vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2300813 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | MARGUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 mars 2023 à 14 heures 22 et le 21 mars 2023, M. A D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Saône a ordonné son maintien en rétention administrative ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de lui délivrer une attestation de demande d'asile afin de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige a été signée par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été notifié dans une langue comprise par l'intéressé ;
- les dispositions de l'articles L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec la directive " Accueil " en l'absence de définition de critères objectifs permettant d'apprécier le caractère dilatoire d'une demande d'asile présentée en rétention ;
- sa demande d'asile ne présente pas de caractère dilatoire et le préfet ne pouvait se prononcer sur la réalité des risques allégués en cas de retour dans le pays d'origine pour apprécier ce caractère dilatoire ;
- il dispose de garanties de représentation.
Par des mémoires en défense enregistrés les 24 et 29 mars 2023, le préfet de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Julie Kohler, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kohler, magistrate désignée,
- les observations de Me Marguet, représentant M. D qui reprend les conclusions et moyens de la requête et du mémoire complémentaire et demande en outre l'admission de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
- et les observations de M. E, représentant le préfet de la Haute-Saône, qui reprend les conclusions et moyens des mémoires en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant géorgien né le 16 avril 1994, déclare être entré sur le territoire français le 27 avril 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 1er août 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), statuant selon la procédure accélérée. Par un arrêté du 6 octobre 2022, le préfet de la Haute-Saône lui a alors fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le recours de M. D contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Besançon du 12 décembre 2022 confirmé par une ordonnance de la Cour administrative d'appel de Nancy du 13 mars 2018. Après avoir d'abord ordonné son assignation à résidence, le préfet de la Haute-Saône l'a placé en rétention par un arrêté du 10 mars 2023. M. D ayant sollicité le réexamen de sa demande d'asile, le préfet le préfet de la Haute-Saône a ordonné son maintien en rétention par un arrêté du 14 mars 2023 dont M. D demande l'annulation.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les autres conclusions de la requête :
4. En premier lieu, l'arrêté en litige est signé par M. B C, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et des libertés publiques, auquel le préfet de la Haute-Saône établit avoir délégué sa signature aux fins de signer, notamment, les décisions de placement en rétention, par un arrêté en date du 20 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Saône, après avoir constaté le rejet de la demande d'asile présentée par M. D par l'OFPRA statuant selon la procédure accélérée compte tenu de la nationalité de l'intéressé, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre par un arrêté du 6 octobre 2022, ainsi que le dépôt d'une demande d'asile le 14 mars 2023 alors que l'intéressé était placé en rétention, a estimé que cette demande présentée après la prolongation du placement en rétention par le juge des libertés et de la détention, alors que l'intéressé s'était déjà opposé à l'exécution d'office de la décision d'éloignement, présentait un caractère dilatoire et n'était présentée que pour faire échec à cette exécution. Alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger, cet arrêté pris, contrairement à ce que soutient M. D, au visa de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé, la circonstance que cet arrêté ne vise pas l'article L. 744-6 relatif aux informations devant être délivrées à l'étranger placé en rétention ou l'article L. 754-1 relatif au délai dans lequel doit être déposée la demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention étant, à cet égard, sans incidence.
6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision ordonnant le maintien en rétention d'un étranger n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux contre cette décision mais n'affectent pas sa légalité et le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été notifié dans une langue non comprise par M. D doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".
8. S'il incombe aux Etats membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive n°2013/33/UE établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par le 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.
9. En cinquième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Haute-Saône n'a pas porté d'appréciation sur les risques éventuellement encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
10. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, qui est entré en France, le 27 avril 2022, a sollicité l'asile quelques semaines plus tard. Sa demande a été rejetée le 1er août 2022 par l'OFPRA statuant selon la procédure accélérée et par la Cour nationale du droit d'asile le 10 mars 2023. Si l'intéressé fait valoir qu'il disposait d'éléments nouveaux qu'il entendait soumettre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, il ne produit aucun élément de nature à en justifier alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que sa demande de réexamen a été rejetée comme irrecevable. En outre, il n'a sollicité cette demande de réexamen qu'après avoir fait échec à l'exécution forcée de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et alors que la mesure de placement en rétention avait fait l'objet d'une prolongation ordonnée par le juge des libertés et de la détention. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement estimer que sa demande de réexamen de sa demande d'asile était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une décision d'éloignement et ordonner le maintien de sa rétention.
11. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présenterait des garanties de représentation à l'appui de la contestation de la mesure de maintien en rétention dès lors qu'il ressort des dispositions citées au point 7 que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen, qui est inopérant, doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de Haute-Saône a prononcé son maintien en rétention administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Marguet et au préfet de la Haute-Saône.
Lu en audience publique le 31 mars 2023 à 15h30.
La magistrate désignée,
J. Kohler
Le greffier
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026