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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300433

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300433

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 7 février 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal administratif de Nancy, la requête de Mme C enregistrée le 1er février 2023.

Par une requête enregistré le 1er février 2023 au greffe du tribunal administratif de Strasbourg Mme B C, représentée par Me Schweizer, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a décidé son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et un formulaire de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux risques de traitement inhumain et dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'UE encourus en Espagne ; la décision méconnait l'article 17 du règlement UE n° 614/2013 compte tenu des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil en Espagne ; elle bénéficie d'une promesse d'embauche en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2023, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Guidi première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Schweizer représentant Mme C qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme C, assistée d'un interprète en langue arabe ;

- les observations de Me Iscen représentant la préfète du Bas-Rhin, préfète de la Moselle qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante palestinienne, a présenté une première demande d'asile en France le 23 aout 2021 à laquelle la France a opposé une décision de transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. Mme C a regagné la France pour y présenter une nouvelle demande d'asile. Après avoir consulté le fichier Eurodac, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a sollicité les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge en application de l'article 18 du règlement UE n° 604/2013 à laquelle il a été donné une suite favorable par une décision du 16 janvier 2023. Par un arrêté du 30 janvier 2023 dont Mme C, placée en rétention, demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin préfète de la région Grand Est a décidé son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient Mme C, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à un examen de sa situation particulière et qu'elle aurait insuffisamment motivé sa décision de transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile.

5. Aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

6. D'une part, Mme C soutient que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 et les stipulations de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'il existe un risque sérieux que les autorités espagnoles la renvoient dans son pays d'origine où elle est en danger. Toutefois, l'Espagne, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et Mme C n'établit pas qu'il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Espagne dans la procédure d'asile et que les autorités espagnoles ne seraient pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Elle n'établit pas davantage que ces autorités n'évalueraient pas, avant de procéder à un éventuel éloignement, l'existence d'un risque personnel, réel et avéré, que l'intéressée subisse dans son pays des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

7. D'autre part, si Mme C soutient qu'elle veut rester en France durant le temps de l'instruction de sa demande d'asile et qu'elle bénéficie d'une promesse d'embauche, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, qui est célibataire et sans enfant, n'y a aucune attache familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'autorité administrative aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de la clause humanitaire pour décider d'instruire la demande d'asile de Mme C en France doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Schweizer et à la préfète du Bas-Rhin préfète de la région Grand Est.

Lecture en audience publique le 13 février 2023 à 15 heures 09.

La magistrate désignée,

L. A

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin préfète de la région Grand Est en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300433

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