mercredi 15 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300745 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | REICH-PINTO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mars 2023 à 16 heures 58 et le 14 mars 2023, Mme E A D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel elle pourra être reconduite et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de l'expiration du délai d'un mois et quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnaît l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la fraude ou la tentative d'obtention indue d'un acte administratif n'est pas caractérisée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et méconnaît le droit à un recours effectif ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît le droit à un recours effectif dès lors que le tribunal ne s'est pas encore prononcé sur une précédente décision d'éloignement ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'elle ne présente pas un risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le motif lié à l'ordre public ne peut la justifier ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son principe et à sa durée ;
Par des mémoires en défense enregistrés le 10 mars 2023 et le 15 mars 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C B pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marti, magistrat désigné ;
- les observations de Me Cissé, avocat commis d'office représentant Mme A D,
- les observations de Me Giafferi, représentant la préfète des Vosges.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante marocaine née le 1er février 1997, déclare être entrée en France le 4 juillet 2020 munie d'un titre de séjour " court séjour " délivré par les autorités espagnoles. L'intéressée a formé une demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " le 6 novembre 2020. Par un arrêté du 7 décembre 2020, le préfet de Police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Mme A D, munie de copies d'une carte d'identité belge et d'un acte de naissance marocain, s'est présentée, le 6 mars 2023, à la préfecture des Vosges afin d'y solliciter la délivrance d'un titre de séjour en qualité de ressortissante de l'Union européenne en application de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Estimant que le document d'identité et celui attestant de son état civil présentaient toutes les caractéristiques d'un faux, la préfète des Vosges a, par un arrêté du 8 mars 2023, refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel elle est susceptible d'être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Placée dans les locaux du centre de rétention administrative de Metz, Mme A D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.
3. Ainsi, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de Mme A D tendant à l'annulation des décisions du 8 mars 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dont elles sont assorties. En revanche, les conclusions dirigées contre la décision du 8 mars 2023 par laquelle la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, à laquelle la préfète des Vosges a, par un arrêté du 24 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, délégué sa signature à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, circulaires, requêtes juridictionnelles, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département des Vosges, y compris en matière de police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
5. En second lieu, l'arrêté attaqué visé les textes dont la préfète a fait application et mentionne de manière suffisamment précise les faits qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées manque dès lors en fait et ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour :
6. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour vise les textes dont la préfète a fait application et mentionne de manière suffisamment précise les faits qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque en fait et ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante et aurait méconnu son droit à un recours effectif. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ".
10. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, la préfète des Vosges a estimé qu'en présentant des papiers d'identité présentant toutes les caractéristiques d'un faux au regard de l'article 441-2 du code pénal, et une copie intégrale d'acte de naissance considéré comme irrégulier au sens de l'article 47 du code civil, Mme A D ne justifiait ni de sa nationalité, ni de son état civil.
11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'examen technique documentaire de la direction zonale de la police aux frontières du 7 mars 2023 que le contrôle du formalisme et de cohérence de la copie intégrale d'acte de naissance n°113 JS présenté par Mme A D a révélé une erreur d'orthographe, un nom d'arrondissement mal renseigné, des repères de positionnement décalés au regard du sens de la lecture des mentions, que ce document fait référence à un jugement supplétif non présenté et une anomalie en écriture concernant une mention. Toutefois, la requérante produit dans la présente instance son passeport marocain et sa carte d'identité marocaine confirmant les informations de la copie intégrale de son acte de naissance et dont la préfète des Vosges ne conteste ni la véracité, ni l'authenticité. Dès lors, Mme A D est fondée à soutenir que la préfète des Vosges ne pouvait pas légalement se fonder sur ce motif pour lui refuser le titre de séjour sollicité.
12. La préfète des Vosges s'est également fondée, pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme A D, sur un autre motif tiré du caractère de faux que présente la copie de la carte d'identité belge présentée lors de son rendez-vous en préfecture. Si la requérante soutient que l'administration n'a jamais eu en sa possession l'original de son document d'identité belge, que la copie de la pièce d'identité versée lors de son rendez-vous en préfecture n'a aucune valeur juridique et qu'elle n'a pas été à l'origine du dépôt du dossier présenté en son nom, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'examen technique documentaire de la direction zonale de la police aux frontières du 7 mars 2023 que la photocopie de la carte d'identité belge au nom de Mme A D présente suffisamment d'anomalies et d'irrégularités au regard d'une carte d'identité belge du même modèle réputée authentique et qu'il s'agit d'un faux document administratif. La requérante, qui ne pouvait ignorer les risques qu'elle prenait en entrant en contact avec des personnes lui étant inconnues et proposant de l'aider et de l'accompagner dans la constitution d'un faux dossier de demande de titre de séjour, ne conteste pas le caractère falsifié de ce document. Il résulte de l'instruction que la préfète des Vosges aurait pris la même décision si elle s'était fondée uniquement sur ce motif. Dans ces conditions, la préfète des Vosges pouvait, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, se fonder sur l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser à Mme A D le titre de séjour sollicité.
13. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'établit pas que la décision de refus de séjour serait illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.
S'agissant des autres moyens :
14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ;/ 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
15. Si Mme A D soutient que la préfète des Vosges ne pouvait l'obliger à quitter le territoire français dès lors qu'elle a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée le 3 décembre 2020 par le préfet de Police de Paris dont il n'a pas encore été statué par le tribunal administratif, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle a effectivement formé un recours contentieux à l'encontre de cet arrêté. Par ailleurs, et eu égard à ce qui a été dit au point 13 du présent jugement, la préfète des Vosges pouvait légalement fonder sa décision sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
16. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
17. Il ressort des pièces du dossier que Mme A D est entrée en France au cours de l'année 2020 et qu'elle est inscrite en Licence 1 Histoire à l'université de la Sorbonne pour l'année universitaire 2022-2023. Toutefois, l'intéressée est célibataire et sans enfant. Elle n'établit pas avoir développé de liens particuliers sur le territoire français tandis qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, la requérante a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée le 3 décembre 2020 qui n'a pas été exécutée. Par suite, Mme A D, n'est pas fondée à soutenir que la préfète des Vosges aurait porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder délai de départ volontaire :
18. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
19. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A D a été interpellée en compagnie d'un individu, munie d'une fausse pièce d'identité belge, pour tentative d'obtention indue d'un titre de séjour et placée en garde à vue par les services de la police aux frontière. Si la requérante soutient qu'elle ne peut pas être tenue pour responsable dans la matérialisation de la falsification des documents présentées à l'appui de sa demande de titre de séjour et qu'elle n'avait aucune intention de frauder, elle ne pouvait ignorer les risques qu'elle prenait en payant des intermédiaires pour déposer sa demande de titre de séjour. Par suite, la préfète a pu à bon droit considérer que le comportement de l'intéressée constituait une menace pour l'ordre public et lui refuser en conséquence l'octroi d'un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
20. D'autre part, il est constant que Mme A D s'est maintenue sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son titre de séjour espagnol qui lui permettait seulement de circuler sur le territoire français. Au demeurant et eu égard à ce qui a été dit au point 15 du présent jugement, Mme A D n'établit pas avoir formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée le 3 décembre 2020 par le préfet de Police de Paris. Elle se trouve ainsi dans le cas, prévu par les dispositions citées ci-dessus, où, en l'absence de circonstance particulière, le risque qu'elle se soustraie à la nouvelle mesure d'éloignement prononcée à son encontre pouvait être regardé comme établi. Elle ne justifie par ailleurs d'aucune circonstance particulière de nature à permettre de regarder l'existence d'un tel risque comme non avéré. Par suite, le préfet a pu légalement décider de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire.
Sur la décision fixant le pays de destination :
21. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Ils doivent par suite être écartés pour ce motif.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
23. En premier lieu, Mme A D, qui n'établit pas l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire, n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
24. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A D réside irrégulièrement en France où elle n'établit pas avoir noué des liens personnels intenses et stables. Par ailleurs, il est constant que l'intéressée a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Enfin, l'arrêté attaqué rappelle que la requérante a été interpellée puis placée en garde à vue le 6 mars 2023 pour le dépôt d'une demande titre de séjour frauduleuse et que son comportement représente une menace pour l'ordre public. Dès lors, dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Vosges aurait méconnu l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que la préfète aurait fait une inexacte application des dispositions précitées ou aurait porté une atteinte excessive au droit à la libre circulation de l'intéressée en fixant à deux années la durée de la décision d'interdiction de retour.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée par Mme A D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme A D tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A D, à Me Cissé et à la préfète des Vosges.
Lu en audience publique le 15 mars 2023 à 15 heures 28.
Le magistrat désigné,
D. B
La greffière,
L. Rémond
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2300745
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026