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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300604

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300604

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantCOCHE-MAINENTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 23 février 2023 sous le n° 2300603, Mme B C, représentée par Me Coche-Mainente, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel la préfète des Vosges a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fin de non admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit à être entendue ;

- la préfète n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- sa situation ne relevait pas du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'en tant que ressortissante ukrainienne, elle bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait son droit au recours effectif ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen de la situation ;

- la décision portant interdiction de retour doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée, notamment au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète n'a pas procédé à l'examen de sa situation avant de prononcer une telle interdiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2023.

II - Par une requête enregistrée le 23 février 2023 sous le n° 2300604, M. D C, représentée par Me Coche-Mainente, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel la préfète des Vosges a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fin de non admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il invoque les mêmes moyens que sa sœur dans la requête n° 2300603.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Coche-Mainente, représentant M. et Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C et son frère, M. D C sont entrés en France en 2014 avec leurs parents alors qu'ils étaient encore mineurs. Les demandes d'asiles présentées par leurs parents ont été rejetées en août 2015 et en février 2016. Mme et M. C, devenus majeurs, ont demandé l'asile en leur nom propre. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions du 15 décembre 2022 et du 10 novembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée sur le fondement du 2° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la suite de ces décisions, par deux arrêtés du 6 février 2023, la préfète des Vosges a retiré leurs attestations de demande d'asile, leur a fait obligation, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront, le cas échéant, être reconduits et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, Mme et M. C, demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Mme et M. C sont entrés en France en 2014 alors qu'ils étaient âgés de quatorze et treize ans. Ils y ont poursuivi leur scolarité et y ont tissé des liens amicaux. Quand bien même la durée de leur séjour en France ne s'expliquerait que par la durée de l'instruction des demandes d'asile présentées par leurs parents, il n'est pas contesté que ces jeunes majeurs résidaient en France depuis plus de huit ans à la date des décisions attaquées. Eu égard à leur jeune âge lors de leur entrée en France et aux liens qu'ils ont ainsi nécessairement développés avec la France, ils sont fondés à soutenir que les mesures d'éloignement en litige portent au droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Par suite, Mme et M. C sont fondés, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, à demander l'annulation des décisions du 6 février 2023 par lequel la préfète des Vosges les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et par voie de conséquence celle des décisions par lesquelles elle a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

4. Le présent jugement qui prononce l'annulation des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français opposées à Mme et M. C implique nécessairement l'effacement du signalement des requérants aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète des Vosges de saisir, sans délai, les services ayant procédé à leur signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation.

5. Mme et M. C bénéficient de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Coche-Mainente, avocate de Mme et M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 1 600 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 6 février 2023 par lesquels la préfète des Vosges a retiré les attestations de demande d'asile de Mme et M. C, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à Me Coche-Mainente, conseil de Mme et M. C, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 600 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. D C à Me Coche-Mainente et à la préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La magistrate désignée,

J. A

La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2300603, 2300604

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