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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300126

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300126

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL AVOCATLOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 janvier 2023 à 11 heures 22 et le 20 janvier 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Meuse du 6 octobre 2022 fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Meuse de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2023 la préfète de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durand, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience :

- le rapport de M. Durand, magistrat désigné ;

- les observations de Me Jacquemin, avocat commis d'office, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et qui soutient en outre que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les observations de M. B, assisté par un interprète en langue Kurde Sorani;

- et les observations de M. C, représentant la préfète de la Meuse, qui conclut au rejet de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant irakien né le 10 décembre 1995, fait l'objet d'une mesure d'interdiction définitive du territoire français, prononcée par le tribunal judiciaire de Tours, le 9 avril 2021. Par arrêté du 6 octobre 2022, la préfète de la Meuse a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée de M. Christian Robbe-Grillet secrétaire général de la préfecture de la Meuse, auquel la préfète de la Meuse a, par un arrêté du 13 octobre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions en matière d'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que le requérant, de nationalité algérienne fait l'objet d'une mesure d'interdiction définitive du territoire français, prononcée par le tribunal judiciaire de Bobigny. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification en raison de l'absence d'un interprète ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, il ressort des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable aux décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été pris en méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si M. B soutient encourir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Irak, son pays d'origine, et partant que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'intéressé n'établit pas la réalité de ses allégations. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de la Meuse.

Lu en audience publique, le 24 janvier 2023 à 15 heures 01.

Le magistrat désigné

F. Durand

La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète de la Meuse, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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