jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | MINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 janvier 2023 et un mémoire, non communiqué, enregistré le 6 février 2023, Mme B A, représentée par Me Mine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issu de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant mention " commerçant " ou à défaut " vie privée et familiale " dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure pour n'avoir pas été précédée d'une saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissant les stipulations des articles 5 et 7, c) de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle porte d'une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale prévue par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'auteur de l'acte n'établit pas disposer d'une délégation de signature régulière
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Marti, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne née le 18 novembre 1988, est entrée en France le 18 août 2016 sous couvert d'un visa de long séjour pour y poursuivre ses études. Elle s'est vu régulièrement délivrer quatre certificats de résidence portant la mention " étudiant " entre le 5 novembre 2016 et le 4 octobre 2020. L'intéressée s'est ensuite vu délivrer deux certificats de résidence sur le fondement de l'article 7 c) de l'accord franco-algérien couvrant la période du 5 novembre 2020 au 4 novembre 2022. Elle a sollicité le renouvellement de ses droits au séjour sur ce fondement. Par un arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions d'annulation :
2. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord / a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; [] / c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ".
3. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que soient appliqués aux ressortissants algériens les textes de portée générale relatifs à l'exercice, par toute personne, de l'activité professionnelle envisagée. En revanche, cette circonstance fait obstacle à ce que la condition de la viabilité économique, celle des moyens d'existence suffisants, et celle de l'adéquation des compétences, qui ne sont pas prévues pour la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " commerçant " et qui ne relèvent pas de textes de portée générale relatifs à l'exercice par toute personne d'une activité professionnelle, leur soient opposées.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a créé une entreprise de nettoyage de locaux et qu'à ce titre le préfet lui a délivré un certificat de résident algérien sur le fondement de l'article 7 c) jusqu'au 4 novembre 2022. Pour refuser la demande de renouvellement de l'intéressée, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur la circonstance que son activité relevait du a) du 7 de l'accord franco-algérien dès lors qu'elle était exploitée au travers du statut d'auto-entrepreneur et que l'intéressée ne justifiait pas de ressources suffisantes au sens de ces dispositions. Toutefois, la circonstance que Mme A disposerait du statut d'auto-entrepreneur n'est pas de nature à remettre en cause la qualification juridique de l'activité pour laquelle elle est immatriculée au registre du commerce et des sociétés. Par ailleurs, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du c) du 7 de l'accord franco-algérien n'est pas conditionnée par la circonstance que l'intéressé justifie de ressources suffisantes. Il n'y a ainsi pas lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale, ou plutôt de motifs, sollicitée par le préfet dans son mémoire en défense. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'en rejetant sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien, le préfet de Meurthe-et-Moselle a méconnu les stipulations précitées.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 13 décembre 2022 portant refus de renouvellement de certificat de résidence algérien doit être annulée et, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté attaqué, le présent jugement implique seulement que le préfet de Meurthe-et-Moselle réexamine la situation de Mme A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer immédiatement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Mine, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 décembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, immédiatement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisation à exercer une activité professionnelle.
Article 3 : L'État versera à Me Mine, avocat de Mme A, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Mine et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience publique du 23 février 2023 à laquelle siégeaient :
M. Marti président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 mars 2023.
Le président-rapporteur,
D. Marti
L'assesseur le plus ancien,
F. Durand
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2300011
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