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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300552

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300552

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantPELLETIER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2022 à 14 heures 59, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, magistrat désigné,

- les observations de Me Martiny, substituant Me De la Roche, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soulève des moyens nouveau tirés de ce que :

. la préfète ne pouvait faire obligation à M. A de quitter le territoire français dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

. la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de la fille aînée de sa compagne et de sa fille née le 27 juillet 2022 ;

- les observations de M. A,

- et les observations de M. C, représentant la préfète de l'Aube, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense et sollicite des substitutions de base légale, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français aurait pu être fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la décision refusant un délai de départ volontaire aurait pu être fondée sur les dispositions du 1°, du 2°, du 4° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant béninois né le 1er janvier 1993, a déclaré être entré en France le 20 mai 2019 muni de son passeport et d'un visa. Il a été incarcéré sous mandat de dépôt à la maison d'arrêt de Châlons-en-Champagne à compter du 16 octobre 2020 puis placé sous contrôle judiciaire à compter du 24 juin 2021 à la suite de sa mise en cause notamment pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, puis à nouveau incarcéré à la maison d'arrêt de Troyes à compter du 9 septembre 2022 à la suite de sa condamnation à une peine d'emprisonnement de trois ans pour ces mêmes faits par un jugement du tribunal judiciaire de Troyes du même jour. Par un arrêt de la cour d'appel de Reims du 11 janvier 2023, M. A a été condamné à une peine d'emprisonnement de trois ans dont dix-huit mois avec sursis pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement et blanchiment, concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'une escroquerie commise en bande organisée. Par un arrêté du 14 février 2023, la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Placé en rétention administrative à sa levée d'écrou, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décision attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture auquel la préfète de l'Aube a, par un arrêté du 3 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer, notamment, les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte contesté doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par un arrêt de la cour d'appel de Reims du 11 janvier 2023 à une peine d'emprisonnement de trois ans dont dix-huit mois avec sursis pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement et blanchiment, concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'une escroquerie commise en bande organisée. Eu égard à la gravité et au caractère récent des faits commis, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la préfète de l'Aube a pu considérer que le comportement de M. A constitue une menace à l'ordre public et décider de lui faire obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

7. Si M. A se prévaut de la présence en France de la fille aînée de sa compagne, de nationalité française, il est constant qu'il n'est pas le père de cet enfant. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'enfant né le 27 juillet 2022 de son union avec une ressortissante béninoise n'a pas la nationalité française. Par suite, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A soutient qu'il vit en couple depuis 2020 avec une compatriote en situation régulière avec laquelle il a eu un enfant né le 27 juillet 2022, qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de la fille aînée de sa compagne et de l'enfant né de leur union. Toutefois, il n'établit pas la réalité ni l'ancienneté de la vie commune par la seule production de deux attestations peu circonstanciées émanant de sa compagne. Il ressort au contraire des pièces du dossier que le requérant a déclaré, dans le cadre d'une demande de modification du contrôle judiciaire dont il faisait l'objet à la suite de sa mise en cause pour des faits d'association de malfaiteurs, vivre à une adresse différente de celle de sa compagne. Il n'est par ailleurs pas contesté que cette dernière n'a jamais fait usage du permis de visite qui lui avait été accordé en janvier 2021, alors que M. A était incarcéré à la maison d'arrêt de Châlons-en-Champagne. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les intéressés auraient entretenu des liens particuliers durant les périodes de détention du requérant, à l'exception de cinq virements de sommes d'argent à sa compagne entre janvier 2021 et mai 2021. En outre, le requérant n'établit pas qu'il contribuerait effectivement à l'éducation et à l'entretien de son enfant par la production de quelques factures d'achats d'articles pour bébé datant de juillet et août 2022. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement qu'eu égard aux faits ayant conduit sa condamnation pénale à une peine d'emprisonnement ferme, le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public. Enfin, le requérant n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Dans ces conditions, eu égard à sa durée de présence et aux conditions de son séjour sur le territoire français, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision contestée, la préfète de l'Aube aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, la préfète pouvait, pour ce seul motif, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être, en tout état de cause, écarté pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 9 du présent jugement.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. M. A soutient qu'en cas de retour en Bénin, il serait exposé à des traitements contraires à ces stipulations. Il n'apporte toutefois aucun élément de nature à en établir la réalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentée par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

17. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aube.

Lu en audience publique le 23 février 2023 à 16 heures 19.

Le magistrat désigné,

R. Gottlieb La greffière,

L. Bourée

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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