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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300003

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300003

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantKIPFFER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er janvier 2023, M. C D, représenté par Me Kipffer, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 013 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, notamment dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Wolff, rapporteure, a été entendue au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant arménien, né le 28 décembre 1984, est entré en France en 2012 pour y solliciter l'asile, selon ses déclarations. Le 21 septembre 2022, il a sollicité son admission au séjour. Par une décision du 25 novembre 2022, notifiée le 7 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Par sa requête, M. D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle :

2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 janvier 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation de signature à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous documents relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tenant à l'incompétence de M. Julien Le Goff, signataire de la décision contestée, ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. D déclare être présent en France depuis neuf ans à la date de la décision contestée. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il ne doit la durée de sa présence en France qu'à son maintien en situation irrégulière sur le territoire, alors qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement non exécutées, en dernier lieu le 3 mai 2019 et le 21 novembre 2022. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. D a été interpellé le 21 novembre 2022 et placé en garde à vue pour défaut de permis de conduire, conduite sous stupéfiants, détention de produits stupéfiants, usurpation d'identité, faux et usage de faux. M. D est également défavorablement connu des services de police sous l'alias de M. A E, ressortissant azerbaïdjanais, d'une part, pour port d'armes de sixième catégorie sans motif légitime en 2013 et, d'autre part, pour placement en cellule de dégrisement à la suite de différends familiaux en novembre 2012. Il ne se prévaut en outre d'aucune circonstance qui, à la date d'intervention de l'arrêté contesté, serait de nature à faire sérieusement obstacle à son retour en Arménie en compagnie de ses deux enfants, âgés de dix et neuf ans, et de sa concubine, ressortissante arménienne en situation irrégulière sur le territoire qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Si M. D soutient que son père, sa mère et son frère vivent également en France, il ne l'établit pas. Il ne justifie pas plus disposer d'autres attaches familiales ou personnelles en France et n'allègue en revanche pas être démuni de telles attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Dans ces conditions, M. D, dont le comportement constitue une menace pour l'ordre public, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations et dispositions précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, le moyen tenant à l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de se prononcer sur les conclusions de M. D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Kipffer.

Délibéré après l'audience publique du 23 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

D. Marti

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300003

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