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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300054

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300054

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2023, M. B D, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Chaïb, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article L. 721-4, alinéa 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Un mémoire a été produit pour M. D le 11 avril 2023, après la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A C,

- et les observations de Me Chaïb, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant sierra-léonais né le 25 octobre 1979, serait entré en France le 1er août 2018, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 22 janvier 2020 puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 novembre 2020. Le 22 septembre 2022, une autorisation provisoire de séjour lui a été délivrée sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 22 mars 2022, il en a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 30 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant son pays de destination. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D à raison de son état de santé, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur l'avis du 11 août 2022 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que si l'état de santé de M. D nécessitait une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, par un avis antérieur du 27 juillet 2021 établi sur la base d'un certificat médical émis le 14 mai 2021, considéré que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que les soins devaient être poursuivis en France pour une durée de six mois. Au vu des éléments produits, M. D est atteint d'un pied en varus équin nécessitant de multiples opérations chirurgicales. Le certificat du 22 mars 2022 sur la base duquel l'OFII s'est prononcé dans le cadre de la seconde procédure mentionne exactement les mêmes éléments médicaux. Il ressort par ailleurs des termes du certificat médical du 18 août 2022 produit par M. D, d'une part, que les médecins préconisent l'amputation probable de son pied, laquelle a dû être différée en raison du contexte sanitaire lié à la crise de coronavirus et des incertitudes tenant au choix de la technique chirurgicale, d'autre part, que cette intervention chirurgicale, mentionnée dans le certificat précité du 14 mai 2021 et ayant justifié la poursuite de ses soins en France, n'a toujours pas été réalisée. Dans ces conditions, le requérant, qui se trouve exactement dans la même situation médicale que celle ayant conduit à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en raison de son état de santé, établit que le défaut de prise en charge pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité au regard de la propre appréciation de l'OFII le 14 mai 2021. Par suite, M. D est fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement de ces dispositions.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation, et alors que le préfet n'apporte aucun élément sur la disponibilité des soins dans son pays d'origine par rapport à l'avis du 27 juillet 2021, M. D, qui se trouve dans la même situation médicale que celle ayant justifié la délivrance d'une première autorisation provisoire de séjour, remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour d'une durée d'un an sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

6. En premier lieu, M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chaïb, avocate de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chaïb de la somme de 1 200 euros.

7. En second lieu, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. D à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. D et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. D un titre de séjour d'une durée d'un an dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Chaïb, avocate de M. D, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chaïb renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Chaïb et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Fabas, conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2023.

Le président-rapporteur,

O. Di CL'assesseure la plus ancienne,

L. Fabas

Le greffier,

P. LepageLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300054

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