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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300526

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300526

mardi 13 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL CL AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy rejette la demande de Mme A, attachée territoriale principale, qui sollicitait le paiement de 301 heures supplémentaires et des dommages-intérêts pour résistance abusive de la part de la commune de Pulnoy. Le tribunal écarte l'argument tiré d'un engagement écrit du maire, rappelant que la situation statutaire de l'agent ne permet pas la création de droits indemnitaires par une simple promesse. Il juge que Mme A ne peut bénéficier que du régime indemnitaire fixé par le conseil municipal, conformément au décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984. La requête est donc rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2023 et des mémoires complémentaires enregistrés les 6 juillet 2023 et 30 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Loquet, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Pulnoy à lui verser les sommes de 7 224 euros et 722,40 euros bruts à titre de rappels d'heures supplémentaires ;

2°) de condamner la commune de Pulnoy à lui verser la somme de 1 000 euros à titre de dommages et intérêts pour résistance abusive ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pulnoy la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a réalisé 301 heures supplémentaires, estimée chacune à 24 euros compte tenu de son indice de grade ;

- le maire de la commune s'est engagé par écrit le 21 septembre 2021 à procéder au paiement de ses heures supplémentaires ;

- les agents de catégorie A ne sont pas exclus du paiement des heures supplémentaires ;

- des agents de catégorie A de la commune ont eu la possibilité d'épargner leurs heures supplémentaires sur leur compte épargne temps, conformément à la délibération du conseil municipal du 16 décembre 2010 ;

- la partie fixe de la prime de fonction et de résultat n'intègre pas le paiement des heures supplémentaires.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 juin 2023, 14 septembre 2023 et 20 décembre 2023, la commune de Pulnoy, représentée par Me Dartois, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n°2004- 878 du 26 aout 2004 ;

- le décret n°2008-1533 du 22 décembre 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- les observations de Me Duminil, substituant Me Loquet, représentant Mme A,

- et les observations de Me Dartois, représentant la commune de Pulnoy.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est attachée territoriale principale et a occupé les fonctions de directrice générale des services au sein de la commune de Pulnoy jusqu'au 1er décembre 2021. Par un courrier du 5 mai 2022, Mme A a sollicité le versement de la somme de 7 224 euros correspondant au paiement de 301 heures supplémentaires au tarif de 24 euros chacune. Par un courrier du 31 mai 2022, la commune de Pulnoy a refusé de faire droit à sa demande. Par la requête visée ci-dessus, Mme A demande le versement des sommes de 7 224 euros et de 722,40 euros à titre de rappels d'heures supplémentaires ainsi que la condamnation de la commune de Pulnoy au paiement de la somme 1 000 euros à titre de dommages et intérêts pour résistance abusive.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'assemblée délibérante de la collectivité ou le conseil d'administration de l'établissement fixe, dans les limites prévues à l'article 1er, la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements. L'organe compétent fixe, notamment, la liste des emplois dont les missions impliquent la réalisation effective d'heures supplémentaires ouvrant droit aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires versées dans les conditions prévues pour leur corps de référence figurant en annexe au présent décret. / Pour la détermination du montant des indemnités sont seuls pris en compte les emplois inscrits au budget de la collectivité ou de l'établissement effectivement pourvus. / L'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire ".

