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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300118

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300118

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCOCHE-MAINENTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 janvier 2023 et le 17 janvier 2022, M. A D, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire des décisions n'est pas établie ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- les décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est susceptible de bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard des critères posés par la circulaire du 28 novembre 2012 et compte tenu de son état de santé ;

- la décision méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été saisi préalablement en méconnaissance des dispositions de l'article R. 425-11 du même code ;

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques qu'il encourt tant du fait de la répression visant sa religion que du fait de l'impossibilité de suivre les soins qui lui sont nécessaires au Kosovo ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Coche-Mainente, avocate commise d'office, représentant M. D qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et qui :

. indique renoncer aux conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction du territoire français dès lors que le préfet n'a pas opposé une telle mesure à M. D ;

. insiste sur le fait que M. D n'est pas, contrairement à ce que soutient le préfet, séparé de son épouse ni sans domicile fixe puisqu'il établit être hébergé, avec celle-ci et leurs enfants, au centre de demandeurs d'asile de Woippy ; que ne sont mentionnées sur son bulletin de casier judiciaire que deux condamnations en 2007 et 2020, ce qui au vu des dix-neuf années de présence en France ne peut suffire à le regarder comme constituant une menace à l'ordre public ; qu'il est atteint de pathologies multiples et invalidantes qui, outre que les termes de l'arrêté ne permettent pas de savoir si le préfet en a tenu compte, aurait dû le conduire à saisir l'OFII et s'opposent à son éloignement ; que la durée de sa présence en France depuis 2004, sa situation familiale, son épouse étant de nationalité serbe alors que lui-même est kosovare, ses enfants n'ayant connu que la France et la perte de toute attache dans son pays d'origine, ses parents étant décédés, s'opposent à son renvoi au Kosovo ;

- les observations de M. D qui expose qu'il regrette ses actes, a purgé sa peine et souhaite seulement trouver du travail, que son épouse étant diabétique, parlant mal de français et étant analphabète, elle a besoin de son aide au quotidien, ce qui explique que malgré l'interdiction judiciaire, il l'ait rejointe à plusieurs reprises à sa demande, qu'il a trois enfants dont deux mineurs qui n'ont connu que la France et qui devraient le suivre s'il repartait au Kosovo, que son état de santé s'est amélioré et qu'il ne demande qu'à travailler ;

- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant du Kosovo né le 4 août 1969, a été interpellé le 10 janvier 2023 dans le cadre de la vérification de ses droits au séjour en France et a déclaré être entré sur le territoire français en 2004. Sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 mai 2005 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 6 juillet 2006. Une demande d'admission au séjour présentée en 2015 a été rejetée par une décision du préfet de la Moselle en date du 23 mars 2016. Il a également fait l'objet, par un arrêté du préfet de la Moselle en date du 7 octobre 2020, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie de décisions fixant le pays de destination et lui opposant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 22 septembre 2022, le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 10 janvier 2023, le préfet de la Moselle lui a, à nouveau, fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. M. D, placé en centre de rétention par une décision du même jour, demande l'annulation de ces dernières décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :

2. L'arrêté est signé par M. B C, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration, auquel le préfet de la Moselle établit avoir délégué sa signature par un arrêté en date du 21 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré des conditions de notification des décisions contestées :

3. Les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que la décision contestée n'aurait pas été notifiée à l'aide d'un interprète. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui fondent la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre du requérant. Ainsi, alors que le préfet n'avait pas à viser toutes les circonstances de fait de la situation de M. D, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

7. D'une part, M. D n'établit pas que le préfet, eu égard aux informations que le requérant lui a fournies sur son état de santé lors de son audition du 10 janvier 2023, aurait commis une erreur de procédure en ne saisissant pas le collège des médecins de l'OFII préalablement à l'édiction de sa décision. D'autre part, le requérant soutient que son état de santé fait obstacle à son éloignement du territoire français en produisant, à l'appui de cette allégation, deux certificats médicaux indiquant qu'il est atteint d'une spondylarthrite ankylosante et une ordonnance prescrivant différents antidépresseurs et anxiolytiques. Toutefois, alors en outre qu'il ne soutient pas avoir sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé et que le certificat médical du 19 mai 2014 relève que l'intéressé est en rémission de la spondylarthrite ankylosante qui ne nécessite plus qu'un suivi annuel, il n'établit pas que cet état de santé ferait obstacle à son éloignement en application des dispositions citées au point précédent du jugement.

