vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300639 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | LEBON-MAMOUDY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février 2023 et 26 mai 2023, M. D A C, représenté par Me Lebon-Mamoudy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré régulièrement en France et qu'il justifie d'une vie commune et effective avec son épouse depuis plus de six mois ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle est fondée sur la menace à l'ordre public qu'il représenterait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet ne pouvait se fonder sur l'interdiction de retour sur le territoire français en vigueur pour refuser de lui délivrer un titre de séjour.
Un mémoire a été enregistré pour M. A C le 8 juin 2023 et n'a pas été communiqué.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 mai et 6 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.
M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bastian,
- et les observations de Me Lebon-Mamoudy, pour M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant marocain né le 22 novembre 1985, a sollicité le 9 septembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour en tant que conjoint de Français, sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 décembre 2022, dont M. A C demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. A C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui n'était pas tenu de faire état de tous les liens personnelles de M. A C sur le territoire national, a suffisamment motivé son arrêté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
4. Pour refuser le titre de séjour sollicité par le requérant sur le fondement de ces dispositions, le préfet s'est fondé sur l'absence de communauté de vie de M. A C avec son épouse, sur son entrée irrégulière sur le territoire français et sur le fait qu'il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français.
5. D'abord, en vertu du premier alinéa de l'article 215 du code civil, les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie. Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une communauté de vie est présumée entre les époux, alors même qu'ils seraient amenés, notamment pour des motifs liés à leur activité professionnelle, à résider séparément. Par suite, l'administration, lorsqu'elle entend remettre en cause l'existence d'une communauté de vie effective entre des époux, supporte la charge d'apporter tout élément probant de nature à renverser cette présomption légale.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A C a épousé Mme B, ressortissante française, le 30 avril 2022. La communauté de vie des époux est ainsi présumée à compter de la date de leur mariage et le préfet de Meurthe-et-Moselle n'apporte aucun élément de nature à renverser la présomption de communauté de vie du couple marié. Au demeurant, M. A C et son épouse vivent sous le même toit depuis juin 2021, date à laquelle un contrat de fourniture d'électricité a été conclu aux deux noms. En outre, l'attestation commune de paiement établie le 20 février 2023 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle certifie le versement conjoint de prestations sociales à M. A C et à son épouse dès le mois de juin 2021. Enfin, les photographies et les très nombreux témoignages versés aux dossiers attestent de l'effectivité de leur vie commune. Par suite, en considérant que les éléments de la vie commune produits par l'intéressé n'étaient pas suffisamment probants, le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Ensuite, il est constant que M. A C disposait d'un visa Schengen valable du 26 juin 2018 au 13 août 2018. M. A C a déclaré, lors de son audition par la gendarmerie nationale le 10 septembre 2020, avoir quitté le Maroc le 13 septembre 2018 et être arrivé en France le 14 septembre 2018, soit après l'expiration de la durée de validité du visa Schengen. Toutefois, il produit le témoignage d'un " transporteur ", qui, bien que postérieur à la décision attaquée, révèle une situation antérieure, attestant être entré avec lui en Espagne le 2 août 2018 et l'avoir déposé à Tarascon. Ce témoignage est concordant avec les mentions sur son passeport indiquant une sortie du territoire marocain le 1er août 2018 et une entrée sur le territoire européen par Algeciras (Espagne), à une date non lisible. En outre, M. A C produit une attestation de la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle selon laquelle il aurait présenté des documents en vue de l'instruction d'une demande d'aide médicale de l'Etat en août 2018. Par suite, M. A C doit être regardé comme étant entré en France avant le 13 août 2018, soit pendant la durée de validité de son visa Schengen.
8. Enfin, la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. A C est enfin fondée sur la circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour encore exécutoire. Or, le préfet de Meurthe-et-Moselle, saisi de la demande de titre de séjour de l'intéressé, ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, refuser de lui délivrer un titre de séjour au seul motif qu'il était sous le coup d'une interdiction de retour sur le territoire français, une telle circonstance ne constituant pas un motif justifiant le refus de titre de séjour.
9. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui existant à la date de la décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
10. Le préfet, à l'appui de son mémoire en défense, soutient que la décision de refus de séjour aurait pu être fondée sur un autre motif tiré de la menace pour l'ordre public que représente le comportement de M. A C.
11. Aux termes de l'article L. 412-5 de ce code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A C a été incarcéré entre le 11 septembre 2020 et le 18 janvier 2021 pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint. Eu égard à la gravité et au caractère récent des faits à raison desquels il a été condamné, le préfet est fondé à soutenir que le comportement de M. A C constitue toujours une menace pour l'ordre public. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de motifs sollicitée en défense et de regarder ce motif comme justifiant légalement la décision portant refus de titre de séjour.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "
14. Si M. A C est marié depuis le 30 avril 2022 à une ressortissante française avec laquelle il réside depuis juin 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été condamné pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint à raison desquels il a été incarcéré entre le 11 septembre 2020 et le 18 janvier 2021. Eu égard à ce qui a été dit au point 12, son comportement constitue toujours, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. A C n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations citées au point précédent.
15. Il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Lebon-Mamoudy et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
M. Durand, premier conseiller,
M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
P. Bastian
Le président,
O. Di CanidaLa greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026