3. Mme A, en qualité de fonctionnaire territorial, se trouve placée dans une situation statutaire et réglementaire régie notamment par la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, aujourd'hui codifiée, et par le décret du 6 septembre 1991 pris pour son application. Dès lors, le document manuscrit du maire de la commune de Pulnoy en date du 21 septembre 2021, précisant que Mme A se verra payer ses soixante-cinq jours de congés et heures supplémentaires, n'a pas eu pour effet de créer des droits indemnitaires au profit de l'intéressée, cette dernière ne pouvant bénéficier que du régime indemnitaire tel que fixé par le conseil municipal de la commune au profit de l'ensemble des agents de la collectivité. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Pulnoy se serait engagé à procéder au versement de ses heures supplémentaires, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 26 août 2004 relatif au compte épargne-temps dans la fonction publique territoriale : " Le compte épargne-temps est alimenté par le report de jours de réduction du temps de travail et par le report de congés annuels tels que prévus par le décret du 26 novembre 1985 susvisé, sans que le nombre de jours de congés annuels pris dans l'année puisse être inférieur à vingt. / L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement peut autoriser, en outre, l'alimentation du compte épargne-temps par le report d'une partie des jours de repos compensateurs. / () ". Aux termes de l'article 7-1 du même décret du 26 août 2004, dans sa version applicable au jour du départ de Mme A de la commune de Pulnoy : " Chaque jour mentionné à l'article 3-1 et au c du 1° ainsi qu'au b du 2° du II de l'article 5 est maintenu sur le compte épargne-temps, sous réserve que le nombre total de jours inscrits sur le compte n'excède pas soixante jours () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération du 16 décembre 2010, prise pour application des dispositions du décret du 20 mai 2010 modifiant certaines dispositions relatives au compte épargne-temps (CET) dans la fonction publique territoriale, le conseil municipal de la commune de Pulnoy a précisé que le CET peut être alimenté, dans la limite d'un total de soixante jours, notamment par des heures supplémentaires n'ayant pas fait l'objet d'une récupération. Il ressort également des pièces du dossier, sans que cela soit contesté par Mme A, que son CET avait déjà atteint le plafond règlementaire au moment de son départ de la commune de Pulnoy. Dès lors, si comme la requérante le soutient, les heures supplémentaires n'ayant pas fait l'objet d'une récupération peuvent être créditées sur le compte épargne temps, il est constant que la concernant, à supposer même qu'elle puisse bénéficier du report de jours de repos compensateur, ce qui n'est pas établi par les pièces du dossier, un tel versement n'était pas possible. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle pouvait, en tant qu'agent de catégorie A, bénéficier de l'inscription de ses heures supplémentaires sur son compte épargne temps, et ce moyen doit dès lors être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 22 décembre 2008 relatif à la prime de fonctions et de résultats : " La prime de fonctions et de résultats comprend deux parts : / - une part tenant compte des responsabilités, du niveau d'expertise et des sujétions spéciales liées aux fonctions exercées ; / - une part tenant compte des résultats de la procédure d'évaluation individuelle prévue par la réglementation en vigueur et de la manière de servir ". Aux termes de l'article 7 du même décret " La prime de fonctions et de résultats est exclusive de toutes autres indemnités liées aux fonctions et à la manière de servir à l'exception de celles énumérées par arrêté du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et du ministre intéressé ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 15 décembre 2011 portant refonte du régime indemnitaire du personnel, le conseil municipal de la commune de Pulnoy a instauré, au profit des agents de la collectivité, une prime de fonctions et de résultats. La part fixe, dite fonctionnelle, de cette prime est attribuée en fonction du rang de responsabilités de l'agent et des sujétions spéciales liées à son poste. Il résulte en outre des dispositions précitées du décret du 22 décembre 2008, que cette prime se substitue à toutes les primes liées aux fonctions et à la manière de servir des agents. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A s'est vue attribuer la somme de 492,72 euros mensuels au titre de cette part fonctionnelle, dont elle n'a jamais contesté le montant. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la part fixe de la prime de fonctions et de résultats n'intègre pas les heures supplémentaires, dès lors que celle-ci a été définie en tenant compte de ses responsabilités et sujétions particulières liées à son poste de directrice générale des services, dont la réalisation d'heures supplémentaires faisait nécessairement partie intégrante. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de Mme A tendant au versement par la commune de Pulnoy de la somme de 7 946,40 euros à titre de rappels d'heures supplémentaires et de 1 000 euros à titre de dommages et intérêts pour résistance abusive, doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pulnoy, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Pulnoy et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la commune de Pulnoy une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Pulnoy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Pulnoy.

Délibéré après l'audience du 22 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2025.

La rapporteure,

A. JouguetLe président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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