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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300563

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300563

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300563
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL RICHARD & LEHMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 février 2023, Mme A N'Dona, représentée par Me Lehmann, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 2 décembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre temporaire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors qu'elle doit pouvoir accéder aux soins nécessaires à sa survie, ce qui lui serait impossible en cas de renvoi dans son pays d'origine ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée qui :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est abstenu de saisir pour avis le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle faisait valoir un élément nouveau qui justifiait que la préfecture apprécie à nouveau sa situation sur une nouvelle base ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la requête enregistrée le 20 février 2023 sous le n° 2300562 par laquelle Mme N'Dona demande au tribunal d'annuler la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme N'Dona, ressortissant angolaise née le 9 octobre 1953, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile, qui a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 2 juin 2021. Par un arrêté du 19 juillet 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 19 juillet 2021 du tribunal administratif de Nancy, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme N'Dona a sollicité le 6 septembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la requête susvisée, elle demande au juge des référés du tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 6 décembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté cette demande de titre de séjour.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme N'Dona au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision en litige :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

5. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sur sa situation ou, le cas échéant, des autres personnes concernées, sont de nature à caractériser, à la date à laquelle il statue, une urgence justifiant que, sans attendre le jugement du recours au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour.

6. A l'appui de sa demande de suspension de la décision en litige, Mme N'Dona soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne peut bénéficier des traitements requis dans son pays d'origine. Il ressort des éléments médicaux produits que la requérante a été hospitalisée du 29 octobre au 25 novembre 2021 au service d'endocrinologie, diabétologie et de nutrition du centre hospitalier régional et universitaire de Nancy pour introduction d'une thérapie ciblée par Lenvima dans le cadre d'un carcinome papillaire de la thyroïde. Les certificats médicaux établis en août et décembre 2022 indiquent que l'état de santé de Mme N'Dona nécessite une poursuite impérative de son traitement ainsi qu'une surveillance clinique, biologique et par imagerie régulière. Ces éléments, eu égard à la portée de la décision en litige, qui se borne à rejeter la nouvelle demande de titre de séjour de Mme N'Dona, apparaissent insuffisants pour permettre à cette dernière de justifier d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation permettant de caractériser une urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

7. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que la demande de Mme N'Dona tendant à ce que le juge des référés prononce la suspension de l'exécution de la décision du 2 décembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions de Mme N'Dona aux fins de suspension de la décision contestée, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requérante aux fins d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme que le conseil de Mme N'Dona demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme N'Dona est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme N'Dona est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A N'Dona et à Me Lehmann.

Fait à Nancy, le 23 février 2023.

Le juge des référés,

B. Coudert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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