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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300864

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300864

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantREICH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 20 mars 2023, sous le n°2300864, M. B D, représenté par Me Reich, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour sans délai, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision du 28 janvier 2020, rendue par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Nancy, n'a pas été exécutée ;

- le préfet a commis une erreur de fait en estimant que son enfant peut voyager sans risque vers son pays d'origine ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant à la gravité de l'état de santé de son enfant ; ce dernier est atteint d'une myopathie dégénérative ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée par le tribunal le 28 janvier 2020 ;

- le préfet a commis un détournement de procédure ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 14 avril 2023.

II- Par une requête enregistrée le 20 mars 2023, sous le n°2300865, Mme F A, représentée par Me Reich-Pinto, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour sans délai, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision du 28 janvier 2020, rendue par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Nancy, n'a pas été exécutée ;

- le préfet a commis une erreur de fait en estimant que son enfant peut voyager sans risque vers son pays d'origine ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant à la gravité de l'état de santé de son enfant ; ce dernier est atteint d'une myopathie dégénérative ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée par le tribunal le 28 janvier 2020 ;

- le préfet a commis un détournement de procédure ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durand, rapporteur ;

- et les observations de Me Reich représentant M. D et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme A, de nationalité serbe et nés respectivement le 17 janvier 1993 et le 17 décembre 1996, sont entrés irrégulièrement sur le territoire français, le 26 juillet 2018, accompagnés de leur enfant mineur, pour y solliciter l'asile. Par des décisions en date du 9 juillet 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leurs demandes. Par les décisions attaquées du 3 octobre 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle les a obligés à quitter le territoire français. Par jugement du 28 janvier 2020, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Nancy a annulé ces décisions. Les intéressés ont sollicité leur admission au séjour, par courrier du 23 février 2021, et, par les arrêtés en litiges du 14 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté leurs demandes de séjour et a obligé les intéressés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel ils pourront être reconduits. Par leurs requêtes qu'il convient de joindre, M. D et Mme A demandent au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Les requérants ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 14 avril 2023, leurs conclusions tendant à leur admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont sans objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués sont signés par M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière de séjour et d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision du 28 janvier 2020, rendue par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Nancy, n'a pas été exécutée n'est pas de nature à remettre en cause la légalité des décisions contestées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé / () ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Il ressort des pièces des dossiers que, pour rejeter les demandes de séjour de M. D et de Mme A, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII, le 3 novembre 2022, aux termes duquel l'état de santé de leur enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vue des pièces du dossier, à la date de l'avis, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers le pays dont il est originaire. Pour contester cette analyse, les requérants soutiennent que l'état de santé de leur enfant s'est dégradé postérieurement à l'avis rendu par le collège des médecins, qu'il est atteint d'une pathologie dégénérative et qu'il ne peut marcher plus de dix minutes sans qu'il se plaigne de douleurs. Il ressort des pièces médicales fournies par les intéressés, qui ont levé le secret médical, que des fractures multiples ont été constatées en période néonatale et jusqu'à un an, laissant suspecter l'existence d'une fragilité osseuses constitutionnelle, de type maladie des os de verre. L'enfant des requérants est suivi par le centre de référence des maladies héréditaires du métabolisme du centre hospitalier universitaire de Nancy. Il ressort du compte rendu établi par le Dr. Feillet, praticien hospitalier rattaché à ce centre, le 26 novembre 2021, que les différents bilans pratiqués n'ont pas mis en évidence de cause pouvant expliquer une ostéogénèse imparfaite, qu'il n'y a plus aucune fracture, malgré l'activité débordante de l'enfant, qu'aucune faiblesse musculaire ou fragilité n'était constatable et que les enzymes musculaires étaient strictement normales. Le Dr. E précise, le 30 novembre 2021, qu'un variant rare à caractère hétérozygote de type faux sens du gène COL6A2 pouvant être associé à une myopathie avec déficit en collagène 6 a été identifié mais qu'aucune symptomatologie douloureuse n'est constatée, que l'évolution se poursuit bien tant sur le plan moteur qu'orthopédique, qu'aucune séance de rééducation n'est nécessaire et que l'état de santé de l'enfant ne justifie qu'un examen de contrôle dans six mois. Il ressort du courrier adressé par le Dr C au médecin traitant de l'enfant, le 17 mars 2022, qu'un canal artériel de faible taille a été mis en évidence. Des documents médicaux, pour certains incomplets, postérieurs à mars 2022, indiquent que Mme A déclare que son enfant a parfois du mal à marcher à cause de douleurs et qu'elle décrit des crampes au niveau des mollets. Toutefois les examens pratiqués font état d'une marche normale, de l'absence de chute ou de trouble de l'équilibre, nécessitant uniquement un suivi médical à six mois. Le compte-rendu adressé par le Dr E au médecin traitant de l'enfant, le 1er juillet 2022, fait état d'un examen orthopédique sans particularité et du fait qu'aucun élément pouvant évoquer un déficit de force musculaire n'a été mis en évidence malgré les déclarations de Mme A. Si les éléments médicaux ainsi produits font mention de la découverte d'une anomalie génétique pouvant être associée à une myopathie, il ne ressort pas de leur mention que cette maladie se soit effectivement manifestée. Les différents professionnels de santé s'accordent sur le caractère normal de la marche de l'enfant, ne nécessitant aucun suivi de la part d'un kinésithérapeute et se contentent de mettre en place un suivi régulier de l'enfant. Dans ces conditions, en l'état des éléments médicaux produits devant le tribunal, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 425-10 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à M. D et à Mme A les autorisations provisoires de séjour qu'ils ont sollicitées sur leur fondement.

8. En quatrième lieu, M. D et Mme A ne peuvent se prévaloir de la décision rendue le 28 janvier 2020 par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Nancy dès lors qu'elle est intervenue dans le cadre d'instance relative à la légalité des mesures d'éloignement prises à leur encontre, comme suite au rejet de leur demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée doit être écarté.

9. En dernier lieu, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation des requêtes doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

11. Le présent jugement, qui ne fait pas droit aux conclusions en annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions en injonction et astreinte des requêtes doivent par conséquent être rejetées

Sur les frais des instances :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, Mme F A, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Mes Reich et Reich-Pinto.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. MartiLe greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2300865

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