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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300098

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300098

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2023 à 17 heures 21, M. B C, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel la préfète des Vosges l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui restituer son passeport et sa carte d'identité dans un délai de trois jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à conseil, Me Boulanger, de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cet arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il n'a pas pu formuler ses observations avant l'édiction de la décision ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète n'établit pas que son éloignement constitue une perspective raisonnable en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure d'assignation porte une atteinte disproportionnée à sa libre circulation dès lors que le lieu de pointage est distant de plus de dix kilomètres de son domicile, que son état de santé est fragile et qu'il doit s'occuper de ses enfant en les emmenant et en les ramenant de l'école ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

1. M. B C, ressortissant macédonien né le 7 février 1984 serait entré en France le 22 juin 2017 selon ses déclarations, pour y solliciter le statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 décembre 2018 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 novembre 2019. La demande de réexamen de sa demande d'asile a également été rejetée par des décisions de l'OFPRA du 31 janvier 2020 et du 16 avril 2021. Par un arrêté du 29 août 2022, le préfet des Vosges a refusé d'admettre le requérant au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par un jugement du 22 novembre 2022, le tribunal administratif de Nancy a rejeté la requête que M. C avait présentée à l'encontre de l'arrêté du 29 août 2022. Par un arrêté du 9 janvier 2023, la préfète des Vosges a assigné M. C à résidence dans le département des Vosges et l'a astreint à se présenter du lundi au samedi y compris les jours fériés à la brigade de gendarmerie de Neufchâteau entre 9 heures et 11 heures. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent et est, par suite, suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, si le requérant soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir, préalablement à la notification de la décision en litige, ses observations, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, le requérant ne précise pas la nature des informations tenant à sa situation personnelle ou familiale qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet avant que ne soit prise la décision d'assignation à résidence contestée, et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En troisième lieu, M. C ne peut utilement invoquer les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine, dès lors que la décision d'assignation à résidence attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de le renvoyer dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet, en dernier lieu, d'une obligation de quitter le territoire français le 29 août 2022 pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré. Le recours que le requérant a exercé à l'encontre de cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 22 novembre 2022. Par ailleurs, le requérant n'apporte pas d'éléments suffisants, relatifs notamment à son état de santé, qui seraient de nature à établir que son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable alors que le tribunal administratif de Nancy a précisément considéré, dans son jugement du 22 novembre 2022, que les éléments dont se prévalait le requérant ne permettaient pas de remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration quant à la disponibilité du traitement dont il a besoin dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et sa correspondance. () ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète impose au requérant de se présenter du lundi au samedi, y compris les jours fériés, entre 9 h et 11 h auprès des services de la gendarmerie nationale à Neufchâteau. Toutefois, par les pièces qu'il produit, M. C n'établit pas que cette contrainte l'empêcherait d'emmener ses enfants à l'école alors qu'il ressort précisément des certificats de scolarité produits que l'aîné de ses enfants est interne et que sa fille cadette va précisément au collège à Neufchâteau et alors qu'il n'établit pas, par ailleurs, que son épouse ne serait pas en mesure de s'occuper de leurs enfants. En outre, les éléments qu'il produit sur le plan médical n'établissent pas que son état de santé ne lui permet pas d'honorer cette obligation de pointage quand bien même la gendarmerie est située à une dizaine de kilomètres de son domicile. Dans ses conditions, le requérant n'établit pas que son obligation de pointage serait incompatible avec son état de santé ou ses contraintes personnelles. Ainsi, M. C ne démontre pas qu'en mettant à sa charge ces conditions de présentation assortissant son assignation à résidence, la préfète des Vosges aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que cette décision serait préjudiciable à sa libre circulation.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. M. C ne peut utilement soutenir que cette décision, dont il estime qu'elle a pour conséquence de le séparer de ses enfants mineurs, méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que cette décision l'assignant à résidence n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner le requérant à destination de son pays d'origine.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète des Vosges du 9 janvier 2021. Ainsi, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.

La magistrate déléguée

L. A

Le greffier

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300098

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