mercredi 15 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300439 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BOYE-NICOLAS |
Vu la procédure suivante :
E une requête et un mémoire enregistrés le 8 à 15 heures 32 et le 14 février 2023, Mme B C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 E lequel le préfet de la Haute-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros E jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé, il est entaché d'incompétence, il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;
- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de l'atteinte à l'ordre public, du risque de fuite et de l'urgence ; elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- la décision fixant le pays de renvoi est contraire à l'article 3 et à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée.
E des mémoires en défense, enregistré le 10 février et 15 février 2023, le préfet de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés E la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Guidi première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués E les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Boye-Nicolas, avocate commis d'office, représentant Mme C qui conclut aux mêmes fins E les mêmes moyens ;
- les observations de Mme C;
- les observations de Me Morel, représentant le préfet de la Haute-Marne qui conclut aux mêmes fins E les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante croate, a été interpellé le 7 février 2023 E les services de police du commissariat de Chaumont. Après avoir constaté l'irrégularité de son séjour en France, le préfet de la Haute-Marne lui a fait une obligation de quitter le territoire français sans délai et fixé le pays de renvoi. Mme C, placée en rétention, en demande l'annulation.
Sur les conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français :
2. L'arrêté du 7 février 2023 E lequel le préfet de la Haute-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi n'est assorti d'aucune interdiction de retour sur le territoire français. E suite, les conclusions de Mme C portant sur cette décision sont dépourvues d'objet et ne peuvent qu'être rejetées comme étant irrecevables.
Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi, la décision de refus de délai de départ volontaire :
En ce qui concerne les moyens communs aux décision attaquées :
3. En premier lieu, M. Maxence Den Heijer, secrétaire général de la préfecture du département de la Haute-Marne, bénéficie, E un arrêté du 5 septembre 2022 régulièrement publié le jour même, diffusé sur le site internet de la préfecture, et donc accessible tant pour le juge que pour les parties, d'une délégation de la préfète de ce département à l'effet aux termes de son article 2 notamment de signer " () en matière de police des étrangers, tous arrêtés, décisions () ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant d'accorder un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi prises à l'encontre de Mme C E le préfet de la Haute-Marne comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement mettant l'intéressée en mesure d'en comprendre et d'en discuter utilement les motifs. E suite le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
5. En troisième lieu, les conditions de notification des décisions attaquées sont sans incidence sur leur légalité. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, E décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie E le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes :1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu E les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ;2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue E la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme C indique à l'appui de ses conclusions annulation qu'elle fait partie de la communauté des gens du voyage et qu'elle est sédentarisée en France où elle a acheté une maison en 2016 et qu'elle y vit avec son époux. Elle fait valoir que ses enfants et petits enfants vivent en France. Mme C n'établit cependant pas que les membres de sa famille disposeraient d'un droit au séjour et seraient en situation régulière sur le territoire français, où elle ne justifie aucune autre attache personnelle et familiale. Eu égard aux conditions et à la durée du séjour de Mme C en France, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " E dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme C n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, qu'elle a fait usage de plusieurs identités et a refusé de se soumettre aux opérations d'identification, qu'elle n'est en possession d'aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'elle s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement. Elle se trouvait ainsi entrer dans les cas prévus aux 5° et 8° de l'article L. 612-3 précités, permettant de regarder comme établi, sauf circonstance particulière, le risque qu'elle se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français. Mme C ne justifie pas de circonstance particulière permettant de regarder le risque de fuite comme non établi. E suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait inexactement appliqué les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L.612-3 et commis une erreur d'appréciation quant à l'urgence en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 8, la décision fixant le pays de renvoi ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.
14. En troisième lieu, si Mme C soutient que sa vie est menacée en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations permettant d'établir qu'elle y encourrait des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai et de la décision fixant le pays de renvoi présentées E Mme C doivent être rejetées. Il y a également lieu E voie de conséquence de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Boye-Nicolas et au préfet de la Haute-Marne.
Lecture en audience publique le 15 février 2023 à 15 heures 23.
La magistrate désignée,
L. A
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2300439
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026