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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300794

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300794

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP BOUVIER - JAQUET - ROYER - PEREIRA-BARBOSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 15 mars 2023, sous le n° 2300793, M. C A, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être reconduit ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation par Me Pereira à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas spécifiquement motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 avril 2023.

II - Par une requête enregistrée le 15 mars 2023, sous le n° 2300794, Mme B A, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourra être reconduite ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation par Me Pereira à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas spécifiquement motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Marti a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants arméniens, sont entrés en France le 16 janvier 2019 munis de leurs passeports arméniens et titulaires de visas délivrés par les autorités françaises. Ils ont sollicité à plusieurs reprises la délivrance d'un titre de séjour en leur qualité d'ascendant à charge de français sur le fondement de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la suite du classement sans suite de leurs demandes, ils ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de leur vie privée et familiale. Par arrêtés préfectoraux du 16 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par deux requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un même jugement, M. et Mme A demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour qu'il comporte. Par ailleurs, la motivation en fait de la mesure d'éloignement prise concomitamment à un refus de titre de séjour se confond avec celle de cette dernière décision, laquelle est suffisante. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre les décisions litigieuses. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

5. Il appartient à l'autorité préfectorale comme à toute administration de faire application du droit de l'Union européenne et d'en appliquer les principes généraux, dont celui du droit à une bonne administration. Parmi ces principes, figure celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce droit implique seulement, qu'informé de ce qu'une décision est susceptible d'être prise à son encontre, l'intéressé soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales.

6. Toutefois, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Ainsi, à l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français et sur le délai de départ qui sont pris concomitamment et en conséquence du refus d'admission au séjour.

7. En l'espèce, il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme A, qui ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de leur vie privée et familiale, ont pu, à l'occasion de cette demande, préciser à l'administration les motifs pour lesquels ils demandaient le renouvellement de ce titre et produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il leur appartenait, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'ils jugeaient utiles. Il leur était également loisible, au cours de l'instruction de leur demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Dès lors, les requérants qui, au demeurant, ont pu exposer à l'administration leur situation, ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté contesté méconnait le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant l'adoption d'une mesure défavorable.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. et Mme A, qui sont entrés en France au cours de l'année 2019, font valoir qu'ils vivent avec leur fils de nationalité française et avec leurs petits-enfants depuis leur arrivée sur le territoire français. Toutefois, leur présence en France est récente. Ils n'établissent pas leur insertion dans la société française et ne démontrent pas être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine où ils ont vécu l'essentiel de leur existence. Par suite, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que la décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose la décision fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré du vice de forme dont serait entachée cette décision doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. et Mme A n'apportent aucun élément démontrant qu'ils seraient exposés à un risque de torture et de traitement inhumain ou dégradant en cas de retour dans leur pays d'origine de sorte que la réalité des risques encourus ne peut être tenue pour établie. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 16 février 2023 du préfet de Meurthe-et-Moselle. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à M. C A, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience publique du 15 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

D. MartiL'assesseur le plus ancien,

F. Durand

Le greffier

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2300793

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