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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300431

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300431

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2023, M. D A B, représenté par Me Issa, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant " ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à Me Issa, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour, il a conclu une convention de stage d'une durée de cinq mois avec le CNRS qui lui permettra d'obtenir son diplôme de master 2 au terme de cette année universitaire ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que la décision est entachée d'incompétence, de défaut de motivation et de défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur manifeste d'appréciation du caractère sérieux de ses études et de ses moyens d'existence, elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.

Par un mémoire enregistré le 10 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 janvier 2023 sous le n° 2300329 par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Guidi, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 février 2023 à 10h00 :

- le rapport de Mme Guidi, juge des référés ;

- les observations de Me Issa, représentant M. A B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h39.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité marocaine, est entré en France en 2018 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 5 novembre 2019 au 4 novembre 2021. Le 3 novembre 2021 il en a demandé le renouvellement. Faute d'avoir produit les justificatifs demandés par les services de la préfecture dans le délai imparti, l'instruction de sa demande a été clôturée et par un arrêté du 23 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. D'une part, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour.

4. M. A B a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 4 novembre 2021 dont il a demandé le renouvellement le 3 novembre 2021. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A B a conclu une convention avec le centre national de la recherche scientifique pour y effectuer le stage nécessaire à l'obtention de son diplôme de master 2 " sciences et génie des matériaux PT physique chimie des matériaux " dont il avait validé toutes les autres unités d'enseignement au terme de l'année universitaire 2020/2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption. Par suite, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A B a validé au terme de l'année universitaire 2020/2021 toutes les unités d'enseignements du diplôme de master 2 " sciences et génie des matériaux PT physique chimie des matériaux ", hormis celle relative au stage de fin d'études. M. A B fait valoir les difficultés qu'il a rencontrées pour trouver le stage requis pour l'obtention de son diplôme, difficultés qui se sont accentuées alors qu'il se trouvait en possession d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour à compter de l'expiration de son titre de séjour le 4 novembre 2021. M. A B a été inscrit en master 2 " sciences et génie des matériaux PT physique chimie des matériaux " au titre de l'année 2021/2022 et fait valoir qu'il n'a pas pu valider son année, de nouveau faute d'avoir trouvé un stage de fin d'études durant cette année universitaire. A l'appui de sa demande tendant à la suspension de la décision de refus de titre de séjour, M. A B produit une convention de stage conclue le 15 décembre 2022 entre l'Université de Lorraine et le centre national de la recherche scientifique portant sur un stage d'une durée de cinq mois et quatorze jours relatif à une étude de nanocomposites contenant des nanofils pour applications thermoélectriques. Il n'est pas contesté que ce stage permettrait à M. A B d'obtenir son master 2. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant au caractère sérieux de ces études est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

7. Alors qu'il y n'y a pas lieu de retenir la demande du préfet de Meurthe-et-Moselle de procéder à une substitution des motifs fondant la décision du 23 décembre 2022 tirée de l'insuffisance des ressources propres de M. A B, la présente ordonnance implique que soit délivré à M. A B un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait été statué par le tribunal sur la requête au fond. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle d'y procéder dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

8. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

9. M. A B bénéficie de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Issa, avocat de M. A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Issa de la somme de 1 000 euros.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A B portant la mention " étudiant " est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A B un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait été statué par le tribunal sur la requête au fond dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve que Me Issa renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Issa, avocat de M. A B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A B, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et à Me Issa.

Copie pour information sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 16 février 2023.

La juge des référés,

L. Guidi

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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