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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300650

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300650

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 février 2023 sous le n° 2300650, Mme C A, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a " confirmé " l'arrêté du 25 juillet 2022 en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou, à défaut, d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de retirer son signalement aux fins de non admission dans le système Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot, avocate de Mme A, de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée de défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfète s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision d'éloignement sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2023.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les observations de Me Jeannot, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante arménienne née le 1er janvier 2004, est entrée en France le 23 octobre 2018 avec ses parents et son frère pour y solliciter l'asile. Par un arrêté du 19 décembre 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a " confirmé " l'arrêté du 25 juillet 2022 en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 24 octobre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Vosges, la préfète des Vosges a donné délégation à M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, M. B, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de Mme A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

6. Mme A ne fait état d'aucun autre lien personnel et familial en France que ses parents et son frère, également destinataires d'arrêtés portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, la décision en litige n'a pas méconnu les dispositions et stipulations citées au point précédent. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, Mme A n'étant pas mineure, elle ne peut invoquer le bénéfice des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui ne lui sont pas applicables.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () " Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire".

9. D'une part, si Mme A est présente en France depuis quatre ans à la date de la décision attaquée, qu'elle a suivi des cours de français et apporté un soutien bénévole actif à l'antenne locale de la Croix Rouge lors de l'accueil de déplacés ukrainiens, ces éléments ne constituent ni des considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels permettant l'admission exceptionnelle de la requérante au titre de la vie privée et familiale, alors, au demeurant, que ses parents et son frère font également l'objet de refus de titre de séjour et de mesures d'éloignement. D'autre part, si elle produit une attestation de réussite intermédiaire du baccalauréat professionnel du 16 juin 2022, est scolarisée en terminale professionnelle et a travaillé à temps partiel au cours de l'été 2022, ces éléments ne constituent pas un motif exceptionnel de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du travail. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Les moyens tirés de l'annulation par voie de conséquence, de l'erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle sont inopérants à l'encontre de l'arrêté attaqué qui se borne à refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme A et à rappeler l'existence d'une mesure d'éloignement.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a " confirmé " l'arrêté du 25 juillet 2022 en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et celles tendant à la mise à la charge de l'Etat des entiers dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Jeannot et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Cabecas, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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