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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300547

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300547

vendredi 18 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP DUBOIS - MARRION- MOUROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2023, M. C A, représenté par Me Lehmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la directrice des ressources humaines du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy du 19 décembre 2022 mettant fin à son stage et le réintégrant dans le corps d'agent d'entretien qualifié titulaire ;

2°) d'annuler la décision de la directrice du CHRU de Nancy du 19 décembre 2022 l'affectant au sein des transports sanitaires du département investissement et logistique ;

3°) d'enjoindre à la directrice du CHRU de Nancy de l'affecter en qualité de conducteur ambulancier titulaire au sein de la structure mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) de Nancy ;

4°) de condamner le CHRU de Nancy à lui verser une somme de 373,72 euros par mois à compter du 1er janvier 2023, en réparation de son préjudice matériel et une somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral ;

5°) de mettre à la charge du CHRU de Nancy une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision mettant fin à son stage :

- le CHRU de Nancy a commis une erreur manifeste d'appréciation de la gravité des faits qui lui sont reprochés ;

En ce qui concerne la décision d'affectation :

- il est recevable à contester la légalité de cette décision ;

- la décision constitue une sanction déguisée prise en considération des reproches formulés à l'occasion de la décision de non titularisation ;

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

- le CHRU de Nancy a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- il est fondé à demander le versement d'une somme de 373,72 euros par mois à compter du 1er janvier 2023, en réparation de son préjudice matériel ;

- il est fondé à demander le versement d'une somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023, le CHRU de Nancy, représenté par Me Marrion, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°2016-636 du 19 mai 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique ;

- les observations de Me Lehmann, représentant M. A ;

- et les observations de Me Dubois, représentant le CHRU de Nancy.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent d'entretien qualifié au sein du CHRU de Nancy, a été nommé en qualité de conducteur ambulancier stagiaire à compter du 1er février 2021 pendant un an. A l'issue de cette période, le stage de l'intéressé a été prolongé de six mois. Par deux décisions du 19 décembre 2022, la directrice du CHRU de Nancy a décidé de la non titularisation de M. A en qualité de conducteur ambulancier, de sa réintégration dans son corps d'origine et de son affectation au sein des transports sanitaires du département investissement et logistique. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions et de l'indemniser des préjudices par lui subis du fait de leur illégalité.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la décision mettant fin au stage de M. A :

2. Aux termes de l'article 4-9 du décret n°2016-636 du 19 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires recrutés après avis de la commission de sélection compétente dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C1 et les fonctionnaires recrutés au titre du concours externe dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C2 sont nommés stagiaires et accomplissent un stage d'une durée d'un an. / A l'issue de ce stage, les stagiaires dont les services ont donné satisfaction sont titularisés. Les autres stagiaires peuvent, après avis de la commission administrative paritaire, être autorisés à effectuer un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. Si le stage complémentaire a été jugé satisfaisant, les intéressés sont titularisés. / Lorsque des fonctionnaires ne sont pas titularisés à l'issue du stage initial ou à l'issue du stage complémentaire, ils sont soit licenciés s'ils n'avaient pas préalablement la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine, selon les dispositions qui leur sont applicables. () ".

3. Pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, que l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

4. Il ressort des pièces du dossier que le 17 juillet 2021, lors de la période initiale de son stage, M. A a commis une erreur d'adresse retardant de plusieurs minutes l'arrivée de l'ambulance dans le cadre d'une urgence vitale. Le 7 octobre 2021, à l'occasion de sa relève, M. A n'a pas remis les clés du véhicule d'intervention à l'ambulancier prenant son poste de garde, comme il y était tenu, mais l'a posée sur le bureau des ambulanciers où un médecin l'a prise par mégarde et l'a rapportée chez lui. Le 14 mai 2022, M. A assistait à un match de football avec son fils au stade Marcel Picot. A la fin de ce match, il a demandé à l'équipe de SMUR présente de les raccompagner à leur base alors même que les véhicules d'intervention sont destinés aux seuls professionnels en poste et ne peuvent en aucun cas prendre d'autres personnes. Interrogé sur la matérialité de cet évènement, M. A a sciemment menti à sa hiérarchie et demandé aux membres de l'équipage de corroborer sa version des faits. En août 2022, M. A a été retrouvé endormi derrière la porte de la lingerie à 7 heures du matin alors que l'intéressé était en poste de nuit jusqu'à 7 heures 30. Il est constant que M. A ne respecte pas l'ensemble des procédures des conducteurs d'ambulance et qu'il ne valide pas de façon récurrente l'application embarquée permettant au centre 15 d'avoir un retour immédiat sur l'avancée du véhicule et sur sa disponibilité pour le déclenchement d'une autre mission. En mai 2022 sur vingt-et-une interventions, dix-huit ont été prises correctement par l'intéressé et trois ont dû être renvoyées une deuxième fois pour validation. En juin 2022, sur vingt interventions, deux ont dû être renvoyées une deuxième fois à l'intéressé, une a dû être renvoyée quatre fois, soit avec vingt-six minutes de retard et une n'a jamais reçu de validation. En juillet 2022, sur dix-sept interventions, trois ont dû être renvoyées une deuxième fois et, en août 2022, sur douze interventions, deux ont été renvoyées deux fois et une n'a jamais été validée. M. A ne conteste pas la matérialité de ces faits mais soutient que, concernant l'incident du stade Marcel Picot, l'équipage du SMUR n'a fait l'objet d'aucune poursuite disciplinaire et que cet évènement est antérieur à la décision de prolongation de son stage. Concernant le non renseignement de l'application de suivi des ambulances, il ajoute qu'il est le seul ambulancier à avoir fait l'objet d'un contrôle de la part de la hiérarchie et que cette application connaît parfois des dysfonctionnements. Et, s'agissant de la sieste faite pendant son temps de travail, il précise qu'il s'agit d'une pratique courante dans le service s'agissant de gardes de douze heures. Les objections ainsi soulevées et tenant au comportement des autres agents du SMUR, à les supposer mêmes établies, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation faite par l'administration de la manière de servir de M. A. Aussi, au vu de l'ensemble de ces éléments dont la matérialité n'est pas contestée par M. A, la directrice du CHRU de Nancy a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, considérer que le requérant ne possédait pas encore l'ensemble des aptitudes requises pour être titularisée à l'issue de sa période de stage et décider, pour ce motif, de mettre fin à ce stage et dans son corps d'origine.

En ce qui concerne la décision d'affectation de M. A :

5. Par décision du 19 décembre 2022, la directrice du CHRU de Nancy a affecté M. A au sein des transports sanitaires du département investissement et logistique. Si M. A soutient que cette mesure constitue une sanction déguisée, elle constitue la simple conséquence de la réintégration de l'intéressé dans son corps d'origine, du fait de sa non titularisation en qualité de conducteur ambulancier et non pas une sanction ayant le caractère de punition.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions de la directrice du CHRU de Nancy du 19 décembre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions indemnitaires de la requête ainsi que les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du CHRU de Nancy qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au centre hospitalier régional universitaire de Nancy.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. MartiLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2300547

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