mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300329 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 janvier 2023, M. A B D, représenté par Me Issa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022, notifié le 3 janvier 2023, par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " ou à tout le moins de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente de ce réexamen, de le mettre immédiatement en possession d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à Me Issa, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement du titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'admission exceptionnelle au séjour ;
- elle est insuffisamment motivée et a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait la jurisprudence relative à l'appréciation du caractère réel et sérieux des études ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas motivée ;
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est illégale dès lors que la décision portant refus de séjour est illégale ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marti,
- et les observations de Me Issa représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, de nationalité marocaine, est entré en France en 2018 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 5 novembre 2019 au 4 novembre 2021. Le 3 novembre 2021 il en a demandé le renouvellement. Faute d'avoir produit les justificatifs demandés par les services de la préfecture dans le délai imparti, l'instruction de sa demande a été clôturée et par un arrêté du 23 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Julien le Goff, secrétaire général de la préfecture, qui a reçu du préfet de Meurthe-et-Moselle, par un arrêté du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".
5. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour présenté par M. A B, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur deux motifs, le premier tendant à ce qu'il n'attestait pas du caractère réel et sérieux de ses études et le second tenant au caractère insuffisant de ses ressources.
6. A l'appui de sa demande tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, M. A B produit une convention de stage conclue le 15 décembre 2022 entre l'Université de Lorraine et le centre national de la recherche scientifique portant sur un stage d'une durée de cinq mois et quatorze jours, relatif à une étude de nanocomposites contenant des nanofils pour applications thermoélectriques. M. A B a produit, en outre, une attestation sur l'honneur du 28 janvier 2023 rédigée par M. C, ainsi que ses bulletins de salaires et son avis d'imposition. Ces éléments ne sont à l'évidence pas de nature à établir, en l'absence de tout justificatif de versement actuel ou passé au bénéfice du requérant, que M. A B dispose effectivement pour subvenir à ses besoins pendant la durée de son séjour en France d'au moins 615 euros par mois. Le préfet n'a ainsi pas méconnu les dispositions et stipulations citées au point 4 en refusant à M. A B, au motif de ce que l'intéressé ne justifie pas de moyens d'existence suffisants, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "
8. En l'espèce, M. A B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne constituent pas le fondement de sa demande de titre de séjour et dont le préfet n'a pas entendu faire application d'office. Le moyen doit être écarté.
9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est célibataire et sans charge de famille et qu'il a vécu en France sous couvert de titres de séjour portant la mention " étudiant " ne lui donnant pas vocation à demeurer sur le territoire français. Il n'établit pas avoir tissé des liens particulièrement intenses et stables sur le territoire français et n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être exposé, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
13. En second lieu, le moyen, tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motif que ceux énoncés au point 10.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. M. A B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience publique du 4 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le président-rapporteur,
D. MartiL'assesseur le plus ancien,
F. Durand
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2300329
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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