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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300837

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300837

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantGRÜN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2023, M. B A, représenté par Me Grün, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2023 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, subsidiairement, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes délai et astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

- la décision, dont les motifs sont stéréotypés, est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été préalablement saisie ;

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 et 16 août 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public désigné en application du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grandjean a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kosovien né le 14 mars 1996, est entré en France en 2005 en compagnie de ses parents. Il a bénéficié d'un titre de séjour de 2005 à 2017 portant la mention " vie privée et familiale ". Sa demande de renouvellement de titre de séjour présentée le 29 juin 2022 sur l'application " demarches-simplifiees.fr " a été classée sans suite le 29 juillet 2022. Le tribunal administratif de Nancy a annulé cette décision par un jugement du 3 novembre 2022 et a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant. L'intéressé a été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 17 février 2023. Par la décision attaquée du 21 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 21 février 2023 est signée par Mme D C, cheffe du bureau du séjour régulier, à laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision qu'il comporte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont serait entachée la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

5. Dès lors que M. A ne justifie pas remplir les conditions d'octroi de plein droit ou de renouvellement d'un titre de séjour, pas plus, en tout état de cause, qu'être dans le cas prévu à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'était pas dans l'obligation de saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande de renouvellement de ses droits au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".

7. M. A ne conteste pas avoir été condamné le 25 avril 2017 à une peine de deux mois d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, le 15 mai 2017 à 300 euros d'amende pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, le 22 décembre 2017 à deux mois de prison avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant un an et demi pour usage illicite de stupéfiants, le 28 mars 2019 à six mois d'emprisonnement pour des faits de " refus par le conducteur d'obtempérer, refus pour un conducteur de se soumettre aux vérifications de l'état alcoolique et de l'usage de stupéfiants, conduite sans permis, récidive de refus pour un conducteur de se soumettre aux vérifications de l'état alcoolique et de l'usage de stupéfiants, délit de fuite après un accident de la route, conduite d'un véhicule en état d'ivresse, récidive de conduite d'un véhicule en état d'ivresse ", le 25 mars 2021, à la même peine pour récidive de refus par le conducteur d'obtempérer dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité et conduite sans permis, enfin, le 1er septembre 2021, à 300 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants. Dans ces conditions, eu égard à la nature et à la gravité des faits ainsi commis et à leur réitération sur une courte période, le préfet de Meurthe-et-Moselle a pu considérer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que le comportement de M. A constituait une menace à l'ordre public.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A se borne à soutenir que le motif tenant à la menace qu'il représenterait pour l'ordre public n'est pas suffisamment grave pour justifier le refus de lui délivrer un titre de séjour au regard de l'intensité et de l'ancienneté de ses attaches privées et familiales sur le territoire français. Toutefois, aucune pièce du dossier n'atteste de sa présence en France depuis l'âge de dix ans comme il le soutient, ni de la réalité des attaches familiales ou personnelles en France qu'il allègue. Dans ces conditions et alors que le comportement de l'intéressé constitue, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, une menace pour l'ordre public, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 février 2023 prise par le préfet de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Grün.

Délibéré après l'audience publique du 29 août 2023 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. CoudertLa greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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