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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300670

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300670

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantRATHEAUX AVOCATS D'AFFAIRES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 février, 22 juin et 15 septembre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Cilomate Transports, représentée par Me Dubos, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 6 avril, 13 octobre, 9 novembre et 19 décembre 2022 par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a invalidé la demande de renouvellement d'autorisation d'activité spécifique dont elle bénéficiait du 1er octobre 2021 au 31 mars 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer une autorisation de renouvellement de l'activité partielle longue durée pour la période du 1er avril au 30 septembre 2022 et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- le courriel du 6 avril 2022, qui constitue une décision de refus, méconnaît l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article 53 de la loi du 17 juin 2020 dès lors que sa demande de renouvellement a été présentée dans les délais prescrits ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de fait dès lors qu'elle a présenté sa demande de renouvellement d'autorisation d'activité partielle sous forme d'avenant, et non dans le cadre d'une nouvelle demande ;

- elles sont entachées d'erreur de droit dès lors que sa demande était complète au regard des articles 2 et 5 du décret du 28 juillet 2020 ;

- les décisions des 13 octobre, 9 novembre et 19 décembre 2022 doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision du 6 avril 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 mai et 26 juillet 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Cilomate Transports ne sont pas fondés et sollicite une substitution de motifs, les décisions des 6 avril, 13 octobre et 9 novembre 2021 pouvant également être fondées sur la circonstance que la société Cilomate Transports avait renseigné à tort le 1er avril 2022, et non le 1er octobre 2021, en date de début de la demande d'activité partielle.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n°2020-734 du 17 juin 2020 ;

- le décret n°2020-926 du 28 juillet 2020 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian,

- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Wiedemann, substituant Me Ratheaux, pour la société Cilomate Transports.

La préfète de Meurthe-et-Moselle n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Sur la base de l'accord de branche étendu des transports routiers du 1er mars 2021, la société Cilomate Transports a établi un document unilatéral relatif à la mise en œuvre du dispositif d'activité partielle longue durée. Ce document a été homologué par l'autorité administrative le 8 novembre 2021, valant autorisation d'activité partielle spécifique du 1er octobre 2021 au 31 mars 2022. Le 31 mars 2022, la société Cilomate Transports a sollicité le renouvellement de son autorisation pour la période du 1er avril au 30 septembre 2022. Par un courriel du 6 avril 2022, la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS) a informé la société Cilomate Transports que sa demande était invalidée aux motifs que cette demande devait être effectuée par voie d'avenant, et lui a par ailleurs demandé de transmettre un tableau comportant les heures chômées par salarié et par mois ainsi que leur taux d'inactivité au cours de la période d'activité partielle. Le 29 septembre 2022, la société Cilomate Transports a transmis à la DDETS le document manquant. Par un courriel du 13 octobre 2022 et un courrier du 9 novembre 2022, la DDETS a rappelé que la demande de renouvellement avait été invalidée le 6 avril 2022 et a refusé de déroger aux règles de gestion. Par un courrier du 19 décembre 2022, la DDETS a rejeté la demande de la société Cilomate. Cette dernière demande l'annulation des décisions des 6 avril, 13 octobre, 9 novembre et 19 décembre 2022, en tant qu'elles portent sur la période du 1er avril au 30 septembre 2022. Si la décision du 9 novembre 2022 porte également sur un refus d'homologation pour la période comprise entre octobre 2022 et mars 2023, la requête doit être interprétée comme ne contestant pas cette partie de la décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le courriel du 6 avril 2022 :

2. D'une part, il ressort des pièces du dossier, ainsi que l'a d'ailleurs reconnu le directeur départemental de l'emploi, du travail et des solidarités dans son courrier du 19 décembre 2022, que la demande de la société Cilomate Transports a été présentée sous forme d'avenant. Par suite, celle-ci est fondée à soutenir que la décision du 6 avril 2022 est entachée d'une erreur de fait.

3. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2020, dans sa version applicable au litige : " L'employeur adresse à l'autorité administrative, avant l'échéance de chaque période d'autorisation d'activité partielle spécifique, un bilan portant sur le respect des engagements mentionnés aux 4° et 5° du I de l'article 1er. () ". Aux termes de l'article 1er de ce décret : " () L'accord définit : () 4° Les engagements en matière d'emploi et de formation professionnelle ; / 5° Les modalités d'information des organisations syndicales de salariés signataires et des institutions représentatives du personnel sur la mise en œuvre de l'accord. () "

4. Il ne ressort pas des dispositions citées au point précédent, applicables à la date de la décision en litige, qu'une demande de renouvellement de l'autorisation d'activité partielle spécifique devait comporter, outre le bilan portant sur le respect des engagements mentionnés au point précédent, un tableau comportant les heures chômées par salarié et par mois ainsi que leur taux d'inactivité. Par suite, la société Cilomate Transports est fondée à soutenir qu'en exigeant une telle pièce, le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Le préfet de Meurthe-et-Moselle fait valoir que la décision attaquée aurait pu être légalement fondée sur la circonstance que la société Cilomate Transports avait renseigné à tort le 1er avril 2022, et non le 1er octobre 2021, comme date de début de la demande d'activité partielle. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ce motif aurait été de nature à fonder légalement la décision. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée en défense.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société Cilomate Transports est fondée à demander l'annulation de la décision du 6 avril 2022.

En ce qui concerne le courriel du 13 octobre et le courrier du 9 novembre 2022 :

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 4, la société Cilomate Transports est fondée à soutenir que ces décisions sont entachées d'erreur de fait et d'erreur de droit.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motifs sollicitée.

10. La société requérante est donc fondée à demander l'annulation des décisions des 13 octobre et 9 novembre 2022, en tant qu'elles portent sur la période du 1er avril au 30 septembre 2022.

En ce qui concerne le courrier du 19 décembre 2022 :

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 4, la société Cilomate est fondée à soutenir que la décision du 19 décembre 2022 est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit.

12. Le courrier du 19 décembre 2022 se fonde également sur la circonstance que la société Cilomate Transports avait renseigné à tort le 1er avril 2022, et non le 1er octobre 2021, en date de début de la demande d'activité partielle. Toutefois, un tel motif n'est pas de nature à fonder la décision du 19 décembre 2022. Par suite, la société Cilomate est fondée à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

13. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de la société Cilomate Transports dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 6 avril, 13 octobre, 9 novembre et 19 décembre 2022 par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a invalidé la demande d'activité partielle de la société Cilomate Transports pour la période du 1er avril au 30 septembre 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de la société Cilomate Transports dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société Cilomate Transports la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Cilomate Transports et à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et de la famille.

Une copie sera adressée, pour information, à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 9 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

- Mme Samson-Dye, présidente,

- Mme Bourjol, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le rapporteur,

P. Bastian

La présidente,

A. Samson-Dye

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et de la famille en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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