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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300412

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300412

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBOYE-NICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

J une requête et un mémoire enregistrés le 6 à 12 heures 29 et le 14 février 2023, M. I demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2023 J lequel le préfet du Territoire de Belfort lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros J jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé, il est entaché d'incompétence, il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ; elle est entachée d'erreur de droit ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de l'atteinte à l'ordre public et du risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de renvoi est contraire à l'article 3 et à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle est contraire à l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée ; elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle est entachée d'erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires ; elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est contraire à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

J un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés J le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Guidi première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués J les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Boye-Nicolas représentant M. H qui conclut aux mêmes fins J les mêmes moyens ;

- les observations de M. H, assisté d'un interprète en langue géorgienne ;

- les observations de Me Morel, représentant le préfet du territoire de Belfort qui conclut aux mêmes fins J les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, ressortissant géorgien, a été interpellé le 4 février 2023 lors d'un contrôle routier. Après avoir constaté l'irrégularité de son séjour en France, le préfet du Territoire de Belfort lui a fait une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois J un arrêté du 5 février 2023. M. H, placé en rétention, en demande l'annulation.

Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi, la décision de refus de délai de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois :

En ce qui concerne les moyens communs aux décision attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté est signé J M. E D, préfet du Territoire de Belfort. J suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français prises à l'encontre de M. H J le préfet du Territoire de Belfort comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement mettant l'intéressé en mesure d'en comprendre et d'en discuter utilement les motifs. J suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, les conditions de notification des décisions attaquées sont sans incidence sur leur légalité. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ".

6. En premier lieu, si M. H fait valoir qu'il est marié à une ressortissante ukrainienne bénéficiant de la protection temporaire en application de la décision n° 2022.382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance de l'Ukraine au sens de l'article 5 de la directive n° 2001/55/CE du 20 juillet 2001, il ressort cependant des pièces du dossier que lors de son audition J les service de police le 5 février 2023, il a indiqué s'être marié en 2018 à Mme C F résidant 28 rue de Bourgogne à Strasbourg alors que dans sa requête il indique être marié à Mme B G, ressortissante ukrainienne titulaire d'une autorisation provisoire de séjour, résidant 30 rue Schweighaeuser à Strasbourg, laquelle apparait comme célibataire au fichier national des étrangers selon ses propres déclarations en date du 7 février 2022. J suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait méconnu son droit à une protection temporaire en tant que conjoint d'une ressortissante ukrainienne et ainsi commis une erreur de droit et une erreur de fait doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, M. H indique à l'appui de ses conclusions qu'il est entré en France en 2022 et qu'il aurait des problèmes de santé, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas fait mention de ces éléments au cours de son audition le 4 février 2013 J les services de police à qui il a indiqué, sans le justifier, être entré en France en 2015 pour y travailler avant de repartir en Pologne en 2021. S'il indique avoir un enfant avec son épouse ukrainienne bénéficiaire de la protection temporaire et titulaire d'une autorisation provisoire de séjour, il n'établit cependant ni ce mariage, ni l'existence de cet enfant. Eu égard aux conditions et à la durée du séjour de M. H en France, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ou dégradants : " Aucun Etat n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ".

10. Si M. H soutient que sa vie est menacée en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses déclarations. J suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ou dégradants doit être écarté.

11. En troisième lieu, si le requérant fait valoir que la décision fixant le pays de renvoi porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en raison de son mariage avec une ressortissante ukrainienne bénéficiant de la protection temporaire et d'une autorisation provisoire de séjour, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée J l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

14. L'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. H est assortie d'une décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Dans ces conditions le préfet du Territoire de Belfort n'a pas entaché sa décision, suffisamment motivée au regard des critères énoncés J l'article L. 612-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur manifeste d'appréciation quant à des circonstances humanitaires propres à la situation de l'intéressé, ni quant à la durée de l'interdiction de retour en la fixant à trois ans, alors que, ainsi qu'il a été dit au point 7, il n'établit pas être marié à une ressortissante ukrainienne bénéficiaire de la protection temporaire et titulaire d'une autorisation provisoire de séjour. Pour ce même motif, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ni ne méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de renvoi et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français présentées J M. H doivent être rejetées. Il y a également lieu J voie de conséquence de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. K H et au préfet du Territoire de Belfort.

Rendu public J mise à disposition au greffe le 15 février 2023 ;

La magistrate désignée,

L. A

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 230041

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