mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300312 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 janvier 2023 à 18 heures 14 et un mémoire complémentaire enregistré le 1er février 2023, M. B E B A demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 26 janvier 2023 par lequel le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté en date du 26 janvier 2023 par lequel le préfet du Doubs a décidé sa remise à un Etat partie à la convention de Schengen et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit sur l'application de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de sa demande d'asile déposée dans un autre Etat membre de l'Union européenne ; qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas un risque de fuite ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;
Sur l'arrêté portant remise aux autorités suisses :
- il est entaché d'incompétence ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination souffre d'une exception d'illégalité.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre une décision de remise inexistante sont irrecevables ;
- aucun des moyens soulevés par M. B A n'est fondé.
Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy a constaté le 4 mai 2023 la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- l'échange de notes du 14 août 2013 entre la Suisse et l'Union européenne concernant la reprise du règlement UE n° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Coudert a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 18 décembre 2004 à Oran (Algérie), est entré en France selon ses dires le 24 janvier 2023 en provenance de Suisse sans être titulaire des documents et visas exigés par les dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B A a été interpellé et placé en garde à vue le 26 janvier 2023 pour des faits de vol à l'étalage. Par un arrêté en date du 26 janvier 2023, le préfet du Doubs a fait obligation à M. B A de quitter le territoire français sans délai, a fixé la Suisse ou le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible comme pays de renvoi. Initialement placé en rétention administrative, M. B A a été libéré par ordonnance du 31 janvier 2023 de la cour d'appel de Metz. Il demande l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français présentées à titre principal :
2. Il résulte des dispositions des articles L. 611-1, L. 611-2 et L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-1 et suivants, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.
3. Toutefois, il y a lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile. En effet, les dispositions de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les Etats membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celle de l'un de ces Etats, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions de l'article L. 621-3 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de réadmission prise sur le fondement de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les dispositions de cet article, qui résultent de la transposition de la réglementation européenne en matière d'asile, sont également applicables à la Suisse en tant qu'Etat associé à l'accord dit D C, en vertu de l'échange de notes du 14 août 2013 visé ci-dessus.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B A a fait le 17 janvier 2023 une demande d'asile en Suisse. Dès lors que le préfet du Doubs n'allègue pas qu'à la date de l'arrêté contesté cette demande aurait été traitée par les autorités suisses, M. B A était autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire suisse. Le requérant est, par suite, fondé à soutenir qu'en prenant à son encontre une mesure d'éloignement sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le préfet du Doubs a entaché sa décision d'une erreur de droit, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que la présence en France de M. B A constituerait une menace pour l'ordre public. M. B A est, par suite, fondé à demander l'annulation de la décision en date du 26 janvier 2023 par laquelle le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office, qui sont dépourvues de base légale.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
6. Il y a lieu d'enjoindre, sur le fondement de ces dispositions, au préfet du Doubs de réexaminer la situation de M. B A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
7. M. B A n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le bureau d'aide juridictionnel ayant constaté la caducité de sa demande par décision du 4 mai 2023. Les conclusions présentées par le requérant au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent en conséquence être rejetées. Par ailleurs, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, M. B A ne justifiant pas avoir exposé des frais au sens de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet du Doubs a fait obligation à M. B A de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Doubs de réexaminer la situation de M. B A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E B A et au préfet du Doubs.
Délibéré après l'audience publique du 19 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
Le président-rapporteur,
B. CoudertL'assesseure la plus ancienne,
G. Grandjean
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026