jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300040 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 30 septembre 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- la décision méconnaît les stipulations des articles 5, 7 et 7bis de l'accord franco-algérien dès lors que sa situation ne relève pas des dispositions de l'article 7 a de cet accord, elle justifie d'une présence ininterrompue en France et de moyens d'existence suffisants, elle est inscrite au registre du commerce et des sociétés, le seuil de rémunération du SMIC ne lui est pas opposable et son activité a un caractère effectif ;
- la décision méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour ;
- le préfet s'est cru en situation de compétence liée au moment de l'obliger à quitter le territoire français ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la sa décision sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- subsidiairement, il convient de substituer aux motifs de la décision attaquée, celui tiré de ce que les stipulations de l'accord franco-algérien ne prévoient pas qu'un certificat de résidence puisse être accordé à un algérien exerçant une activité d'auto-entrepreneur.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 5 décembre 2022.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durand, rapporteur ;
- et les observations de Me Jeannot, représentant Mme B.
Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 7 avril 2023 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 27 septembre 1981, est entrée en France le 8 octobre 2018. Elle s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 8 octobre 2019. En octobre 2019, elle a sollicité un changement de statut en sa qualité de directrice générale de la société par action simplifiée B2S Télécome. Elle s'est vu délivrer deux récépissés de demandes de titre de séjour valables du 1er octobre 2019 au 30 mars 2020 puis un titre de séjour portant la mention " commerçant ", valable jusqu'au 10 février 2021. A compter de mai 2021, Mme B a exercé une activité d'auto-entrepreneur dans le domaine de la petite enfance et s'est vu délivrer en cette qualité un titre de séjour portant la mention " artisan ", valable jusqu'au 29 novembre 2022. Le 3 septembre 2022, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'une carte de résident algérien d'une durée de dix ans. Par arrêté du 30 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun :
2. Par un arrêté n°22.BCI.26 du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, M. C, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord / a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ; () ".
4. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien, Mme B s'est prévalue de son activité d'accueil de jeunes enfants, pour laquelle elle est enregistrée depuis le 29 mai 2021 et qu'elle exploite au travers du statut d'auto-entrepreneur. Pour refuser d'admettre Mme B au séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur le fait que l'intéressée relève du statut d'auto-entrepreneur et de ce fait des dispositions du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Toutefois, le statut d'auto-entrepreneur, tel qu'issu de la loi du 4 août 2008 de modernisation de l'économie et codifié notamment aux articles 50-0 du code général des impôts et L. 613-7 et suivants du code de la sécurité sociale, offre aux travailleurs indépendants divers avantages en termes de création, de gestion et de cessation d'une activité en nom propre mais reste sans influence sur la qualification juridique de l'activité de l'opération exercée au regard des stipulations de l'accord franco-algérien. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur de droit en considérant que, du fait de son statut d'auto-entrepreneur, sa demande devait être examinée sur le fondement du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien.
5. Mais, le préfet de Meurthe-et-Moselle se fonde également sur la circonstance que l'activité de garde de jeunes enfants ne constitue pas une activité professionnelle soumise à autorisation au sens des dispositions du c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et sur le fait que la requérante ne justifie pas de ressources suffisantes. Si l'intéressée soutient qu'elle est immatriculée au registre du commerce et des sociétés, il est constant que l'extrait Kbis produit a été délivrée au nom de la société B2S Télécome et non à celui de Mme B, en sa qualité de garde de jeunes enfants. Aucune disposition législative ou réglementaire ne conditionne par principe l'exercice de cette profession à l'obtention d'une quelconque autorisation et Mme B ne soutient pas être titulaire d'un agrément en qualité d'assistante maternelle. Par ailleurs, il est constant que les revenus générés par cette activité au cours des quatre trimestres de l'année 2022 s'élevaient à 4 654 euros, 3 899 euros, 2 631 euros et 3 238 euros et étaient inférieurs au montant du salaire minimal interprofessionnel de croissance. Il résulte de l'instruction que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ces deux seuls motifs. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, sont inopérants, devant le juge de l'excès de pouvoir, les moyens de légalité interne qui, sans rapport avec la teneur de la décision, ne contestent pas utilement la légalité des motifs et du dispositif de la décision administrative attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait sollicité son admission au motif de sa vie privée et familiale, ni que le préfet aurait examiné l'opportunité d'admettre au séjour Mme B sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté comme inopérant.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 8 octobre 2018 et résidait dans ce pays depuis quatre ans au jour de la décision attaquée. Célibataire et sans enfant, l'intéressée ne soutient pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressée, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été décidée. Elle ne méconnaît dès lors pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il convient également d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.
10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet se serait senti en situation de compétence liée.
11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet doivent être écartées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
14. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que Mme B demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLa greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026