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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300389

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300389

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 février 2023 à 15 heures 08 et un mémoire complémentaire enregistré le 7 février 2023, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 février 2023 par laquelle le préfet de la Moselle a ordonné son maintien en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile conformément aux dispositions de l'article L. 777-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- la demande d'asile qu'il a présentée n'est pas dilatoire ;

- il dispose de garanties de représentation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est incompatible avec les objectifs fixés par la directive " Accueil " ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne ressort pas de la décision contestée que celle-ci ait effectivement édictée après le dépôt de sa demande d'asile le 2 février 2023 à 17 heures 10.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Morel, avocate commise d'office représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens, et précise que M. C est arrivé en France en 2010 et qu'il s'est marié avec une ressortissante française ; le requérant est retourné en Tunisie en 2022 et a fait l'objet d'une garde à vue en raison de ses activités politiques ; il est revenu en France en juillet 2022 pour rejoindre son épouse ; il n'est pas possible de savoir si la décision attaquée a été prise après le dépôt de sa demande d'asile ; sa demande d'asile n'est pas dilatoire ; il doit être jugé en 2024 pour des faits de violences conjugales,

- les observations de M. C,

- les observations de M. F, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, et précise que le préfet a été informé du dépôt de la demande d'asile de M. C par un courriel du greffe du centre de rétention administrative de Metz du 2 février 2023, à 17 heures 33 et qu'il a alors rédigé la décision portant maintien en rétention visant la demande d'asile déposée le 2 février 2023, qui a été notifiée le même jour à 18 heures 40 ; aucun élément du dossier ne démontre que la décision contestée aurait été édictée avant le dépôt de la demande d'asile du requérant ; la demande d'asile de M. C présente un caractère dilatoire dès lors que l'intéressé n'a jamais demandé l'asile depuis son entrée en France et ne l'a fait que 82 jours après son placement en rétention, alors que sa rétention avait été prolongée pour la quatrième fois par le juge des libertés et de la détention et que l'intéressé n'a pas formulé de demande de protection au cours de son audition.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 11 mai 1989, a déclaré être entré en France le 1er janvier 2010. Par un arrêté du 17 octobre 2022, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par un arrêté du 12 novembre 2022, le préfet de la Moselle a décidé son placement en rétention administrative. M. C a déposé une demande d'asile en rétention le 2 février 2023. Par une décision du même jour, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Moselle a ordonné son maintien en rétention administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. A D, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de la Moselle, auquel le préfet de la Moselle a, par un arrêté du 21 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment la décision litigieuse. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui fondent la décision maintenant M. C en rétention. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification de la décision attaquée sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, s'il incombe aux États membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par le 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. " Aux termes de l'article R. 754-3 du même code : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile remet sa demande sous pli fermé à l'autorité dépositaire. / Au sens du présent chapitre, les autorités dépositaires des demandes d'asile dans les lieux de rétention sont, dans un centre de rétention, le chef du centre, son adjoint ou le cas échéant le responsable de la gestion des dossiers administratifs et, dans un local de rétention, le responsable du local et son adjoint. ". Aux termes de l'article R. 754-4 de ce code : " La demande d'asile formulée en rétention est rédigée en français sur un imprimé établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'imprimé est signé et accompagné de deux photographies d'identité récentes et, le cas échéant, du document de voyage. ". Aux termes de l'article R. 754-6 de ce code : " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, celle-ci enregistre la date et l'heure de la remise sur le registre mentionné à l'article L. 744-2. " Enfin, aux termes de l'article R. 754-7 du même code : " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, conformément à l'article R. 754-6, celle-ci en informe sans délai le préfet qui a ordonné le placement en rétention afin qu'il se prononce sur le maintien en rétention conformément au premier alinéa de l'article L. 754-3. ".

7. Il résulte de ces dispositions que le préfet ne peut prononcer le maintien en rétention administrative d'un étranger qui a présenté une demande d'asile en rétention que postérieurement à l'enregistrement de cette demande par le chef du centre de rétention, son adjoint ou le responsable de la gestion des dossiers administratifs. Cet enregistrement est effectué, en vertu des dispositions précitées, au moment de la remise de sa demande d'asile par l'étranger placé en centre de rétention, demande qui doit être rédigée sur un imprimé établi par l'OFPRA.

8. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande d'asile remis à M. C le 2 février 2023 à 15 heures 50 a été retourné au greffe du centre de rétention administrative le même jour à 17 heures 10. Il ressort également des pièces du dossier que la décision en litige a été notifiée à M. C le 2 février 2023 à 18 heures 40. Il ne ressort en revanche d'aucune des pièces du dossier que la décision contestée, qui vise la demande d'asile présentée par M. C le 2 février 2022, aurait été prise avant la remise par le requérant de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions citées au point 6 doit être écarté.

9. En sixième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présenterait des garanties de représentation à l'appui de la contestation de la mesure de maintien en rétention dès lors qu'il ressort des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen, qui n'est pas opérant, doit être écarté.

10. En dernier lieu, M. C fait valoir que sa demande d'asile n'est pas dilatoire et fait état de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine en raison des activités politiques qu'il y aurait exercées en 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'a jamais fait part, lors de son audition du 12 novembre 2022, de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il n'a présenté sa demande d'asile que 82 jours après son placement en rétention administrative et après la quatrième prolongation de cette dernière par le juge des libertés et de la détention. Dans ces conditions, le préfet a pu sans commettre d'erreur d'appréciation estimer que la demande d'asile de M. C n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement et décider en conséquence de maintenir son placement en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant au caractère dilatoire de la demande d'asile doit, dès lors, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée par M. C au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 9 février 2023 à 15 heures 04.

Le magistrat désigné,

R. E

La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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