mercredi 8 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300385 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BLANVILLAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 février 2023 et le 8 février 2023, M. A D, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet du Doubs l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prolongé d'une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans précédemment opposée ;
3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- la compétence du signataire des décisions n'est pas établie ;
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet a méconnu son droit à être entendu ;
- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est ainsi entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;
- le préfet n'a pas pris en compte la durée de son séjour en France ;
- le préfet commet une erreur de fait en indiquant qu'il a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois années alors qu'il a prolongé, pour une durée de deux ans, une précédente interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Blanvillain, représentant M. D qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui insiste plus particulièrement sur le fait que :
. la décision est insuffisamment motivée et que les attaches personnelles et familiales de M. D, en particulier son concubinage avec une ressortissante française, n'ont pas été prises en compte par le préfet ;
. le préfet a, de ce fait, commis une erreur d'appréciation tant en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français ;
. les faits pour lesquels le requérant a été condamné ne justifient ni qu'il lui ait été refusé un délai de départ volontaire, ni que lui soit opposée une interdiction de retour sur le territoire français aussi longue ;
- les observations de M. D ;
- et les observations de M. E, représentant le préfet du Doubs, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et fait valoir que la décision refusant un délai de départ volontaire aurait légalement pu être fondée sur le risque de fuite que présente le requérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant centrafricain né le 22 janvier 1994 déclare être entré en France le 2 juin 2019. L'intéressé a cependant fait l'objet le 28 octobre 2018, alors qu'il s'était présenté sous une autre identité, Gilbert Secke, d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de police de Paris. Le 27 septembre 2020, préfet de Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par un jugement du tribunal correctionnel de Rouen en date du 28 septembre 2020, M. D a été condamné à trois mois d'emprisonnement pour des faits de vol et de prise du nom d'un tiers. Par un jugement en date du 19 janvier 2022, le tribunal correctionnel de Chartres l'a condamné à trois mois d'emprisonnement pour des faits de vol. À la suite de son interpellation le 26 août 2022 en raison de vols commis à Besançon, le requérant a été condamné par un jugement du 27 août 2022 du tribunal correctionnel de Besançon à une peine de sept mois d'emprisonnement. Par ailleurs, le requérant a été mis en possession le 29 juillet 2021 d'une attestation de demande d'asile. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 mars 2022 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 novembre 2022. Par un arrêté du 16 janvier 2023 notifié le 1er février suivant, le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prolongé pour une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français précédemment opposée. M. D, placé en centre de rétention à sa sortie d'écrou par une décision du même jour, demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 portant application de la même loi : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :
4. L'arrêté est signé par M. Philipe Portal, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet du Doubs établit avoir délégué sa signature par un arrêté en date du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
6. Il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire et au pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.
7. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision d'éloignement implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
8. Il ressort du procès-verbal d'audition du 27 août 2022 par les services de police de Besançon, que M. D a été informé de ce que le préfet du Doubs était susceptible de prendre à son encontre une mesure d'éloignement et qu'il a alors été mis à même de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité de son séjour et les motifs pouvant justifier que le préfet s'abstienne de prendre une mesure d'éloignement. M. D ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle intervenues postérieurement à cette audition, alors en outre qu'il a été écroué à la maison d'arrêt de Besançon du 27 août 2022 au 1er février 2023, qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement en litige et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Ainsi, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu. Le moyen manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
9. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui fondent la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre du requérant. Ainsi, alors que le préfet n'avait pas à viser toutes les circonstances de fait de la situation de M. D, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
10. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite ce moyen doit être écarté.
