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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300560

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300560

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300560
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêté en date du 15 février 2023, notifié au tribunal administratif le 22 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a assigné M. C B à résidence sur la métropole du Grand Nancy pour une durée de 45 jours.

Par une requête enregistrée le 17 février 2023, M. C B, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant 24 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) d'enjoindre au préfet de retirer le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1800 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative combiné avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête est recevable en l'absence de notification administrative ;

- le secret médical est levé et la transmission de l'intégralité du dossier de l'OFII, avec le rapport médical et les fiches " MedCoi " est demandée ;

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- le refus de titre de séjour est entaché de vice de procédure, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, en méconnaissance des articles L. 425-9, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme, et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru à tort en situation de compétence liée. Elle méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- le refus de délai de départ volontaire est fondé sur une décision illégale, et entachée d'une insuffisance de motivation, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est fondée sur une décision illégale, est insuffisamment motivée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour est fondée sur une décision illégale, est insuffisamment motivée, est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Jeannot, représentant M. B, présent, qui conclut également à l'annulation de l'assignation à résidence notifiée par voie postale, en faisant valoir que le délai de recours ne court pas, et demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

* A l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, Me Jeannot soulève, par la voie de l'exception, la légalité du refus de titre de séjour. Elle souligne que M. B est arrivé en France en février 2018 comme mineur isolé et a été pris en charge par les services du département de la Meuse avant d'être confié aux services du département de Meurthe-et-Moselle. Scolarisé en 2018 en formation de peinture et carrosserie au lycée professionnel de Dombasle, il a obtenu son CAP en juin 2020. Devenu majeur, il a bénéficié de contrats " jeune majeur " de septembre 2019 à août 2021. Dans le cadre de sa formation, et sous couvert des récépissés délivrés par la préfecture, il a travaillé en CDD entre juillet 2020 et juillet 2021, a obtenu un deuxième CAP en réparation de carrosseries en juin 2022 et bénéficie d'une promesse d'embauche de son ancien employeur. Sa première demande de titre de séjour, enregistrée en mars 2019, a été rejetée en juin 2021 alors qu'il justifiait suivre une formation depuis plus de six mois à la date à laquelle il avait présenté sa demande. Il a signé un nouveau contrat d'apprentissage en octobre 2022 et est inscrit en CFA. Sa deuxième demande de titre de séjour est principalement motivée par l'épilepsie idiopathique dont il souffre et qui ne peut être effectivement prise en charge en Guinée. Le caractère collégial de l'avis de l'OFII n'est pas démontré. Le préfet a omis de produire à l'instance le rapport du médecin rapporteur alors que le secret médical a été levé dans la requête. Le préfet s'est estimé à tort lié par cet avis et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle puisque le keppra n'est pas délivré en Guinée, qu'il ne peut être substitué aux médicaments figurant sur la liste de la préfecture, que seuls 15 neurologues formés suivent les épileptiques à Conakry et qu'il ne pourra être pris en charge puisque son village est à 635 km de la capitale. L'accès aux soins n'est pas effectif en Guinée en raison d'une stigmatisation sociale des malades souffrant d'épilepsie. Le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle. Il justifie de motifs exceptionnels d'admission au vu de sa bonne intégration depuis plus de 4 ans, de la vulnérabilité de son état de santé et de la nécessité de poursuivre son traitement.

* Le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement puisqu'il est exposé à un risque de ne pas être pris en charge dans des conditions effectives et adaptées dans son pays d'origine.

* L'interdiction de retour est entachée d'erreur d'appréciation puisqu'il a interjeté appel du jugement relatif à la 1ère mesure d'éloignement, qu'il présente des motifs de régularisation et qu'il nécessite des soins.

* L'assignation à résidence à son ancienne adresse est entachée d'erreur de fait alors qu'il est pris en charge par l'ARS et que le préfet est informé de sa nouvelle adresse.

- Les observations de Mme A, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense. Elle souligne que le requérant a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 8 avril 2021, confirmée par le tribunal administratif le 14 décembre 2021. Sa demande de protection au titre de son état de santé a été rejetée implicitement avant d'être confirmée par un premier avis du collège des médecins de l'OFII. Sa nouvelle demande de régularisation est fondée à titre principal sur le soin et à titre subsidiaire sur la vie privée et familiale et à titre exceptionnel.

* Le refus de titre pour soins n'est entaché d'aucun vice de procédure, le requérant n'apportant aucun élément factuel pour remettre en cause la mention du caractère collégial de la délibération figurant sur l'avis du collège de médecins de l'OFII. Le rapport médical a été établi par un médecin qui n'a pas siégé au sein du collège. Le préfet ne dispose pas de ce rapport en raison du secret médical. Les membres du collège ont été régulièrement désignés par le directeur général de l'OFII. Son état de santé a été examiné à deux reprises par le collège des médecins. Les certificats médicaux et les rapports anciens qu'il produit ne remettent pas en cause la présomption dont bénéficie ces avis. L'association France Epilepsie ne démontre pas avoir conduit des travaux en Guinée. L'épilepsie est prise en charge en Guinée comme en atteste le médecin conseil de la DGEF qui donne la liste des molécules disponibles pour un traitement antiepileptique. Le requérant ne démontre pas qu'il serait personnellement empêché d'accéder à un traitement médical. L'ensemble de la situation de M. B a été examiné.

* Le requérant ne justifie pas d'éléments d'admission exceptionnelle au séjour compte tenu de sa durée de séjour relativement courte qui résulte de la non-exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Célibataire sans charge de famille, il a toujours ses parents et ses frères et sœurs en Guinée, avec lesquels il entretient des liens. Il a travaillé sans autorisation de travail et ne justifie ni d'un contrat ni d'une demande d'autorisation de travail.

