mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300519 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | COCHE-MAINENTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire enregistrés les 15 février 2023 à 15 heures 20 et le 20 février 2023, M. B Prince demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de 36 mois ;
2°) d'enjoindre le préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions des articles L.911-2 et L.911-3 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Le requérant soutient que :
En ce qui concerne la légalité externe de toutes les décisions contestées :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ; la mesure de placement en rétention lui a été notifiée avec l'assistance d'un interprète défaillant ; sa requête n'est pas tardive de ce fait ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'il justifie d'un droit au séjour en Italie où il devait être réadmis en priorité ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et il ne présente pas de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est dépourvue de base légale ;
- elle méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est tardive et qu'en tout état de cause les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marti, magistrat désigné,
- les observations de Me Coche-Mainente, avocate commise d'office, représentant M. Prince, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. Prince, né le 1er janvier 1990, de nationalité nigériane, serait entré en France en octobre 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'OFPRA du 17 janvier 2020, confirmée par la CNDA le 9 janvier 2023. Détenu à la maison d'arrêt de Nancy-Maxéville depuis le 16 juin 2022, il a fait l'objet, le 19 décembre 2022, d'un arrêté pris par le préfet de Meurthe-et-Moselle, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui interdisant le retour pendant une durée de 36 mois. Placé en rétention administrative, il conteste cet arrêté.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté a été compétemment pris par M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, qui a reçu à cet effet délégation du préfet de Meurthe-et-Moselle par arrêté du 8 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de justification de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué est infondé et ne peut être qu'écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont le préfet a fait application et mentionne de manière suffisamment précise les faits qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées manque dès lors en fait et ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français en date du 19 décembre 2022 n'aurait pas été notifié dans une langue que M. Prince comprend est sans influence sur sa légalité. De même, le requérant ne peut utilement soulever à l'appui de ses conclusions d'annulation le moyen tiré de ce que l'interprète l'ayant assisté lors de la notification de la décision de placement en rétention aurait été défaillant.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;() 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; " Et aux termes de l'article L. 621-1 de ce même code : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ".
6. Il résulte de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-1 et suivants, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.
7. Il ressort des pièces du dossier que si M. Prince était en possession d'un permis de séjour délivré par les autorités italiennes et valable jusqu'au 5 mars 2020, il entrait dans les hypothèses prévues par les 1° et 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet, pour ces seuls motifs, à prendre une mesure d'éloignement et n'établissait pas, à la date à laquelle le préfet a pris sa décision, qu'il était légalement admissible en Italie. Par suite, les moyens tirés de l'absence d'examen sérieux de sa situation, d'erreur de droit et d'erreur de fait doivent être écartés.
8. D'autre part, M. Prince est célibataire sans enfant. Il ne fait pas état de liens en France et n'établit pas être dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine. Il est, en outre, défavorablement connu des services de police et a été condamné à une peine d'emprisonnement d'un an pour des faits de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait porté atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision relative au délai de départ :
10. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre le refus de délai de départ volontaire.
11. L'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ()" M. Prince, comme il vient d'être dit, a commis plusieurs infractions en France et a été incarcéré en dernier lieu à la suite d'une condamnation à une peine d'un an de prison par le tribunal correctionnel de Nancy du 13 juillet 2022. Son comportement constitue manifestement une menace à l'ordre public. Au vu de ces éléments, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.
13. M. Prince soutient qu'il encourt des risques pour sa sécurité en cas de retour au Nigéria et qu'il bénéficie d'un droit de séjour en Italie.
14. Toutefois, il ne produit aucun justificatif à l'appui de ses allégations relatives à ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Et s'il a produit en cours d'instance un permis de séjour italien qui aurait été renouvelé, la décision fixant le pays de renvoi vise non seulement le pays dont M. Prince a la nationalité, mais également tout pays dans lequel il est légalement admissible. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Ainsi qu'il a été indiqué au point 8 ci-dessus, le requérant ne démontre pas disposer d'attaches anciennes, intenses et stables en France auxquelles le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
16. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour." aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
17. La décision d'interdiction de retour sur le territoire français relève que le comportement de M. Prince représente une menace à l'ordre public, qu'il ne justifie pas de l'intensité de ses liens avec la France, et qu'il ne fait valoir aucune circonstance humanitaire, de sorte que le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de 36 mois.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. Prince n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pendant 36 mois.
Sur les frais du litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. Prince demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. Prince est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B Prince et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Lecture en audience publique le 21 février 2023 à 16 heures 26.
Le magistrat désigné,
D. ALe greffier,
L. Rémond
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026