8. En quatrième lieu, le préfet ne peut légalement obliger un étranger à quitter le territoire français si celui-ci réunit les conditions d'attribution de plein droit d'un titre de séjour. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " () ".

9. Le requérant ne saurait utilement se prévaloir à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français de ce qu'il pourrait prétendre à un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces dispositions ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit.

10. En cinquième lieu, il ressort des déclarations de M. D transcrites d'une part, dans le procès-verbal de garde à vue en date du 19 novembre 2022, qu'il a admis faire l'objet d'une interdiction d'entrer en contact avec son épouse et de se rendre à leur domicile, situé au CADA de Woippy, décidée dans le cadre d'une convocation par procès-verbal (CPPV) du 18 novembre 2022, d'autre part, dans le procès-verbal de vérification de son droit de circulation ou de séjour en date du 10 janvier 2023 qu'il était alors sans domicile fixe. Dans ces conditions, l'attestation de la directrice du Centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) de Metz selon laquelle l'ensemble de la famille est hébergé en centre d'hébergement d'urgence à Woippy depuis le 19 juillet 2005, rédigée le 28 janvier 2022, n'est pas susceptible d'établir, contrairement à ce que soutient le requérant, l'erreur de fait qu'aurait commise le préfet de la Moselle en relevant que le requérant était, en 2023, séparé de son épouse.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

12. Le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis 2004 et qu'il n'a plus aucune attache au Kosovo. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des déclarations de celui-ci que son épouse et leur fils aîné, âgé de vingt-quatre ans, sont eux-mêmes en situation irrégulière. Ainsi, à supposer même, ainsi que le soutient le requérant à la barre, que son épouse, malgré l'interdiction judiciaire de la contacter dont il fait l'objet depuis le 18 novembre 2022, ait elle-même sollicité son retour au domicile conjugal, il n'existe aucun obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer dans le pays d'origine de M. D, ou le cas échéant, dans celui de son épouse qu'il affirme être serbe. Il ne se prévaut par ailleurs d'aucune autre attache familiale, personnelle ou professionnelle en France. Il ressort de ses déclarations et des pièces du dossier que M. D ne fait preuve d'aucune intégration sociale depuis son entrée en France. Il a en outre fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. Il ressort également des pièces du dossier que, depuis son entrée en France, le requérant a été condamné en 2007 à une peine d'amende pour conduite en état d'ivresse, en 2019 à six mois d'emprisonnement, avec sursis et mise à l'épreuve, pour récidive de tentative de vol commise le 25 mai 2019, et en 2020, pour récidive de vol aggravé par deux circonstances, faits commis les 26 et 30 septembre 2019, les 4, 11, 17, 25 et 28 septembre 2020 et le 5 octobre 2020 et tentative de vol dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs commise le 6 février 2020. Dans ces conditions, en dépit de la durée du séjour du requérant en France, le préfet de la Moselle a pu, sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, faire obligation à M. D de quitter le territoire français.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

14. En premier lieu, la décision contestée indique que M. D s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées, a en outre fait connaître son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et ne justifie ni d'un document d'identité ou de voyage ni d'un hébergement. Par suite, le préfet, qui a en outre visé les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui précisent les cas dans lesquels l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai, a suffisamment motivé sa décision.

15. En second lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. D s'est vu refusé la délivrance d'un titre de séjour en France, n'est pas en mesure de justifier d'un document de voyage en cours de validité. D'autre part, l'intéressé ne justifie plus d'aucun lieu de résidence effective et permanente sur le territoire français. Enfin, il a explicitement déclaré lors de son audition du 10 janvier 2023, ne pas vouloir retourner au Kosovo. Par suite, alors même qu'il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Moselle n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision fixant le pays de destination, en l'espèce celui dont le requérant a la nationalité. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. M. D n'apporte aucune pièce de nature à établir la réalité et l'actualité des risques de traitement inhumains et dégradants auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine, le Kosovo, alors au surplus que la situation politique a évolué depuis son départ de ce pays en 2004. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, aux termes desquelles " 1- Aucun État n'expulsera, ne refoulera ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture ", doit également être écarté.

20. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 18 janvier 2023 à 15h50.

La magistrate désignée,

G. ELe greffier

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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