mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300457 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SELARL SOLER-COUTEAUX & LLORENS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2023, M. V A, Mme AG H AA, Mme K S, M. AD B, M. N C, Mme R AB, M. I T, M. Z G, Mme E J, M. L X, M. W M, Mme AF D épouse M, Mme Y O veuve G, M. U P et Mme AE Q, représentés par la SELARL Richard et Lehmann, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le maire de la commune de Nancy a accordé à la société civile immobilière de construction-vente (SCCV) Nancy Louis Braille un permis de construire quatre bâtiments sur un terrain situé 50 rue Louis Braille à Nancy ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Nancy le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d'une incompétence de son signataire ;
- elle méconnait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article UA 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Nancy dès lors que le projet porte atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants ;
- elle méconnait les dispositions de l'article UA 3.1 du plan local d'urbanisme de la commune de Nancy dès lors que le projet va remettre en cause la commodité de la circulation dans ce quartier paisible en raison de l'augmentation du nombre de véhicules qu'il induit ;
- elle méconnait les dispositions de l'article R. 122-2-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'aucune étude de faisabilité technique et économique des diverses solutions d'approvisionnement en énergie n'a été réalisée préalablement au dépôt de la demande de permis de construire.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 février et 3 mars 2023, la SCCV Nancy Louis Braille, représentée par Me Gillig, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de chacun des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable au regard, d'une part, de l'article R. 412-1 du code de justice administrative dès lors que la décision contestée n'est pas produite à l'instance, d'autre part, de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme dès lors que les requérants ne justifient d'aucun intérêt pour agir ;
- à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2023, la commune de Nancy, représentée par Me Mattiussi-Poux, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'ensemble des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens.
Elle fait valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient d'aucun intérêt pour agir ;
- à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 24 avril 2023, Mme J déclare se désister de ses conclusions.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 4 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Coudert,
- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,
- les observations de Me Lehmann, représentant Mme H AA et autres,
- les observations de Me Mattiussi-Poux, représentant la commune de Nancy,
- et les observations de Me Cheminet, substituant Me Gillig, représentant la SCCV Nancy Louis Braille.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 14 décembre 2022, le maire de la commune de Nancy a accordé à la société civile immobilière de construction-vente (SCCV) Nancy Louis Braille un permis de construire portant sur la construction de quatre bâtiments (85 logements d'habitation) d'une surface de plancher de 6 729 m2 sur les parcelles cadastrées 395 CR 418, 395 CR 503, 395 CR 519 et 395 CR 520, situées 50 rue Louis Braille à Nancy et classées en zone UA et UL du règlement du plan local d'urbanisme. Par leur requête, M. V A, Mme AG H AA, Mme K S, M. AD B, M. N C, Mme R AB, M. I T, M. Z G, Mme E J, M. L X, M. W M, Mme AF M, Mme Y G, M. U P et Mme AE Q demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur le désistement partiel :
2. Par un mémoire enregistré le 24 avril 2023, Mme E J a déclaré se désister de ses conclusions. Ce désistement est pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation à des membres du conseil municipal () ".
4. L'arrêté attaqué a été signé par Mme AC F, première adjointe au maire, auquel, par un arrêté du 19 août 2020, le maire de la commune de Nancy a donné délégation pour exercer les fonctions dans le domaine de l'urbanisme et signer les documents relevant de ce domaine, en particulier, les autorisations d'urbanisme. Il ressort par ailleurs du certificat d'affichage du maire en date du 8 juin 2021 que cet arrêté a été affiché en mairie du 19 août au 19 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Par ailleurs, aux termes de l'article 11 du règlement de zone UL du plan local d'urbanisme de la commune de Nancy : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales / () ". Les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme ayant le même objet que celles, également invoquées par les requérants, de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posant des exigences qui ne sont pas moindres, la légalité de la décision attaquée doit être appréciée par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nancy.
