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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300222

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300222

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLOSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

B une requête et un mémoire enregistrés le 20 janvier 2023 à 14 heures 59 et le 25 janvier 2023, M. E D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 B lequel le préfet de la Marne a retiré son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros B jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées, elles sont entachées d'incompétence et lui ont été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ; elle est fondée sur une décision de retrait la protection subsidiaire illégale car entachée de vice de procédure ; elle est fondée sur un retrait de titre de séjour illégal ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant au risque de fuite et de la menace à l'ordre public ;

- la décision fixant le pays de retour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen ; elle est fondée sur une décision de retrait de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français illégales ; elle est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est contraire à l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée ; elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux circonstances humanitaires ; elle est contraire au droit constitutionnel d'asile ;

- la décision de retrait de titre de séjour est insuffisamment motivée, elle est entachée d'incompétence, elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il bénéficie de la protection subsidiaire accordée B l'OFPRA.

B un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le préfet de la Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés B le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Guidi première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués B l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Losa représentant M. A D qui conclut aux mêmes fins B les mêmes moyens ;

- les observations de M. A D, assisté d'un interprète en langue arabe ;

- les observations de M. F représentant le préfet de la Marne qui conclut aux mêmes fins B les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant soudanais entré en France en 2016 a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire accordée B la CNDA le 27 septembre 2018 et s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 1er mai 2023. B une décision du 9 aout 2022 devenue définitive, l'OFPRA a mis fin à sa protection subsidiaire. Le 18 janvier 2023, M. A D a été interpellé B les services de police d'Epernay. B un arrêté du 19 janvier 2023, le préfet de la Marne a retiré son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Placé en rétention, M. A D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi, la décision de refus de délai de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

En ce qui concerne les moyens communs aux décision attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté est signé B M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet de la Marne établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige B un arrêté en date du 4 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. B suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français prises à l'encontre de M. A D B le préfet de la Marne comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement mettant l'intéressé en mesure d'en comprendre et d'en discuter utilement les motifs. B suite le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, les conditions de notification des décisions attaquées sont sans incidence sur leur légalité. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'office met également fin à tout moment, de sa propre initiative ou à la demande de l'autorité administrative, au bénéfice de la protection subsidiaire dans les cas suivants : 3° Le bénéficiaire de la protection subsidiaire doit, à raison de faits commis après l'octroi de la protection, en être exclu pour l'un des motifs prévus à l'article L. 512-2 ". Aux termes de l'article L.512-2 du même code : " La protection subsidiaire n'est pas accordée à une personne s'il existe des raisons sérieuses de penser : ( ) 4° Que son activité sur le territoire constitue une menace grave pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat ; ".

6. En premier lieu, M. A D excipe de l'illégalité de la décision du 9 aout 2022 B laquelle l'OFPRA lui a retiré le bénéfice de la protection subsidiaire en soutenant que la décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire prévu B les articles L.562-1 et L.562-2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Il ressort cependant des pièces du dossier que l'OFPRA a convoqué M. A D B deux courriers du 8 mars 2022 à ses dernières adresses connues pour un entretien prévu le 7 avril 2022, l'informant de ce qu'il était envisagé de mettre fin à la protection subsidiaire qui lui avait été accordée et l'invitant à présenter ses observations sur tout motif de nature à faire obstacle à la fin de cette protection. Les plis ont été retournés avec la mention " inconnu à cette adresse ". M. A D n'ayant pas informé l'OFPRA ou la préfecture de la Marne d'un changement d'adresse, le moyen tiré de ce que l'OFPRA aurait méconnu la procédure contradictoire préalablement à la décision de retrait de la protection subsidiaire accordée à M. A D doit être écarté.

7. En deuxième si M. A D soutient que l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur une décision de retrait d'un titre de séjour qui n'existait plus, le retrait de la protection subsidiaire B l'OFPRA n'a cependant pas eu pour effet de retirer la décision B laquelle le préfet de la Marne lui avait délivré une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 1er mai 2023 après l'attribution du bénéfice de la protection subsidiaire B la CNDA. Dans ces conditions, la décision du 19 janvier 2023 B laquelle le préfet de la Marne a retiré le titre de séjour de M. A D en conséquence du retrait B l'OFPRA, devenu définitif, de la protection subsidiaire qui lui avait été antérieurement accordée, constitue légalement le fondement de l'obligation de quitter le territoire français du même jour.

8. En troisième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition B les services de police d'Epernay en date du 18 janvier 2022 que M. A D, assisté d'un interprète en langue arabe, a été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et invité à présenter ses observations préalables, ce qu'il a refusé de faire. B suite le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

9. En quatrième lieu, eu égard aux conditions et à la durée du séjour de M. A D, qui est célibataire et sans enfants, en France, l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " B dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () "

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A D, qui ne dispose pas d'une adresse stable, a eu à plusieurs reprises un comportement violent et a fait l'objet le 6 aout 2020 d'une condamnation à trois mois d'emprisonnement pour des faits de violence sur une personne chargée d'une mission de service public et d'une condamnation le 14 décembre 2021 pour des faits de vol aggravé B deux circonstances. Il a également proféré des menaces de morts à l'encontre de la directrice de la structure d'hébergement qui l'accueillait et a eu un comportement violent à l'égard du personnel de l'établissement. Dans ces conditions, le préfet de la Marne n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public résultant du comportement de M. A D ni quant à l'absence de garanties de représentation et a légalement pu refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant retrait de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ou dégradants : " Aucun Etat n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ".

14. Si le bénéfice de la protection subsidiaire a été accordé B la CNDA le 27 septembre 2018 à M. A D ressortissant soudanais en considération des risques auxquels il était alors personnellement exposé dans le cadre du conflit au Darfour, le préfet de la Marne fait valoir sans être utilement contredit que la situation dans cette région a évolué compte tenu de la signature d'un accord cadre le 5 décembre 2022 pour un retour à une transition démocratique. Dans ces conditions, alors que M. A D ne fait valoir aucun élément pertinent attestant qu'il encourrait encore des risques personnels en cas de retour au Soudan, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant retrait de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée B l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

17. L'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A D est assortie d'une décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, et alors que le comportement de M. A D constitue une menace pour l'ordre public, le préfet de la Marne n'a pas entaché sa décision, suffisamment motivée au regard des critères énoncés B l'article L. 612-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux circonstances humanitaires propres à la situation de l'intéressé, ni quant à la durée de l'interdiction de retour en la fixant à trois ans.

18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, la décision fixant le pays de renvoi ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A D.

19. En dernier lieu, le requérant soutient que la mesure portant interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l'objet porterait une atteinte grave et disproportionnée au droit constitutionnel d'asile dès lors qu'elle ferait obstacle à son retour en France afin d'y solliciter l'asile. Toutefois, l'intéressé peut solliciter à tout moment l'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Si cette demande n'est recevable que si l'intéressé réside hors de France, une telle condition n'est pas de nature à porter atteinte au droit d'asile dès lors que le refus d'entrée sur le territoire ne fait pas obstacle au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011 aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la constitution les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenus les articles L. 612-6 et suivants du même code. B suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de renvoi et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français présentées B M. A D doivent être rejetées. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. G A D tendant à l'annulation du refus de titre de séjour sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A D et au préfet de la Marne.

Lecture en audience publique le 26 janvier 2023 à 15 heures 40.

La magistrate désignée,

L. C

La greffière,

L. Bourée

La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 230022

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