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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300057

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300057

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2023, et un mémoire, enregistré le 8 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Megherbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 23 décembre 2022 portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable car la décision litigieuse est un acte administratif susceptible de recours pour excès de pouvoir ;

En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement de son certificat de résidence :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 205 du code civil / elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marti, président-rapporteur,

- et les observations de Me Megherbi, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 13 mai 1996, est entrée en France en 12 septembre 2017 sous couvert d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa portant la mention " étudiant " régulièrement renouvelé pour poursuivre ses études universitaires jusqu'au 13 janvier 2023 de certificats de résidence algérien. Le 28 octobre 2022, elle sollicite le renouvellement de ce certificat en joignant son inscription en première année de master mention " Langue et société : arabe " au titre de l'année universitaire 2022-2023. Par un arrêté du 23 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé sa demande de renouvellement, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si Mme B doit être regardée, au regard des arguments invoqués, comme soulevant une erreur d'appréciation au regard du caractère réel et sérieux de ses études.

4. Aux termes du titre III du protocole de l'accord franco-algérien susvisé : " Les ressortissants algériens qui () font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation () d'inscription dans un établissement d'enseignement français, () un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention "étudiant" ou "stagiaire" () ". Il résulte de ces stipulations que le renouvellement du titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Dès lors, il appartient à l'administration, saisie d'une telle demande de renouvellement de ce titre de séjour, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études pendant la période litigieuse.

5. Pour rejeter la demande de renouvellement de certificat de résidence portant la mention " étudiant " de Mme B, le préfet de Meurthe-et-Moselle indique que la requérante a fourni à l'appui de ce renouvellement une nouvelle inscription en master 1 " langue et société : arabe ". Le préfet indique que requérante a validé son diplôme de licence mention " science du langage " au cours de l'année universitaire 2017-2018. Elle s'est ensuite inscrite pour l'année universitaire suivante, dans un cursus mention " français langue étrangère " pour sa première année de master. Elle n'a pas validé cette année, la conduisant à redoubler pour le même master lors de l'année universitaire 2019-2020. Ce redoublement s'est suivi d'un échec, conduisant la requérante à poursuivre son cursus initial et obtenir son diplôme de master au cours de l'année universitaire 2021-2022. Elle s'est inscrite en M1 " langue et société : arabe " au titre de l'année 2022/2023. Le préfet soutient que cette inscription était incohérente au regard de son parcours universitaire en rupture complète avec sa formation précédente, à savoir les sciences du langage et que, parlant couramment l'arabe, il n'était pas nécessaire qu'elle poursuive ce cursus en France. Il indique également que les redoublements et les changements de cursus sont de nature à caractériser l'absence de caractère réel et sérieux des études. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la réorientation de Mme B en M1 " langue et société : arabe " a pour objet de lui permettre d'obtenir un grade universitaire en arabe dans le but de poursuivre une carrière d'enseignante chercheuse en Algérie où elle souhaite également exercer la profession d'interprète. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, en validant son master 1 " science du langage " avec une moyenne de 12.767 et son master 2 avec une moyenne de 14.1, la requérante établit le caractère réel et sérieux des études poursuivies. Par la suite, le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 23 décembre 2022, par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles il l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. "

8. Eu égard à ces motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de délivrer à Mme B un certificat de résidence portant la mention " étudiant " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il sera mis à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 décembre 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, un certificat de résidence portant la mention " étudiant ".

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 16 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le président-rapporteur,

D. Marti

L'assesseur le plus ancien,

F. Durand

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300057

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