11. En cinquième lieu, le requérant relève que le préfet mentionne de façon erronée d'une part, qu'il n'a pas demandé de titre de séjour alors qu'il a sollicité l'asile, d'autre part, qu'il n'a pas d'attaches personnelles et familiales et ne démontre pas qu'il n'a plus de lien avec son pays d'origine alors que sa compagne et ses frère et sœur vivent en France. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Doubs y a rappelé que l'intéressé a déposé le 2 octobre 2020 une demande de reconnaissance du statut de réfugié et qu'il lui a été délivré le 29 juillet 2021 un récépissé de demande d'asile après que le délai de reprise en charge par l'Italie eût expiré. Ainsi, nonobstant les termes du mémoire en défense du préfet du Doubs, aucune erreur de fait n'entache l'arrêté attaqué sur ce point. Par ailleurs, dès lors que M. D ne justifie pas des liens qu'il entretiendrait avec le frère et la sœur qu'il déclare avoir en France et qu'il ressort des pièces du dossier que la relation alléguée avec sa compagne n'a commencé au plus tôt qu'en 2020, soit moins de trois ans à la date de l'édiction de la décision contestée, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de fait en estimant qu'il n'établissait pas disposer d'attaches privées et personnelles fortes. Par suite, ce moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
13. Il ressort des déclarations de M. D lors de son audition aux fins de vérification de son droit au séjour sur le territoire français du 27 août 2022 qu'il a déclaré n'être présent en France que depuis le 2 juin 2019, " avoir une copine " et être sans enfant à charge en France. S'il soutient dans ses écritures entretenir une relation sérieuse avec la compagne, de nationalité française avec laquelle il déclare vivre en région parisienne et avoir un projet de mariage, il ne justifie pas de ce projet. En outre, l'ancienneté et l'intensité de leur relation n'est pas établie par les témoignages peu circonstanciés produits, alors que le requérant déclare avoir rencontré Mme C en 2020, soit moins de trois ans avant l'édiction de la décision contestée du préfet du Doubs, qu'aucune des pièces produites n'établit de manière probante l'existence d'une communauté de vie et que M. D a déclaré lors de son audition du 27 août 2022 s'être rendu à Besançon pour y rejoindre " une fille rencontrée sur facebook ". Par ailleurs, nonobstant ses affirmations selon lesquelles son père serait décédé et sa mère vivrait au Cameroun, le requérant ne conteste pas sérieusement disposer d'attaches dans son pays d'origine, la République centrafricaine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ses conditions, il ne peut se prévaloir, pour justifier du transfert de ses centres d'intérêt en France, de la seule présence sur le territoire français d'une sœur et d'un frère, alors, au surplus, qu'il ne justifie ni de l'existence et de la situation régulière en France de ce dernier, ni en tout état de cause de la réalité et de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec eux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".
15. En premier lieu, la décision contestée souligne que le comportement de M. D constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le préfet, qui a en outre visé l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui précise les cas dans lesquels l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai, a suffisamment motivé sa décision.
16. En second lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé le 25 septembre 2020 pour des faits de vol simple, recel de vol et prise du nom d'un tiers et condamné pour ces faits par un jugement du tribunal correctionnel de Rouen à une peine de trois mois d'emprisonnement, et que le tribunal correctionnel de Chartres l'a condamné par un jugement du 19 janvier 2022 à la même peine pour des faits de vol. Il a enfin été condamné le 27 août 2022 à sept mois d'emprisonnement à la suite de vols commis à Besançon le 26 août 2022. Par suite, eu égard aux caractère récent et répété de ces infractions, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le préfet du Doubs a pu considérer que le requérant constitue une menace pour l'ordre public.
17. Le préfet ayant décidé de ne pas accorder de délai à M. D sur le fondement des dispositions précitées du 1°) de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de ce qu'il ne présenterait aucun risque de fuite est inopérant. Au demeurant, le préfet est fondé à relever que le requérant, qui entré irrégulièrement en France, s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement et a explicitement exprimé lors de son audition du 27 août 2022 sa volonté de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français qui pourrait lui être opposée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il ne présenterait aucun risque qu'il se soustraie à l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :
18. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision fixant le pays de destination, en l'espèce celui dont le requérant a la nationalité. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
20. M. D n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques, dont il ne précise au demeurant pas la nature, qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
21. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Aux termes de ce dernier article : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".
23. En premier lieu, il ressort clairement des dispositions de l'arrêté contesté que le préfet du Doubs a décidé, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de prolonger pour une durée supplémentaire de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans qui avait été précédemment opposée au requérant par l'arrêté du 27 septembre 2020 du préfet de Seine-Maritime. Par suite, nonobstant les termes du mémoire en défense du préfet du Doubs qui fait référence à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans, l'arrêté n'est entaché d'aucune erreur de fait ou de droit.
24. En second lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que son comportement ne constituerait pas une menace à l'ordre public dès lors que la décision contestée a été prise au seul motif que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il faisait l'objet d'une obligation de le quitter sans délai. Par ailleurs, l'intéressé a fait l'objet de décisions l'obligeant à quitter le territoire français les 28 octobre 2018 et 27 septembre 2020, dont la dernière au moins sans délai de départ volontaire, qu'il n'a pas exécutées. Il n'établit en outre pas posséder d'attaches familiales sur le territoire français, autres que son frère et sa sœur dont les liens qu'il entretiendrait avec eux ne sont en tout état de cause pas établis. Enfin, la stabilité et l'intensité de la relation, qui est en outre récente, que l'intéressé soutient entretenir avec une ressortissante française ne sont pas démontrées. Par suite, en prolongeant pour une durée de deux ans la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans qui avait été opposée au requérant le 27 septembre 2020, le préfet du Doubs n'a pas fait une inexacte appréciation de la situation du requérant et des dispositions précitées de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 16 janvier 2023 prises par le préfet du Doubs doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. D au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Blanvillain et au préfet du Doubs.
Lu en audience publique le 8 février 2023 à 16 heures 03.
La magistrate désignée,
G. BLa greffière,
L. Bourée
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026