jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300638 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 février 2023, Mme B A, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa situation, et, en tout état de cause, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil, Me Jeannot, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'État ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a fait un examen de son droit au séjour sur le fondement des articles L. 422-1 et R. 333-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il aurait dû être fait au regard de l'accord franco-algérien et que l'examen opéré sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas le même que celui opéré sur le fondement de l'accord ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de fait au regard des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour prendre cette décision ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des graves conséquences qu'elle entraîne sur sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il sollicite une substitution de base légale afin que le titre III du protocole de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié soit substitué aux dispositions des articles L. 422-1 et R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas ;
- et les observations de Me Jeannot représentant Mme A.
Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme A le 1er juin 2023 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 20 avril 1991, est entrée en France le 14 septembre 2020 munie de son passeport revêtu d'un visa valable du 27 août au 25 novembre 2020. Elle s'est ensuite vue délivrer un certificat de résidence algérien " étudiant ", valable du 12 novembre 2020 au 11 novembre 2021. Son certificat a été renouvelé jusqu'au 11 novembre 2022. Le 7 novembre 2022, elle a sollicité le renouvellement de ce certificat auprès des services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle. Par un arrêté du 21 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler ce certificat, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Par la requête susvisée, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette dernière décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de la requérante.
5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention "étudiant" ou "stagiaire" ".
6. D'une part, la situation de Mme A, qui est de nationalité algérienne, ressort du champ d'application des stipulations précitées du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. C'est donc à tort que, pour refuser de renouveler le titre de séjour qui avait été délivré à l'intéressée en qualité d'étudiant, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur les dispositions des articles L. 422-1 et R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Or, la décision de refus de renouvellement à Mme A de son certificat de résidence trouve son fondement légal dans les stipulations du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui peuvent être substituées aux dispositions des articles L. 422-1 et R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées par la décision contestée, dès lors, en premier lieu, que les stipulations précitées du protocole annexé à l'accord franco-algérien et les dispositions des articles L. 422-1 et R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que, contrairement à ce que soutient la requérante, l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressée pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, et, en troisième lieu, que Mme A a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Il y a donc lieu de procéder à la substitution de base légale sollicitée par le préfet en défense.
8. D'autre part, pour l'application des stipulations du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ", de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement en France des études. Pour refuser à Mme A le renouvellement de certificat de résidence, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé, ainsi qu'il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté, sur le fait que l'intéressée, qui a redoublé à deux reprises son année de master 2 en Mathématiques ingénierie sans obtenir de diplôme, ne justifiait d'aucune progression dans ses études.
9. Il ressort des pièces du dossier que lors de son entrée en France, en septembre 2020, Mme A était inscrite en master 2 mathématiques et ingénierie. Si elle justifie avoir validé son premier semestre avec une moyenne de 10,189/20, elle n'a pu valider le deuxième semestre en raison à la fois de l'insuffisance des notes obtenues à l'unité d'enseignement " communication, anglais, projet ", avec une moyenne de 7,625/20, et au fait qu'elle n'a pas trouvé de stage. A l'issue de l'année universitaire 2021-2022, au cours de laquelle Mme A a redoublé son deuxième semestre de master 2, elle n'a obtenu qu'une note de 9,7/20 à l'unité d'enseignement " communication, anglais, projet " et n'a pas davantage réussi à valider son deuxième semestre, la conduisant à s'inscrire une nouvelle fois dans ce même master au titre de l'année 2022-2023. Si la requérante établit avoir envoyé de nombreuses candidatures et avoir été reçue plusieurs fois en entretien, dans le cadre de sa recherche de stage, il ressort d'une attestation établie postérieurement à l'arrêté mais révélant des faits antérieurs à celui-ci qu'à la date de l'arrêté attaqué, elle n'avait toujours pas trouvé de stage. Par ailleurs, si la requérante se prévaut des difficultés rencontrées dans l'occupation de sa chambre universitaire au cours du premier semestre 2020, celles-ci ne peuvent expliquer son échec au titre de l'année universitaire 2021-2022. En outre, les circonstances dont la requérante se prévaut, relatives à la chute de son ordinateur et à ses difficultés d'ordre physique et psychologique au début de l'année 2021, ne peuvent à elles seules expliquer ses deux redoublements successifs et l'absence de validation de son diplôme depuis son arrivée sur le territoire français. Par suite, Mme A ne peut être regardée comme justifiant du caractère effectif et sérieux de ses études et n'est ainsi pas fondée à soutenir que le préfet, en refusant de renouveler son certificat de résidence, aurait fait une inexacte application des stipulations précitées ou entaché sa décision d'une erreur de fait.
10. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent et en l'absence de tout élément faisant obstacle à ce que l'intéressée poursuive ses études dans son pays d'origine, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour doit être écarté.
12. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, dont il ressort que les conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation de l'intéressée ont été examinées, que le préfet aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de la requérante avant de prendre cette décision à son encontre. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet se serait estimé être en situation de compétence liée doit être écarté.
13. En troisième lieu, Mme A ne se prévaut d'aucun lien familial intense et stable en France et ne démontre pas l'impossibilité dans laquelle elle se trouverait de poursuivre ses études dans son pays d'origine. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 21 décembre 2021 et ses conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.
Délibéré après l'audience publique du 1er juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Cabecas, première conseillère,
Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
La rapporteure,
L. FabasLe président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026