mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300784 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | COCHE-MAINENTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 mars 2023, M. B A, représenté par Me Coche-Mainente, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a retiré son certificat de résidence algérien ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour de six mois renouvelable, l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il y a urgence à suspendre l'arrêté attaqué dès lors qu'il préjudicie de manière grave à ses intérêts, qu'il ne prend pas en compte sa situation personnelle et les démarches entreprises, qu'il se retrouve en situation irrégulière avec l'impossibilité de travailler et de subvenir aux besoins de sa famille et que sa requête en annulation ne sera pas jugée rapidement ;
- il y a un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- elle est insuffisamment motivé ;
- il n'y a pas eu d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- la composition de la commission du titre de séjour était irrégulière ;
- le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait dû appliquer l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à sa situation ;
- le préfet ne pouvait lui retirer son certificat de résidence au motif qu'il constituerait un trouble à l'ordre public ;
- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire, enregistré le 27 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les conditions d'urgence et de doute sérieux ne sont pas remplies.
Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête de M. A, enregistrée le 14 mars 2023 sous le n° 2300780, tendant à l'annulation l'arrêté dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- la demande d'aide juridictionnelle déposée au bureau d'aide juridictionnelle le 29 mars 2023
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mars 2023 à 10h30 :
- le rapport de M. Marti, juge des référés ;
- les observations de Me Coche-Mainente, avocate de M. A ;
- les observations de Bora, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h00.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 8 août 1996, est entré régulièrement en France le 19 mars 2014. L'intéressé s'est vu délivrer par le préfet de la Meurthe-et-Moselle un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " le 17 octobre 2016, renouvelé le 17 octobre 2017 et valable jusqu'au 16 octobre 2027. Par un arrêté du 7 février 2023, le préfet de la Meurthe-et-Moselle lui a retiré son certificat de résidence algérien. M. A demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans les cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.
5. Le requérant, dont la carte de résident valable 10 ans a été retirée par la décision en litige, peut se prévaloir de la présomption d'urgence rappelée ci-dessus. Il résulte de l'instruction que le requérant, qui a restitué sa carte de résident, ne dispose plus d'un titre de séjour l'autorisant à séjourner en France et à y travailler régulièrement comme c'était le cas jusqu'à présent, pour subvenir aux charges de sa famille. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux :
6. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ".
7. Aux termes de ces stipulations, le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit. Aucune restriction tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public n'est prévue à la délivrance de ce certificat. Si le détenteur d'une carte de résident peut voir son titre retiré lorsqu'il fait l'objet d'une mesure d'expulsion, dès lors que les conditions de celle-ci sont réunies, ni l'accord franco-algérien, ni aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile traitant des points non traités par l'accord, ne permet de retirer une carte de résident à son détenteur au motif qu'il constitue une menace pour l'ordre public.
8. En l'absence de stipulations expresses relatives au retrait de la carte de résident prévues par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles, le préfet ne peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits au motif que la présence de l'étranger, ressortissant algérien, présente une menace pour l'ordre public. En revanche, cet engagement international ne fait pas obstacle à l'application de la réglementation générale autorisant qu'il soit procédé à l'expulsion de l'étranger suivant les modalités définies par le législateur en fonction de l'importance respective qu'il attache, d'une part, aux impératifs liés à la sauvegarde de l'ordre public et à leur degré d'exigence et, d'autre part, au but d'assurer l'insertion de catégories d'étrangers déterminées à raison de considérations humanitaires, du souci de ne pas remettre en cause l'unité de la cellule familiale ou de l'ancienneté des liens noués par les intéressés avec la France.
9. D'une part, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens qui relèvent des règles fixées par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles ces ressortissants peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et donc les conditions de retrait desdits titres.
10. D'autre part, aucune stipulation de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ne prévoit la possibilité pour l'autorité administrative de retirer un certificat de résidence de dix ans de plein droit délivré sur le fondement des articles 7 bis et 7 ter, en raison de la menace que ferait peser sur l'ordre public la présence en France de son titulaire ou en cas de modification de sa situation familiale. Dès lors, l'administration ne saurait légalement opposer à un ressortissant algérien l'existence d'une menace pour l'ordre public ou la cessation de la vie commune avec son conjoint, pour justifier le retrait de son certificat de résidence. En revanche cet engagement international ne fait pas obstacle à l'application de la réglementation générale autorisant qu'il soit procédé à l'expulsion d'un étranger suivant les modalités définies par le législateur en fonction de l'importance respective qu'il attache, d'une part, aux impératifs liés à la sauvegarde de l'ordre public et à leur degré d'exigence et, d'autre part, au but d'assurer l'insertion de catégories d'étrangers déterminées à raison de considérations humanitaires, du souci de ne pas remettre en cause l'unité de la cellule familiale ou de l'ancienneté des liens noués par les intéressés avec la France.
11. Dès lors et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit soulevé par le requérant est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 7 février 2023 jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. La suspension des effets de l'exécution de la décision du 7 février 2023 ainsi ordonnée a pour effet de rétablir la validité du certificat de résident de M. A. Ainsi, il y a lieu d'ordonner au préfet de restituer ce certificat à M. A dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et dans l'attente du jugement au fond.
Sur les frais du litige :
14 .Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Coche-Mainente, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordéee par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 7 février 2023 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle était titulaire est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur les conclusions de la requête au fond.
Article 3: Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de restituer le certificat de résident à M. A, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et dans l'attente du jugement au fond.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Coche-Mainente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Coche-Mainente.
Copie en sera adressée au préfet de la Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 4 avril 2023.
Le juge des référés,
D. Marti
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026