6. Il résulte de ces dispositions que si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer l'autorisation sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus d'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
7. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des photographies versées à l'instance, que le projet litigieux, composé de 85 logements répartis dans quatre immeubles en R+3 et R+4, est situé dans une zone caractérisée par des constructions telles que des pavillons et deux immeubles résidentiels en R+4. Si les requérants font valoir que la construction de 85 logements va bouleverser l'identité du quartier dès lors que l'augmentation de la population est de nature à porter atteinte à son caractère paisible et exempt de bruit, il ressort des pièces du dossier que par leur conception architecturale, leur hauteur limitée dans le but de s'insérer harmonieusement dans la rue Louis Braille, leur orientation ouvrant à l'ouest des espaces privatifs ou collectifs à destination des résidents, le traitement des espaces libres, les constructions litigieuses, en dépit de leur étendue, s'intègrent de manière satisfaisante à ces lieux avoisinants, sans porter atteinte à leur caractère ou à leur intérêt. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de la commune de Nancy a commis une erreur d'appréciation en délivrant le permis de construire litigieux.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 3.1 du plan local d'urbanisme de la commune de Nancy : " Toute nouvelle construction est interdite sur les terrains non desservis par des voies publiques ou privées soit directement, soit par l'intermédiaire d'une servitude de passage aménagé sur fonds voisins, dans les conditions répondant à l'importance et à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles à édifier, notamment en ce qui concerne la commodité de la circulation et des accès et l'approche des moyens de lutte contre l'incendie ".
9. Il ressort des pièces du dossier que la rue Louis Braille, desservant les terrains d'assiette du projet, est d'une largeur permettant le passage et le croisement de véhicules dans des conditions de sécurité suffisantes. Si le projet litigieux porte sur la création de 85 logements et conduira nécessairement à une augmentation du nombre de véhicules amenés à emprunter la rue Louis Braille et les rues adjacentes, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces voies publiques ne permettraient pas de répondre à ces nouveaux besoins. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UA 3.1 du plan local d'urbanisme de la commune de Nancy doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : / () j) L'attestation de prise en compte des exigences de performance énergétique et environnementale, lorsqu'elle est exigée en application de l'article R. 122-24-1 du code de la construction et de l'habitation et, pour les projets soumis aux dispositions de l'article R. 122-2-1 du même code, l'attestation de réalisation de l'étude de faisabilité relative aux solutions d'approvisionnement en énergie réalisée en application de l'article R. 122-24-2 de ce code, ou, lorsque le projet est tenu de respecter les dispositions mentionnées aux articles R. 172-11 et R. 172-12 de ce code, un document établi par le maître d'ouvrage attestant la prise en compte de la réglementation thermique, en application de l'article R. 122-22 de ce code, et pour les projets concernés par l'article R. 122-2 ou l'article R. 122-3 du même code, la réalisation de l'étude de faisabilité relative aux solutions d'approvisionnements en énergie, en application de l'article R. 122-23 dudit code ; / () ". Aux termes de l'article R. 122-2-1 du code de la construction et de l'habitation : " Préalablement au dépôt de la demande de permis de construire, le maître d'ouvrage de toute construction de bâtiments mentionnés aux articles R. 172-1 et R. 172-3 réalise l'étude de faisabilité technique et économique des diverses solutions d'approvisionnement en énergie mentionnées au 2° de l'article L. 122-1 / () ".
11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de prise en compte de la réglementation environnementale RE2020 produit par la SCCV Nancy Louis Braille, qu'une étude de faisabilité technique et économique des diverses solutions d'approvisionnement en énergie a été réalisée préalablement au dépôt de la demande de permis de construire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 122-2-1 du code de la construction et de l'habitation doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme H AA et autres ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2022.
Sur les frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Nancy la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y lieu de mettre à la charge solidaire des requérants le versement d'une somme globale de 1 500 euros à la SCCV Nancy Louis Braille et d'une somme globale de 1 500 euros à la commune de Nancy en application de ces dispositions.
14. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées à ce titre par la commune de Nancy doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme J.
Article 2 : La requête de Mme H AA et autres est rejetée.
Article 3 : Mme H AA et autres verseront solidairement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros, d'une part, à la SCCV Nancy Louis Braille et, d'autre part, à la commune de Nancy.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la SCCV Nancy Louis Braille et la commune de Nancy et les conclusions présentées par cette dernière au titre des dépens sont rejetés.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme AG H AA, représentante unique pour l'ensemble des requérants, à la société civile immobilière de construction-vente Nancy Louis Braille et à la commune de Nancy.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
Le président-rapporteur,
B. Coudert L'assesseure la plus ancienne,
G. Grandjean
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026