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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300183

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300183

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantBOUDHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2023, Mme A C B, représentée par Me Boudhane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et, dans l'attente de ce réexamen, de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour dans les délais de respectivement un mois et quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen attentif de sa situation ;

En ce qui concerne la décision refusant le titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour en vertu de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est fondée sur une décision portant refus de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Di Candia a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante gabonaise née le 15 septembre 1993, est entrée en France le 11 septembre 2014 munie d'un visa portant la mention " étudiant ". Plusieurs cartes de séjour temporaire portant la même mention lui ont ensuite été délivrées et elle en a demandé le renouvellement, en dernier lieu, le 10 novembre 2021. Par un arrêté du 21 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant son pays de destination. Mme B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour et lui fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à la décision portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme manquant en fait. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation de Mme B.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 423-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 423-13 ci-dessus renvoient.

4. Il est constant que Mme B a saisi le préfet de Meurthe-et-Moselle d'une demande de renouvellement du titre de séjour portant la mention étudiant qui lui avait été délivré jusqu'alors. Sa demande de renouvellement de carte de séjour, présentée sur le fondement de l'article L. 422-1 du même code, n'est pas au nombre de ceux mentionnés à l'article L. 432-13 du code. Par suite, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Aux termes de la rubrique n°25 de l'annexe n°10 de ce code le demandeur d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " doit produire au préfet un " justificatif de moyens d'existence suffisants (sauf pour les titulaires du visa de court séjour " étudiant concours "). Si l'étranger travaille, il doit transmettre ses trois dernières fiches de paie. S'il est pris en charge par un tiers, il doit produire le " justificatif d'identité du tiers ; les attestations bancaires de la programmation de virements réguliers ou une attestation sur l'honneur de versement des sommes permettant d'atteindre le montant requis (615 € mensuels). Enfin, si l'étranger dispose de ressources suffisantes, il transmet : " l'attestation bancaire de solde créditeur suffisant ".

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour étudiant dont Mme B bénéficiait, le préfet de Meurthe-et-Moselle a estimé qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études et qu'elle ne satisfaisait pas aux conditions de ressources prévues par la rubrique n° 25 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier que depuis le dernier renouvellement de son titre de séjour, Mme B a réussi sa deuxième année AES au titre de l'année 2019-2020 puis sa troisième année AES au titre de l'année suivante. Si Mme B n'a ensuite pu valider son master " Ressources humaines ", il n'est pas contesté qu'une telle situation s'explique par le fait qu'elle n'a pu trouver d'alternance. Enfin, sa réinscription en Master 1 " Management stratégique des relations humaines " au titre de l'année 2022-2023 demeure cohérente. Par suite, Mme B est fondée à soutenir qu'en appréciant le caractère réel et sérieux de ses études, le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L 422-1 précité.

8. Toutefois, si la requérante fait valoir qu'elle justifie de moyens de subsistance suffisants en France, elle ne conteste pas le motif de la décision selon laquelle elle ne disposerait pas de ressources suffisantes et qu'elle ne disposait à la date de la décision attaquée d'aucun travail. Si elle produit un contrat de travail saisonnier conclu entre mai et octobre 2022, ainsi qu'un contrat à durée indéterminée conclu antérieurement entre elle et une société de restauration en 2019, elle n'en précise ni la durée, ni les ressources qu'elle en a tirées. Dans ces conditions, le préfet aurait pris la même décision en ne se fondant que sur le motif tiré de l'insuffisance de ses ressources. Par suite, la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, si Mme B se prévaut de la présence en France de son conjoint, avec lequel elle a contracté un pacte civil de solidarité le 17 juin 2022, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier de l'ancienneté de ce lien. Par ailleurs, l'ancienneté de son séjour en France ne s'explique que par la délivrance de titres de séjour qui, portant la mention " étudiant ", ne lui donnaient pas vocation à y demeurer durablement. Dans ces conditions, et nonobstant ses attaches amicales et ses perspectives d'intégration professionnelle, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions de refus de titre de séjour ayant été écartés, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français doivent être annulées par voie de conséquence ne peut être accueilli.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 9, Mme B, qui a au demeurant déclaré lors de sa demande être célibataire et sans charge de famille n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dont serait entachée l'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire sur la situation de Mme B doit également être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 11 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président-rapporteur,

Mme Fabas, conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le président-rapporteur,

O. Di CandiaL'assesseure la plus ancienne,

L. Fabas

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300183

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