* Son état de santé ne relève pas de la protection contre l'éloignement. Il peut voyager sans risque.

* L'interdiction de retour a pris en compte les quatre critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La clôture de l'instruction a été reportée à l'issue de l'audience au lundi 27 mars 2023, 16h.

La note en délibéré, enregistrée le 27 mars 2023 à 16h59, n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né à Kankan le 26 septembre 2001, est entré en France en février 2018 et a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance de Meurthe-et-Moselle. Par un arrêté du 8 juin 2021 le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du 14 décembre 2021 du tribunal administratif de Nancy. Par courrier du 17 juin 2022, M. B a présenté une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejetée par un arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle en date du 23 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pour une durée de 24 mois. Le 15 février 2023, il a été assigné à résidence pendant une durée de 45 jours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation des arrêtés du 23 décembre 2022 et du 15 févier 2023.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine. ". En vertu de l'article L. 614-7 du même code, lorsqu'en cours d'instance, l'étranger fait l'objet d'une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, il est statué selon la procédure et dans le délai prévu aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du même code, selon lesquels le président ou le magistrat qu'il désigne à cette fin statue au plus tard dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal.

5. Par ailleurs, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger assigné à résidence a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire français, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire.

6. En l'espèce, dans la mesure où M. B a été assigné à résidence par une décision du 15 février 2023, il y a lieu pour le magistrat désigné de ne statuer, selon la procédure prévue par les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sur les conclusions de la requête enregistrée le 17 février 2023 tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du 23 décembre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination, ainsi que sur les conclusions d'annulation de l'arrêté du 15 février 2023, et les conclusions accessoires d'injonction et tendant au bénéfice de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En revanche, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, les conclusions de la requête dirigées contre la décision de refus de séjour doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.

Sur les conclusions en annulation :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;"

8. Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

9. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. Pour prendre sa décision, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est appuyé sur l'avis du 22 décembre 2022 par lequel le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

11. Pour remettre en cause cette appréciation, le requérant produit un certificat médical établi le 1er décembre 2022 par le médecin neurologue qui le suit depuis 2020 au centre de référence des épilepsies rares du CHRU de Nancy indiquant qu'il souffre d'épilepsie généralisée idiopathique nécessitant la prise d'un médicament antiépileptique tous les jours à heures régulières et le respect de règles hygiéno-diététiques afin de prévenir les crises tonicocloniques dangereuses. Il précise qu'un mode de vie sans domicile fixe peut augmenter la fréquence des crises. Le requérant produit également un compte-rendu de consultation de ce médecin en date du 18 novembre 2022 indiquant qu'il suit un traitement au Keppra deux fois par jour et qu'il a présenté des crises à 6 reprises depuis 2020, deux attestations établies les 30 novembre 2022 et 31 janvier 2023 par la vice-présidente de l'association Epilepsie France soulignant que M. B est exposé à des risques de ne pas être traité correctement en Guinée en raison de l'éloignement géographique des médecins neurologues en mesure de prendre en charge sa pathologie à Conakry par rapport à son lieu de résidence (11h de route), une note établie par Epilepsie France sur les risques encourus par un épileptique du fait de conditions de vie précaires, un rapport établi en 2008 par l'ONG Fraternité médicale Guinée, dans le cadre d'un programme de recherche avec la ligue française de lutte contre l'épilepsie, faisant état de difficultés d'accès aux soins en Guinée pour les épileptiques en raison d'un sous-équipement médical, du coût et de l'indisponibilité des médicaments, et de la méconnaissance de l'épilepsie par les personnels de santé, et deux articles de 2019 et 2020 de presse médicale africaine recensant entre 10 et 15 neurologues formés à l'épilepsie à Conakry. Le préfet de Meurthe-et-Moselle oppose en défense que trois molécules de traitements antiépileptiques figurant dans les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) de 2020 pour le traitement des crises généralisées sont disponibles en Guinée selon la liste nationale des médicaments essentiels de ce pays en 2012. Il est toutefois constant que le Keppra, prescrit à M. B, ne figure ni sur la liste des préconisations de la HAS pour les crises généralisées, ni sur la liste des médicaments essentiels en Guinée. En tout état de cause, au vu de l'éloignement du lieu de résidence de M. B, à 635 km de la capitale, de la persistance des crises généralisées qu'a présenté M. B, et de la nécessité d'être pris en charge en urgence lorsque ces crises interviennent, il n'est pas établi que l'offre de soins en Guinée permette à M. B d'accéder effectivement au traitement adapté à son état.

12. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le requérant est fondé à exciper de cette illégalité à l'appui de ses conclusions d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté en date du 23 décembre 2022 doit être annulé en tant qu'il oblige M. B à quitter le territoire français, et par voie de conséquence, les décisions du même jour portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour pendant une durée de 24 mois, et l'arrêté en date du 15 février 2023 assignant M. B à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de Meurthe-et-Moselle réexamine la situation du requérant dans un délai d'un mois, que, dans l'attente, il lui soit délivré une autorisation provisoire de séjour, et que toute mesure utile de nature à mettre fin au signalement dans le système d'information Schengen soit prise dans ce délai.

Sur les frais d'instance :

15. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Jeannot, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot d'une somme de 1 300 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions dirigées contre la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées par une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.

Article 2 : L'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle en date du 23 décembre 2022 est annulé en tant qu'il oblige M. B à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de 24 mois.

Article 3 : L'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle en date du 15 février 2023 assignant M. B à résidence est annulé.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et de prendre toute mesure utile de nature à mettre fin au signalement dans le système d'information Schengen.

Article 5 : L'État versera la somme de 1 300 euros à Me Jeannot, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Jeannot et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

La magistrate désignée,

F. D

Le greffier

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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