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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300186

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300186

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantLEBON-MAMOUDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 14 janvier 2023, 11 et 14 juin 2024, M. C A B, représenté, dans le dernier état de ses écritures, par Me Lebon-Mamoudy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 novembre 2022 par laquelle le Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de renouveler sa carte professionnelle d'agent de sécurité ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il n'a pas connu d'interruption de validité de son titre de séjour entre le 17 août 2016 et le 23 janvier 2018 et qu'il n'a pas commis de faits de dénonciations mensongères ;

- le Conseil national des activités privées de sécurité a fait une inexacte application de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dès lors qu'il ne peut lui être reproché des agissements contraires à l'honneur et à la probité.

Un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, a été produit par le Conseil national des activités privées de sécurité mais n'a pas été communiqué.

M. A B a été admis à l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Di Candia, président,

- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lebon-Mamoudy, pour M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, titulaire d'une carte professionnelle l'autorisant à exercer les activités privées d'agent de sécurité valable du 16 novembre 2017 au 16 novembre 2022, en a sollicité le renouvellement le 25 octobre 2022. Par une décision du 16 novembre 2022, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de renouveler sa carte professionnelle. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; () ". L'article L. 612-20 du même code dispose que : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () / 4°bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour ; () ". Il résulte des dispositions du 2° de l'article L. 612-2° précité que lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission. Par ailleurs, il résulte des dispositions du 4° bis du même article que la période de cinq années de détention d'un titre de séjour doit être continue. Il n'y a pas lieu, en revanche, de distinguer entre les périodes couvertes par la détention d'un titre de séjour et celles couvertes par la détention du récépissé remis, notamment, le temps de l'instruction des demandes de délivrance et de renouvellement d'un titre de séjour.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A B a, entre le 17 août 2016 et le 23 janvier 2018, vécu sous couvert de récépissés l'autorisant à travailler le temps de l'instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Dès lors, M. A B est fondé à contester la matérialité du motif tiré de l'interruption de validité de son titre de séjour durant cette période.

4. D'autre part, M. A B conteste la matérialité des faits de dénonciation mensongère retenus dans la décision attaquée, qui n'ont donné lieu à aucune condamnation pénale. Le CNAPS n'apporte aucun élément de nature à établir la matérialité de ces faits. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'en se fondant sur ces éléments, le CNAPS a entaché sa décision d'une seconde erreur de fait.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée du 16 novembre 2022 refusant le renouvellement de la carte professionnelle de M. A B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation précité, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'une absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que la carte professionnelle permettant d'exercer la profession d'agent de sécurité soit délivrée au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au CNAPS de délivrer cette carte à M. A B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

7. La demande en remboursement des frais non compris dans les dépens doit être formulée à l'encontre de la personne publique au nom de laquelle la décision litigieuse a été prise. Les décisions prises par le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité dans l'exercice des pouvoirs qu'il tient du code de la sécurité intérieure sont prises au nom du conseil national des activités privées de sécurité. Par suite les conclusions tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision attaquée du 16 novembre 2022 refusant de renouveler la carte professionnelle de M. A B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de délivrer cette carte professionnelle à M. A B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience publique du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

O. Di CandiaL'assesseure la plus ancienne,

L. Bourjol

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300186

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