absence de production d'un visa de long séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dans la mesure où l'autorité administrative croit mentionner qu'il ne fait pas état de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la demande ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des motifs de régularisation à titre exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de l'âge et de la vulnérabilité contrairement aux termes de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet s'est cru en compétence liée pour prendre cette mesure d'éloignement ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences sur sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- l'annulation de la décision attaquée s'impose comme étant la conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne s'est jamais soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il dispose de garanties de représentation effectives ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- l'annulation de la décision attaquée s'impose comme étant la conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de B en date du 18 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gottlieb, rapporteur,
- et les observations de Me Lebon-Mamoudy, substituant Me Jeannot, représentant M. A, également présent à l'audience.
Connaissance prise de la note en délibéré présentée pour M. A et enregistrée le 20 mars 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 24 février 2002, a déclaré être entré en France le 19 octobre 2018 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par un jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants de B du 14 octobre 2019. Par un courrier reçu par les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le 18 juin 2020, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en faisant valoir sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance et du suivi d'une formation professionnelle. Par un arrêté du 10 juillet 2020, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer ce titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Par un jugement du 8 décembre 2020, le tribunal administratif de B a rejeté la requête de M. A. Par un courrier du 12 septembre 2022, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 septembre 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 19 octobre 2018, alors qu'il était âgé de seize ans et qu'il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par un jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants de B du 14 octobre 2019. Il s'est inscrit au lycée professionnel privé Saint-Michel d'Art-sur-Meurthe pour y suivre un cursus " métiers de l'électricité et environnements connectés ", à l'issue duquel il a obtenu, en juin 2020, son brevet d'études professionnelles avec une moyenne générale de 17,94/20. Il a ensuite obtenu en juin 2021 son baccalauréat professionnel " métiers de l'électricité et de ses environnement connectés " avec une moyenne générale de 17,08/20 et la mention " très bien ". Souhaitant poursuivre sa formation, M. A s'est inscrit à la rentrée scolaire 2021 au lycée Henri Loritz de B en vue de préparer un brevet de technicien supérieur (BTS) en électrotechnique. Les bulletins scolaires de M. A font état des excellents résultats obtenus par l'intéressé au cours de sa scolarité et le décrivent comme un élève sérieux, volontaire et travailleur. Les différentes attestations de professeurs du lycée au sein duquel M. A poursuit ses études indiquent que le requérant est un élève assidu, curieux et enthousiaste, élément moteur de sa classe et parfaitement intégré dans son établissement. Ces mêmes attestations soulignent que M. A a tout le potentiel scolaire pour obtenir son BTS et que ses résultats lui laissent entrevoir la possibilité de poursuivre ses études en école d'ingénieur. L'attestation du conseiller principal d'éducation du lycée dans lequel M. A poursuit sa formation précise en outre que le requérant souhaite poursuivre ses études après son BTS en s'inscrivant en licence professionnelle par alternance et qu'il dispose déjà de promesses d'embauche pour la rentrée scolaire de septembre 2023. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. A a donné entière satisfaction dans le cadre des stages professionnels qu'il a effectués. Par ailleurs, la famille dans laquelle M. A est accueilli depuis près de trois ans dans le cadre d'une convention avec le département de Meurthe-et-Moselle atteste de sa parfaite intégration et des liens personnels qu'il y a tissés. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A entretiendrait des liens avec sa famille dans son pays d'origine. Dans ces conditions, malgré la courte durée de son séjour en France, et en dépit de la circonstance qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, M. A doit être regardé, par l'obtention de ses diplômes et ses efforts d'intégration, sa volonté manifeste de s'insérer socialement en France et d'y mener à bien des études ainsi qu'une formation professionnelle destinée à lui assurer un emploi, comme justifiant de motifs exceptionnels d'insertion. Par suite, et dans les circonstances de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle, en refusant de lui accorder un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour. En application des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette autorisation provisoire de séjour n'a toutefois pas à être assortie d'une autorisation de travail.
Sur les frais d'instance :
7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jeannot, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 septembre 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Jeannot, avocate de M. A, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le rapporteur,
R. Gottlieb Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026