mercredi 5 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 février 2023 et un mémoire enregistré le 9 mars 2023, M. A C, représenté par Me Richard, demande au tribunal :
1°) de désigner un interprète pour l'assister lors de l'audience ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel la préfète de la Meuse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
4°) d'enjoindre à la préfète de la Meuse de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours, sous la même astreinte ;
5°) d'enjoindre à la préfète de la Meuse d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen ;
6°) de mettre à la charge de la préfète de la Meuse les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Richard, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Richard s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles 6.4 et 6.5 de l'accord franco-algérien et des articles L. 423-23, L. 423-27 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;
- elle est insuffisamment motivée.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- les conséquences de cette décision sur sa situation sont manifestement excessives ;
- la décision méconnaît son droit d'être entendu ;
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est illégale ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Des pièces ont été produites pour M. C, le 22 mars 2023, et n'ont pas été communiquées.
Un mémoire a été présenté, par le préfet de la Meuse, le 22 mars 2023, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Richard, avocate de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 25 avril 2002, serait entré en France au cours du mois de février 2018, selon ses déclarations. Le 30 mars 2020, il a été condamné à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement par le tribunal pour enfants de D. Le 3 mai 2021, le préfet de l'Hérault a prononcé une mesure d'éloignement à son encontre. Le tribunal judiciaire de Strasbourg l'a condamné, le 23 mars 2022, à deux ans d'emprisonnement et il est actuellement écroué au centre de détention de Saint-Mihiel. Par un arrêté du 9 février 2023, la préfète de la Meuse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence à statuer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la désignation d'un interprète :
4. Les dispositions des articles L. 614-2 à L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas qu'un interprète puisse être désigné au cours de la procédure applicable en l'absence d'assignation à résidence ou de placement en rétention, lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code. Par suite, les conclusions de M. C tendant à ce qu'un interprète soit désigné doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
6. Pour obliger M. C à quitter le territoire français, la préfète de la Meuse s'est fondée sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circonstance que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Si la décision contestée précise les différentes condamnations pénales dont le requérant a fait l'objet ainsi que son absence de démarches d'insertion en France, elle ne mentionne aucun élément sur sa situation privée ou familiale. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. C entretient une relation depuis 2019 avec une ressortissante française, avec laquelle il a maintenu des liens durant sa détention et eu un fils de nationalité française né le 8 avril 2022. Par suite, M. C est fondée à soutenir que la préfète n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle avant de prononcer à son encontre la mesure d'éloignement en litige. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être accueilli.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 février 2023 par laquelle la préfète de la Meuse lui a fait obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant son pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. En premier lieu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Meuse de statuer à nouveau sur la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, immédiatement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour. Toutefois, ces dispositions ne prévoient pas l'obligation de l'assortir d'une autorisation de travail, alors que le requérant, qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, n'entre pas davantage dans les cas prévus à l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces conclusions tendant à assortir l'autorisation provisoire de séjour d'une autorisation de travail doivent, par suite, être rejetées. Il n'y a par ailleurs pas lieu d'assortir l'injonction précitée d'une astreinte.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".
10. Le présent jugement annule l'interdiction de retour prise à l'encontre de M. C et il résulte des dispositions précitées qu'une telle annulation implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Meuse de mettre en œuvre la procédure d'effacement de ce signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
11. En premier lieu, M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de ces dispositions sous réserve que Me Richard, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle.
12. En second lieu, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. C à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 9 février 2023 par lequel la préfète de la Meuse a fait obligation à M. C de quitter le territoire français, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Meuse de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Meuse de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Richard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Richard, avocate de M. C, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Richard et au préfet de la Meuse.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Cabecas, première conseillère,
- Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 avril 2023.
La rapporteure,
L. BLe président,
O. Di Candia
La greffière,
L. BourgerLa République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300527
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026