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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300554

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300554

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantKIPFFER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2023 à 00 heures 32, M. E B, représenté par Me Kipffer, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la communication de son entier dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités lituaniennes responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

4°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois et lui a ordonné de se présenter les mardis et jeudis à l'hôtel de police de Nancy ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 013 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des arrêtés en litige ;

- l'arrêté portant transfert aux autorités lituaniennes a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'agent de la préfecture de la Moselle qui a mené l'entretien n'était pas compétente ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 18.1 du règlement n°604/2013 ;

- l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé par voie de conséquence de la décision de transfert ;

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2023, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- le règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement (Métropole) ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durand, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 4 mai 1990, a sollicité l'asile auprès du guichet unique de la préfecture de la Moselle le 13 décembre 2022. La consultation du fichier Eurodac a révélé qu'il avait sollicité l'asile auprès des autorités lituaniennes préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Les autorités lituaniennes, sollicitées le 13 décembre 2022 sur le fondement de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont implicitement accepté le 28 décembre 2022 la prise en charge de l'intéressé. Par deux arrêtés en date du 31 janvier 2023, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de M. B aux autorités lituaniennes et l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pendant une période de quarante-cinq jours. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de production de l'entier dossier :

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". La préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin ayant produit le dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise, les conclusions présentées à ce titre sont devenues sans objet et doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'annulation :

5. En premier lieu, Mme A D, cheffe du pôle régional Dublin, a reçu délégation l'autorisant à signer les arrêtés en litige par arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 4 octobre 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 7 octobre suivant. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur doit, dès lors, être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 () 1. 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. (). ".

7. En vertu des dispositions combinées des articles L. 741-1 et R. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile, le préfet de la Moselle était compétent pour enregistrer la demande d'asile de M. B. Par suite, les services de la préfecture de la Moselle, et en particulier les agents recevant les étrangers au sein du guichet unique des demandeurs d'asile mis en place dans cette préfecture, doivent être regardés comme ayant la qualité, au sens de l'article 5 précité du règlement n° 604/2013, de " personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien prévu à cet article. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été reçue en entretien par un agent de la préfecture de la Moselle le 13 décembre 2022. Le résumé d'entretien, qui a été signé M. B, mentionne que l'entretien a été mené par " un agent qualifié de la préfecture ", ce qui, en l'absence au dossier de tout élément permettant de douter de la véracité de ces indications, est suffisant pour établir que l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens du droit national. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du Conseil du 26 juin 2013 : " L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre État membre ; b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; c) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29 le ressortissant de pays tiers ou l'apatride qui a retiré sa demande en cours d'examen et qui a présenté une demande dans un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ". Aux termes de l'article 25 de ce règlement: " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. / 2. L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionnés au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ". Il résulte de ces dispositions que l'absence de réponse de l'Etat membre requis dans le délai fixé par le 2 de l'article 25 du règlement (UE) n°604/2013 susvisé emporte acceptation implicite de la demande de reprise en charge.

9. Il ressort des pièces des dossiers que la consultation du fichier Eurodac a fait ressortir que M. B a sollicité l'asile auprès des autorités lituaniennes préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Les autorités de ce pays ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 13 décembre 2022. En l'absence de réponse de ces autorités, cette requête devait, en application des dispositions de l'article 25 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et s'agissant d'une demande fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, être regardée comme acceptée à l'expiration d'un délai de deux semaines, soit en l'espèce le 28 décembre 2022. Dès lors, les autorités lituaniennes, qui ont été informées le 24 janvier 2023 du constat d'accord tacite, sont responsables de l'examen de la demande d'asile de l'intéressé sur le fondement du 2 de l'article 25 du règlement (UE) n°604/2013, nonobstant la circonstance alléguée qu'il n'est pas possible de connaître le sort qui serait réservée à la demande d'asile de M. B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 1 de l'article 18 de ce règlement doit être écarté et la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a pu sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, ordonner le transfert de M. B aux autorités bulgares responsables de l'examen de sa demande d'asile.

10. En dernier lieu, les moyens dirigés contre la décision ordonnant son transfert ayant été écartés, M. B n'est pas fondé à demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision l'assignant à résidence.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1 : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Kipffer et à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 février 2023.

Le magistrat désigné

F. C

La greffière,

L. Bourée

La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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