mercredi 8 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300395 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 février 2023, M. D, représenté par Me Issa, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence durant quarante-cinq jours au sein de la métropole de Nancy, l'a astreint à se maintenir quotidiennement, de 7h à 10h au sein de son logement et l'a obligé à se présenter chaque jeudi à 15h auprès des services de police de Nancy ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est entaché d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;
- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une insuffisance d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de son retour dans son pays d'origine ;
- il est entaché d'un défaut de base légale, en ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas visée ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît sa liberté constitutionnelle d'aller et venir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. Pierre Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bastian, magistrat désigné ;
- les observations de Me Issa, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; qui soulève le moyen tiré de l'erreur de fait en ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français servant de base légale à la décision en litige est une décision inexistante ; qui soulève le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français du 31 août 2022 ne pouvait servir de base légale à l'arrêté attaqué dès lors qu'elle n'a pas été notifiée à M. C ; et qui ajoute, s'agissant de l'erreur manifeste d'appréciation, que l'éloignement de M. C ne demeure pas une perspective raisonnable en ce que la préfecture n'a pas engagé de démarche pour mettre à exécution sa décision et que son passeport est périmé ;
- et les observations de M. C, assisté d'une interprète en langue arménienne, qui affirme ne pas avoir pris connaissance de la décision portant obligation de quitter le territoire français, base légale de l'arrêté en litige.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant arménien né le 30 janvier 1992, est entré en France en 2017 muni d'un passeport en cours de validité mais dépourvu de visa. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 20 mai 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 31 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. A la suite d'un contrôle routier, il a été placé, le 3 février 2023, en retenue pour vérification du droit au séjour par la compagnie républicaine de sécurité de Champigneulles. Par un arrêté du 3 février 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les autres conclusions :
4. En premier lieu, par un arrêté n°22.BCl.26 du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, sans condition d'absence ou d'empêchement du préfet. Par suite, M. A, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer la décision portant assignation à résidence. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait insuffisamment examiné la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il ressort des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français ainsi que celles d'assignation à résidence. Dès lors, la procédure contradictoire préalable anciennement prévue à l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, et codifiée depuis le 1er janvier 2016 aux articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable aux décisions portant assignation à résidence. Par suite, M. C ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.
8. En cinquième lieu, le préfet de Meurthe-et-Moselle a produit l'arrêté du 31 août 2022 par lequel il a obligé M. C à quitter le territoire français. Dès lors, cet arrêté ne constitue pas un acte inexistant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () "
10. Si M. C soutient que l'arrêté du 31 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français ne lui a pas été notifié, cette circonstance, qui, à la supposer établie, peut avoir une incidence sur le délai de recours à l'encontre de la décision d'éloignement, est sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence dès lors que M. C fait bien l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an avant l'édiction de l'arrêté en litige, pour laquelle aucun délai de délai volontaire n'a été accordé. En outre, la circonstance que la décision portant obligation de quitter le territoire français, produite par le préfet de Meurthe-et-Moselle, n'est pas visée dans l'arrêté attaqué mais est citée dans les motifs de cette décision, est sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent et de l'erreur de droit tirée du défaut de base légale doivent être écartés.
11. En septième lieu, M. C n'apporte aucun élément de nature à établir que son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. En outre, les circonstances invoquées dans sa requête à l'appui de son moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sont sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation en résidence. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
12. En huitième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la liberté constitutionnelle d'aller et venir ne sont pas assortis des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.
Le magistrat désigné,
P. Bastian
La greffière
M. B La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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