vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300277 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | GOUDEMEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 25 janvier à 12 heures 33, 29 et 30 janvier 2023, M. C A, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 24 janvier 2023 par lequel le préfet du Jura a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en exécution de la décision portant interdiction judiciaire du territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet du Jura de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative..
Il soutient que :
- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;
- il dispose du droit de se maintenir en France dès lors que sa demande d'asile n'a pas été définitivement rejetée ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant au pays de destination dès lors que le préfet aurait dû mettre en œuvre la procédure de réadmission à destination de l'Allemagne ;
- le signalement aux fins de non-admission est illégal dès lors qu'il fait obstacle à son retour en Allemagne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Mouton, avocate commis d'office, représentant M. A qui confirme l'abandon des moyens tirés du vice d'incompétence, du défaut de motivation et tiré de ce que l'arrêté n'a pas été notifié dans une langue que M. A comprend, elle ajoute que son client est parti seul de Guinée à l'âge de douze ans, qu'il a déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès de la Cour nationale du droit d'asile pour contester la décision rendue par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'il a besoin de soins et qu'il prenait à ce titre un traitement important pour sa maladie mentale en Allemagne, qu'il dispose d'un droit au maintien sur le territoire français, elle fait par ailleurs valoir que son client ne veut pas retourner en Guinée, puisqu'il a fait toute sa scolarité en Allemagne où il avait été pris été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et a tous ses liens là-bas ;
- et les observations de M. D, représentant le préfet du Jura, qui fait valoir que M. A a pu présenter des observations lorsque le préfet lui a indiqué qu'il entendait fixer la Guinée comme pays de destination, qu'il ne dispose d'aucun droit au séjour en Allemagne et n'est donc pas admissible dans ce pays, que le requérant n'apporte aucun élément concret sur les risques en cas de retour dans son pays d'origine alors que l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile ; qu'il ne dispose pas d'un droit au maintien sur le territoire français dès lors que sa demande d'asile a été présentée en rétention ;
- et les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue peulh, qui fait valoir que son état de santé s'est beaucoup dégradé depuis son placement en rétention, qu'il ne dispose pas de famille en Guinée, pays qu'il a quitté à l'âge de douze ans, qu'il a construit toute sa vie en Allemagne et est venu en France pour les vacances.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 14 décembre 2000, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 26 juillet 2022. Le 4 août 2022, il a été condamné par le tribunal judiciaire de Lons-le-Saunier à une peine de sept mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence et à une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans. Par une décision du 29 décembre 2022, il a été placé au centre de rétention de Metz et par une décision du même jour, le préfet du Jura a fixé la Guinée comme pays de destination. Le 4 janvier 2023, M. A a déposé une demande d'asile. La décision fixant le pays de destination a été annulée par un jugement du 9 janvier 2023 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy au motif que M. A avait manifesté sa volonté de solliciter l'asile et qu'aucune décision d'éloignement ne pouvait être prise à son encontre avant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ne se soit prononcé sur sa demande. Par une décision du 13 janvier 2023, l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 24 janvier 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Jura a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine complémentaire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution sauf à solliciter du ministère public la levée de ses réquisitions aux fins d'exécution, spécialement au cas où le renvoi exposerait l'étranger à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ".
7. Si M. A soutient que la Cour nationale du droit d'asile n'avait pas encore statué sur sa demande d'asile à la date de l'édiction de l'arrêté attaqué, le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", produit à l'instance, mentionne les dates de lecture et de notification de la décision de l'OFPRA qui a statué selon la procédure accélérée prévue à l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A ne disposait pas d'un droit à se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'intervention de la décision de la CNDA. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination a été édictée avant l'intervention de la décision de la CNDA ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 231-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peuvent être enregistrées dans le traitement N-SIS II les données à caractère personnel relatives aux personnes suivantes : () 2° Les personnes signalées aux fins de non-admission ou d'interdiction de séjour à la suite d'une décision administrative ou judiciaire ; () ".
9. Il est constant que M. A a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de cinq ans. Dès lors, le préfet pouvait, pour ce motif, l'informer qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Si M. A fait valoir que cette inscription l'empêche de se rendre en Allemagne, les parties contractantes à la convention Schengen ne sont pas en situation de compétence liée pour refuser l'admission au séjour à un étranger ayant fait l'objet d'une mesure de signalement aux fins de non-admission. Dès lors, cette inscription ne prive pas M. A de tout séjour dans l'Union européenne. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ".
11. M. A, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision du 13 janvier 2023 de l'OFPRA, soutient, qu'en cas de retour en Guinée, il encourt des risques de traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels, inhumains et dégradants. S'il fait valoir qu'il a quitté son pays alors qu'il était mineur pour fuir des conflits armés et fait état de la situation géopolitique en Guinée à cette époque, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité et la persistance des risques qu'il encourt. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.
12. En quatrième lieu, si M. A soutient qu'il souffre de graves troubles psychologiques pour lesquels il suit un traitement, les seuls éléments médicaux produits par l'intéressé ne permettent pas d'établir que la décision fixant le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
13. En dernier lieu, M. A soutient qu'il dispose d'un droit au séjour en Allemagne et que le préfet aurait donc dû engager une procédure de réadmission. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'autorisation de séjourner en Allemagne de l'intéressé a expiré le 12 juillet 2022. Par ailleurs, les autorités allemandes ont indiqué que M. A n'a présenté aucune demande d'asile et aucune demande de titre de séjour en Allemagne. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation faute pour le préfet de ne pas avoir engagé de procédure de réadmission à destination de l'Allemagne.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet du Jura a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en exécution de la décision portant interdiction judiciaire du territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : M. A est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Jura.
Lu en audience publique le 3 février 2023 à 16 heures 44.
La magistrate désignée,
L. B
La greffière
L. Bourrée
La République mande et ordonne au préfet du Jura en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026