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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300548

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300548

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300548
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête, enregistrée le 17 février 2023, M. B C, représenté D Me Richard, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 10 février 2023, D lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a ordonné son expulsion du territoire français et a fixé le Kenya comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de six mois renouvelable avec droit au travail, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il y a urgence à suspendre l'arrêté attaqué qui préjudicie de manière grave à ses intérêts dès lors qu'il sera libéré de prison le 20 février, date à partir de laquelle la mesure d'expulsion pourra être mise en œuvre ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué les moyens tirés de l'incompétence dont est entaché cet arrêté, de son défaut de motivation, de l'erreur d'appréciation commise dans l'appréciation de la menace grave qu'il représenterait pour l'ordre public, de la méconnaissance des dispositions des 1° et 3° de l'article L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en ce qu'elle est fondée sur une décision d'expulsion elle-même illégale, de l'incompétence et du défaut de motivation dont est entachée la décision fixant le pays de destination.

D un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conditions d'urgence et d'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ne sont pas remplies.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête de M. C, enregistrée le 17 février 2023 sous le n° 2300549, tendant à l'annulation de l'arrêté dont la suspension de l'exécution est demandée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 février 2023 à 11h00 :

- le rapport de M. Davesne, juge des référés ;

- les observations de Me Coche-Mainente, substituant Me Richard, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête D les mêmes moyens, et de M. C ;

- les observations de Mme A, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h34.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée D la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée D le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme D l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre d'office M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. M. C, ressortissant kényan, a été condamné D la cour d'assises des Vosges, le 8 décembre 2021, à une peine de six ans d'emprisonnement pour des faits de violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner commis le 1er septembre 2018. Ayant purgé sa peine, il a été libéré du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville le 20 février 2023 avant d'être placé en centre de rétention puis libéré D le juge de la détention et des libertés le 22 février 2023. D un arrêté du 10 février 2023, rendu après avis défavorable de la commission d'expulsion de Meurthe-et-Moselle du 7 décembre 2022, le préfet de ce département a ordonné son expulsion du territoire français et fixé le Kenya comme pays de destination. M. C demande la suspension de l'exécution de cet arrêté sur le fondement des dispositions citées au point 3.

5. Eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français porte, en principe, D elle-même atteinte de manière grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise. Ainsi, et alors même que M. C a été libéré du centre de rétention administrative de sorte que l'exécution de la mesure d'éloignement ne serait pas imminente, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

6. En l'état de l'instruction, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la présence en France de M. C constitue une menace grave pour l'ordre public.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 février 2023 ordonnant son expulsion du territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. M. C est en possession d'une carte de résident dont la validité expire le 26 novembre 2023 qui lui a été retirée D l'arrêté attaqué. D suite de la suspension des effets de cet arrêté, M. C se trouve de nouveau, et jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond tendant à l'annulation de cet arrêté, en possession de sa carte de résident. D suite, les conclusions D lesquelles M. C demande à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

9. Ainsi qu'il a été dit au point 2, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle. D suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Richard, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle, en date du 10 février 2023, ordonnant l'expulsion de M. C est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet arrêté.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à son avocate, Me Richard, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. M. B C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Richard.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 23 février 2023.

Le juge des référés,

S. Davesne

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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