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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300684

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300684

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2023 et un mémoire enregistré le 14 mars 2023, Mme E épouse C, représentée par Me Issa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de la mettre immédiatement en possession d'une autorisation provisoire de renvoi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au bénéfice de Me Issa en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas justifié de la mention du nom du médecin rapporteur dans l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège ;

- la commission départementale du titre de séjour n'a pas été saisie en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui l'a privé d'une garantie procédurale substantielle ;

- le préfet méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne s'assurant pas de l'effectivité de son accès aux soins en Albanie ;

- le préfet a commis une erreur de droit en méconnaissant sa propre compétence dès lors qu'il s'est estimé tenu de suivre l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait quant au pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée et se confond avec celle de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait quant au pays de destination.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision n'est pas spécifiquement motivée ;

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait quant au pays de destination ;

- son état de santé actuel ne lui permet pas de voyager dans son pays d'origine.

Par un mémoire, enregistré le 21 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marti, président-rapporteur,

- et les observations de Me Issa représentant Mme C.

Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistrée le 12 mai 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante albanaise née le 27 janvier 1989, est entrée en France le 13 juin 2017 accompagnée de son mari et de son fils aîné. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 septembre 2017. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 13 mars 2018. Mme C a fait l'objet d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français par une décision du 16 avril 2018. Elle a déposé une demande de réexamen auprès de l'OFPRA qui a été jugée irrecevable pas décision du 18 mai 2018. Elle a sollicité un titre de séjour en se prévalant de son état de santé. Le préfet de Meurthe-et-Moselle, par un arrêté du 14 février 2023, a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination. Par la requête susvisée, Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions tiré de l'incompétence :

2. En premier lieu, par l'arrêté n° 22. BCI. 26 du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, M. B, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer l'arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la circonstance que le préfet mentionne dans l'arrêté contesté l'Arménie et la Géorgie alors que Mme C est de nationalité albanaise constitue une simple erreur de plume qui n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen de la demande de tite de séjour.

6. En troisième lieu, il ressort de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 12 janvier 2023, produit par l'autorité préfectorale en défense, que le collège s'est prononcé au vu du rapport du médecin instructeur, Dr A D, qui n'a pas siégé au sein de ce collège lorsqu'il a délibéré sur la situation de Mme C. Par suite, ce moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En quatrième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Pour refuser de délivrer à Mme C le titre de séjour sollicité en raison de son état de santé, le préfet s'est fondé sur l'avis précité du collège de médecins de l'OFII, en date du 12 janvier 2023 selon lequel, si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, les caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire lui permettent de bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologique et qu'au vu des éléments du dossier, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si Mme C produit des certificats médicaux concernant la gravité de ses pathologies, un article général sur le système de santé en Albanie et un certificat d'un neurologue albanais préconisant que la requérante soit traitée en France plutôt qu'en Albanie où la qualité des traitements ne serait garantie, elle n'apporte aucune pièce probante relative à l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi de nature à mettre en cause cette appréciation, alors que le préfet produit une fiche " med-coi " attestant de la disponibilité du traitement suivi en Albanie. Partant, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée au regard de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, dont, contrairement à ce que soutient la requérante, il s'est approprié les termes qu'il a rappelés.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme C entrée en France le 13 juin 2017, accompagnée de son mari et de son fils ainé, réside de manière irrégulière et s'est maintenue malgré l'existence d'une précédente mesure d'éloignement. A l'exception de la scolarisation de ses deux enfants, la requérante, qui n'établit pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine, ne justifie pas d'une intégration et d'une insertion particulières dans la société française. La décision contestée ne fait donc pas obstacle à ce que l'intéressée puisse reconstituer sa cellule familiale en dehors du territoire français. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision refusant de l'admettre au séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garantie par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

13. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, en refusant de délivrer à Mme C un titre de séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions d'obtention du titre de séjour sollicité auxquels il envisage de refuser ce titre de séjour et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Il résulte de ce qui vient d'être dit concernant la situation de la requérante que le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait obligation à la requérante de quitter le territoire français, qui vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dont la motivation en fait se confond avec celle de la décision portant refus de séjour, comportent les considérations de droit et de fait qui la fonde. Cette décision est ainsi suffisamment motivée et le moyen doit, par suite, être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour doit être écarté.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

19. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

20. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être rejeté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

21. L'arrêté contesté mentionne que Mme C a pour " pays d'origine l'Arménie " et prévoit, à son article 3, qu'elle pourra être " reconduite d'office à la frontière à destination du pays dont elle a la nationalité, à savoir la Géorgie " or la requérante est de nationalité albanaise. Cette erreur ayant des conséquences évidentes sur la décision fixant le pays de destination, le préfet ne peut se borner à invoquer une simple erreur de plume. Mme C est ainsi fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

25. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 14 février 2023 en tant qu'il fixe le pays de destination duquel Mme C est susceptible d'être éloignée.

Sur les conclusions d'injonction :

25. Le présent jugement, qui n'annule que la décision fixant le pays de destination, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance quelque somme que ce soit sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 14 février 2023, en tant qu'il fixe le pays de destination duquel Mme C pourra être reconduite, est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Issa et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 4 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le président-rapporteur,

D. MartiL'assesseur le plus ancien,

F. Durand

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300684

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