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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300232

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300232

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2023, M. B A, représenté par Me David, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de déclarer la présente requête recevable ;

3°) de procéder à toute communication utile ;

4°) de prendre toutes mesures d'instruction utiles ;

5°) de suspendre l'exécution de la décision du 10 janvier 2023, notifiée le 11 janvier 2023, par laquelle le directeur adjoint du centre de détention de Nancy-Maxéville lui a refusé l'accès au téléphone avec l'association " l'envolée ", association d'aide et de soutien aux prisonniers au motif " refus pour le maintien et le bon ordre. Articles L. 345-5 et R. 345-14 du code pénitentiaire " ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 3 600 euros au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et d'ordonner leur versement au conseil de M. A.

Il soutient que :

- il a déposé une demande d'aide juridictionnelle, dont il n'a pas encore reçu la preuve de dépôt du beau d'aide juridictionnelle ;

- la requête est recevable ;

Sur la condition de l'urgence :

- la condition de l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la condition de l'urgence résulte de la gravité de l'atteinte portée par l'administration en refusant l'accès au téléphone avec la mesure d'isolement qui entrave nécessairement et inutilement le maintien avec l'extérieur ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- elle est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle méconnait les articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et qu'elle se fonde notamment sur l'article R. 57-8-21 du code de procédure pénale qui a été abrogé par décret n°2022-479 du 30 mars 2022, l'intéressé n'a donc pas été en mesure de connaitre le fondement juridique précis du refus ;

- elle n'indique pas clairement les raisons qui entraineraient un risque pour le maintien du bon ordre en refusant l'appel téléphonique à l'association d'aide ;

- la procédure est irrégulière en tant qu'il n'a pas été procédé au recueil des observations de M. A en amont de la prise de décision ;

- elle méconnait l'article L. 345-5 du code pénitentiaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les échanges entre M. A et l'association ne présentaient aucune menace pour l'ordre et la sécurité de l'établissement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conditions liées à l'urgence et à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux ne sont pas remplies. Un intérêt public, lié au maintien de l'ordre et de la sécurité, s'oppose à ce que la mesure contestée soit suspendue.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 février 2023 à 10h00 :

- le rapport de M. Marti, juge des référés,

- et les observations de Me Laprevotte, substituant Me David, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le garde des sceaux, ministre de la justice n'était ni présent, ni représenté.

A l'issue de l'audience, il a été décidé de prolonger l'instruction jusqu'à 18h00 en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Un mémoire a été produit pour M. A le 3 février 2023 à 16h26.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande la suspension de l'exécution de la décision du 10 janvier 2023, notifiée le 11 janvier 2023, par laquelle le directeur adjoint du centre de détention de Nancy-Maxéville lui a refusé l'autorisation de téléphoner à l'association " l'envolée ".

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des objectifs d'intérêt public poursuivis par la décision contestée.

6. Il résulte de l'instruction que la décision du directeur adjoint du centre de détention de Nancy-Maxéville refusant à M. A l'autorisation d'appeler au téléphone l'association " l'envolée " est motivée par des raisons tenant au maintien de l'ordre et de la sécurité. Compte tenu du profil du requérant, de son comportement agressif et irrespectueux envers le personnel pénitentiaire en détention, qui lui a déjà valu deux condamnations pénales, ainsi que des propos virulents tenus par l'association " l'envolée " dans ses écrits à l'égard de l'administration pénitentiaire, l'intérêt public que fait valoir le ministre de la justice s'oppose à ce que l'exécution de la mesure contestée soit suspendue. En outre, M. A n'établit pas qu'il serait privé de tout contact avec l'extérieur et notamment sa famille, ni que le contact avec l'association " l'envolée " lui serait nécessaire dans le cadre d'un projet de réinsertion. Dans ces conditions, et en l'état de l'instruction, M. A ne justifie pas de la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin de suspension doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me David.

Copie en sera adressée, pour information, au centre de détention de Nancy-Maxéville.

Fait à Nancy, le 9 février 2023.

Le juge des référés,

D. Marti

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 230023

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