mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300643 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | GEHIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 février 2023, M. A B, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel la préfète des Vosges a retiré la décision du 16 mars 2021 par laquelle il s'était vu délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant retrait du titre de séjour :
- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;
- la décision a été prise en méconnaissance des droits de la défense et des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que, le 4 novembre 2022, il avait expressément sollicité d'être entendu et de présenter ses observations ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision retire une décision du 16 mars 2021 légale et créatrice de droits : il a justifié de son identité par la production d'un acte de naissance et d'un jugement supplétif délivrés par les autorités de son pays d'origine dont l'authenticité n'a pas été contestée ; l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen a été méconnu dès lors que l'état des personnes relève de la compétence exclusive du juge judiciaire et que son identité a fait l'objet de deux décisions judiciaires définitives qui sont revêtues de l'autorité de la chose jugée et s'imposent à l'administration ; la décision méconnaît le principe de sécurité juridique ; il appartient à la préfète d'apporter la preuve du caractère frauduleux d'un acte ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;
- le préfet a méconnu son droit à être entendu ;
- la décision a été prise en violation de son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que, le 4 novembre 2022, il avait expressément sollicité d'être entendu et de présenter ses observations en étant assisté d'un avocat ;
- la décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être assisté dans ses démarches par un avocat dès lors qu'entre le dépôt du dossier de demande de titre de séjour et l'édiction de la décision, aucun échange entre le requérant et son conseil d'une part, l'instructeur de la demande d'autre part, ne peut avoir lieu ;
- la décision sera annulée par voie d'exception en raison de l'illégalité du retrait du titre de séjour ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 26 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Grandjean a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien, déclare être né le 15 septembre 2002 et être entré en France en juin 2019. Par une ordonnance du 4 septembre 2019, il a été provisoirement placé auprès de l'aide sociale à l'enfance du département des Vosges. Par une ordonnance du 11 septembre 2019, le juge des tutelles des mineurs près le tribunal judiciaire d'Épinal a déféré la tutelle de l'intéressé au président du conseil départemental des Vosges. En réponse à la demande de M. B en date du 13 janvier 2021, le préfet des Vosges lui a fait part de son intention de lui accorder, le 16 mars 2021, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile portant la mention " travailleur temporaire " puis lui a délivré des récépissés de demande de titre de séjour dont le dernier expirait le 17 janvier 2023. Toutefois, par un arrêté du 26 décembre 2022, la préfète des Vosges a décidé de retirer sa décision du 16 mars 2021 par laquelle une décision de délivrer un titre de séjour avait été prise au bénéfice du requérant, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ".
3. Il résulte des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration qu'il appartient à l'autorité administrative compétente pour adopter une décision individuelle entrant dans son champ de mettre elle-même la personne intéressée en mesure de présenter des observations.
4. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le publie et l'administration, constitue une garantie pour le titulaire du permis qu'elle entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la préfète des Vosges a informé le requérant en date du 20 octobre 2022 de son intention de procéder au retrait du titre de séjour et de l'obliger à quitter le territoire français à destination du Mali dans un délai de trente jours. Le requérant, assisté de son conseil, a présenté des observations le 4 novembre 2022 et a expressément sollicité, par ce courrier, d'être entendu par le service instructeur de son dossier. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier et il n'est d'ailleurs pas soutenu par la préfète que cette demande aurait présenté un caractère dilatoire ou que des circonstances particulières auraient fait obstacle à l'organisation d'un tel entretien avant que la décision en litige ne soit prise. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la préfète a entaché sa décision d'un vice de procédure.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 26 décembre 2022 par laquelle la préfète des Vosges a retiré le titre de séjour accordé à M. B doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions, dépourvues par suite de base légale, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. L'annulation de la décision du 26 décembre 2022 par laquelle la préfète des Vosges a retiré la décision du 16 mars 2021 accordant un titre de séjour à M. B a pour conséquence que cette décision de retrait est réputée n'être jamais intervenue et que l'intéressé reste titulaire du titre de séjour qui lui a été délivré le 16 mars 2021. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique donc, par elle-même, aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Géhin, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Géhin de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 26 décembre 2022 de la préfète des Vosges est annulé.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Géhin en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Géhin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète des Vosges et à Me Géhin.
Délibéré après l'audience publique du 16 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026