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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300315

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300315

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2023 à 13 heures 18 et un mémoire complémentaire enregistré le 2 février 2023, M. B... A..., représenté par Me Lelong, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté en date du 26 janvier 2023 par lequel la préfète de l’Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen, sous la même condition d’astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas d’attribution de l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l’arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d’incompétence ;
- il n’est pas suffisamment motivé ;
- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu’il comprend ;
- la préfète n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que le préfet s’est cru en situation de compétence liée pour édicter la mesure d’éloignement en litige ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale dès lors qu’elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation ; son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public et il ne présente pas un risque de fuite ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors qu’elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu’elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d’une erreur de droit ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation s’agissant de la durée de cette interdiction ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, la préfète de l’Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par M. A... n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de M. Coudert,

- les observations de Me Martin, avocate commise d’office, substituant Me Lelong, représentant M. A..., qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre qu’il réside habituellement en France depuis l’âge de douze ans ;

- et les observations de M. C..., représentant la préfète de l’Aube, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens et fait valoir en outre que les pièces versées par le requérant ne permettent pas d’établir la continuité de son séjour en France depuis la date alléguée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 776-26 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant surinamais né le 17 juin 1988 à Marowijne, a été interpellé le 26 janvier 2023 par les services de la gendarmerie de l’Aube. La préfète de ce département a pris à son encontre le 26 janvier 2023 un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Actuellement au centre de rétention administratif de Metz, M. A... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président » et aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 : « L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (…). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».

Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l’ensemble des décisions en litige :

D’une part, par un arrêté du 30 août 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de l’Etat dans le département, la préfète de l’Aube a donné délégation de signature à M. Christophe Borgus, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer « tous arrêtés, décisions, (…) relevant des attributions de l’Etat dans le département (…) ». L’article 2 de cet arrêté prévoit certaines exceptions à cette délégation de signature, au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Cette délégation de signature était, contrairement à ce que M. A... soutient, suffisamment précise. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté doit être écarté.

D’autre part, les conditions de notification de l’arrêté attaqué sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. Le moyen tiré de l’irrégularité de cette notification ne peut donc qu’être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision par laquelle la préfète de l’Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

En deuxième lieu, si le requérant soutient que la préfète de l’Aube n’a pas pris en compte certains éléments de sa situation personnelle et familiale, il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse que son édiction n’aurait pas été précédée d’un examen particulier de la situation de l’intéressé. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / (…) 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / (…) 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / (…) ». Aux termes de l’article L. 611-3 du même code : « Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / (…) 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / (…) ».

D’une part, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l’arrêté en litige que la préfète de l’Aube se serait crue en situation de compétence liée pour prendre la mesure d’éloignement litigieuse. Le moyen tiré de l’erreur de droit dont cette décision serait entachée doit, par suite, être écarté.

D’autre part, si M. A... produit des pièces justifiant qu’il a résidé en Guyane avant l’âge de treize ans, il ne justifie pas avoir résidé de façon continue et habituelle en France depuis cette date. Il n’est, par suite, pas fondé à soutenir que les dispositions précitées du 2° de l’article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisaient obstacle à son éloignement.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Ainsi qu’il a été dit, le requérant, célibataire et âgé de trente-quatre ans, ne justifie pas résider habituellement sur le territoire français depuis l’âge de douze ans. Il ne justifie pas entretenir des liens d’une particulière intensité avec sa mère, résidant en Guyane. S’il soutient qu’il est le père de deux enfants résidant en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il entretiendrait des relations avec sa fille ainée, à l’égard de laquelle il ne justifie pas disposer de l’autorité parentale. S’il a reconnu son fils né le 29 novembre 2015 et justifie ne pas avoir pu maintenir des liens avec celui-ci à la suite de sa rupture avec la mère de l’enfant et de son incarcération, les éléments produits ne permettent pas d’établir que M. A... aurait, dans la mesure de ses possibilités, contribué à l’entretien et à l’éducation de son fils. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A... a notamment été condamné le 3 mai 2016 par le tribunal correctionnel de Niort à une peine de six mois d’emprisonnement pour violence aggravée et le 23 août 2018 à une peine de dix-huit mois d’emprisonnement pour violence avec usage ou menace d’une arme, outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique. Au regard de l’ensemble de ces circonstances, M. A... n’est pas fondé à soutenir qu’en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la préfète de l’Aube aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En cinquième lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

Au regard des circonstances de fait énoncées au point 12 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l’Aube, en obligeant M. A... à quitter le territoire français, n’aurait pas porté une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants du requérant. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doit, par suite, être écarté.

En dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la préfète de l’Aube aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. A....

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :

Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ». Aux termes de l’article L. 613-2 du même code : « Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ».

En se bornant à mentionner dans l’arrêté en litige qu’« aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire s’il existe un risque qu’il se soustraie à cette obligation », la préfète de l’Aube ne saurait être regardée comme ayant énoncé les circonstances de fait propres à la situation de M. A... qui constituent le fondement de sa décision. Dans ces conditions, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et qu’elle doit, par suite, être annulée.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

En premier lieu, l’arrêté de la préfète de l’Aube comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A... n’établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l’exception d’illégalité de cette décision, soulevée à l’appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, n’est pas fondée et doit être rejetée.

En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l’Aube n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A... préalablement à l’édiction de la décision en litige.

En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être, en tout état de cause, écarté pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 12 du présent jugement.

En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales n’est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an :

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que l’interdiction de retour d’une durée d’un an en litige a été prononcée par la préfète de l’Aube sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicables lorsque aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, ainsi qu’il a été dit au point 17, que la décision refusant d’accorder à M. A... un délai de départ volontaire est illégale, il y a lieu d’annuler par voie de conséquence l’interdiction de retour prononcée à l’encontre du requérant, qui est dépourvue de base légale.

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... est seulement fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 26 janvier 2016 de la préfète de l’Aube en tant qu’il porte refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 614-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l’étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l’autorité administrative en application des articles L 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification ».

Il résulte de ces dispositions que lorsque le magistrat désigné prononce l’annulation d’une décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire à un étranger obligé de quitter le territoire français, il lui appartient uniquement de rappeler à l’étranger l’obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l’autorité administrative, sans qu’il appartienne au juge administratif d’enjoindre au préfet de fixer un délai de départ. Dans ces conditions, les conclusions à fin d’injonction de la requête de M. A..., qui tendaient à ce qu’il soit enjoint à la préfète de l’Aube de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation, doivent être rejetées.

Sur les frais d’instance :

Le présent jugement admettant provisoirement M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Lelong, avocate de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Lelong de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A....



D E C I D E :



Article 1er : M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : L’arrêté du 26 janvier 2023 de la préfète de l’Aube est annulé en tant qu’il porte refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

Article 3 : Sous réserve de l’admission définitive de M. A... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Lelong renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, ce dernier versera à Me Lelong, avocate de M. A..., une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A....

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à la préfète de l’Aube et à Me Lelong.

Lu en audience publique le 2 février 2023 à 16 heures 25.


Le magistrat désigné,





B. Coudert




La greffière,





L. BouréeLa République mande et ordonne à la préfète de l’Aube en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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